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03/17
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Inoxydable
MANCE LIPSCOMB
Texas Sharecropper and songster - Arhoolie 1960


 


Quand il enregistre ce disque, Mance Lipscomb a dépassé les 65 ans depuis quelques mois. A part deux anthologies où son nom apparaît 3 fois, c’est son tout premier disque. Il joue de la guitare depuis l’âge de 10 ans mais il a passé toute sa vie dans les champs à gratter la terre, à Navasota dans l’est du Texas, ne prenant son instrument qu’après sa journée de labeur ou pour animer les bals des pique-niques en fin de semaine. Grâce à cet enregistrement, il devient l’une des figures les plus marquantes du revival des années 60.

A la recherche d’artistes oubliés et de talents inconnus de la scène folk et blues, Chris Strachwitz, fondateur du label Arhoolie parcourt les campagnes du Texas. Il découvre et enregistre Mance Lipscomb. C’est l’un des derniers représentants des songsters du XIXe siècle au riche répertoire de ballades, valses, polka, reels, two-steps et chansons au goût du jour. Lipscomb dit lui-même que son père, fin violoniste, n’avait jamais entendu ou joué un blues avant que ce style n’arrive du Mississippi dans les années 30. Il insiste d’ailleurs pour se définir comme un songster et non comme un guitariste ou un chanteur de blues.

L’enregistrement a lieu à Navasota, le 11 août 1960, sous la direction de Chris Strachwitz et du musicologue Mack McCormick. Il n’y a qu’à puiser dans la vaste mémoire de Mance  Lipscomb qui connaît plus de 350 titres. Le producteur californien privilégie cependant le blues pour ce premier enregistrement. Lipscomb a vécu et travaillé à Houston entre 1956 et 1958 où il a fréquenté Sam Lightnin’ Hopkins auprès de qui il a enrichi son répertoire en ce domaine. Quatorze chansons sont retenues pour cette session.
La première face aligne les standards: ‘Going Dow Slow’, ‘Baby Please Don’t Go’,  ‘Rock Me All Night Long’, ‘Jack O’Diamonds’, la voix est claire et légère, le chant est dynamique. Seul à la guitare, Lipscomb joue une ligne de basse continue, développant sur les cordes aiguës un jeu d’une habileté et d’une fluidité étonnante. La seconde face s’ouvre sur ‘Shake, Shake, Mama’, suivi de ‘Ella Speed’, ‘One Thin Dime’, titres interprétés dans un fingerpicking éblouissant. Suit une version toute personnelle de ‘See See Rider’. Le musicien fait preuve d’une réelle décontraction et d’une parfaite maîtrise de son art. Les titres s’enchaînent avec aisance, laissant percer le plaisir de l’interprète. Le disque se clôt en apothéose sur ‘Bout A Spoonful’ où la virtuosité du guitariste s’exprime dans toute sa finesse.

Le 3 novembre 1960, 250 copies de Texas Sharecropper And Songster, premier 33-tours Arhoolie, sortent de l’usine. Ce disque révèle alors un musicien exceptionnel qui aurait pu rester dans l’anonymat le plus total. La sobre photo de la pochette et un livret rédigé par Mack McCormick en disent un peu plus sur l’homme. D’autres enregistrements verront heureusement le jour, et Lipscomb se produira sur différentes scènes.

Gilles Blampain