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09/17
Chroniques CD du mois Portrait: WILLIE MABON Livres & Publications
  Dossier: EXCELLO RECORDS  
 


Inoxydable
HOWLIN' WOLF
Rocking Chair album - Chess 1962


 


Producteur Ralph Bass. Cover : Don Bronstein. Ingénieur du son : Ron Malo

La séance de juin 57 scelle Who’s Been Talkin’ et Tell Me. Celle de juillet 59 épingle Howlin’ For My Darling. En 1960, Wang-Dang Doodle, Spoonful et Back Door Man tracent leurs sillons. Le solde, Down In The Bottom, Little Baby, Shake For Me, Going Down Slow et You’ll Be Mine prennent la cire lors des sessions de 61. Compile de circonstance, le Rocking Chair Album est presque un best-of du Wolf. Ne manquent que Smokestack Lightnin’ et The Killin’ Floor.
Cette tranche de trois ans et demi, qui brasse des blues à la pénombre épaisse et des boogies explosifs, piège tous les paradoxes, tous les rôles que Wolf a endossés jusque là, le plouc de Ruleville, l’entertainer pop de Memphis. C’est une photo sonore anguleuse, sur-contrastée du prodige de Sam Philips, devenu à Chicago la créature angoissante de Willie Dixon. Le RCA ouvre et ferme une parenthèse d’invincibilité où Big Foot Chester tient la dragée haute à Muddy, suborne trois de ses sidemen, Jimmy Rogers, Otis Spann et par dessus tout Willie Dixon. Une parenthèse où, Willie Johnson parti, le jeune Sumlin s’épanouit soudain. Ah, la guitare descriptive, paraphrasante, de Going Down Slow qui s’effondre avec la voix…

Chess entre tard et timidement dans le format 33-tours, celui des intellos. Le premier LP Chess date de 56. Rock, Rock, Rock est la BO d’un film, un various artists qui réunit Chuck Berry, Moonglows et Flamingos. Troisième LP Chess: Best Of Muddy Waters (57). Première compile du Wolf: Howlin’ In The Moonlight (58).
Quelques Chuck Berry-Bo Diddley plus tard, nous voici en 1962 avec le Chess LP 1469. Howlin’ Wolf est retitré Rocking Chair par le téléphone arabe, à cause du fauteuil à bascule qui fait la pochette. Le fond vert vaseux donne un cachet moderne à l’album, jusqu’à devenir la couleur même des chansons qui le composent comme, plus tard, le rose Killer ou le jaune Planet Claire... Alice Cooper, les B-52’s et Howlin' Wolf ? Bon sang, c’est aveuglant !

Wolf ne figure sur aucun des various artists que Chess ball-trape depuis 56. Son étoile pâlit. Le premier bouillon retombe ici mais il prend chez les cousins britanniques. L’écurie commence à recycler ses has-been, à les compiler dans le format à la mode. Si le RCA fait figure de best-of aujourd'hui, c’est parce qu’en Angleterre tous les titres vont prendre une cote terrible, exploités par les prophètes du rock, Stones, Dr Feelgood et même UK Subs…

Ce qui frappe encore dans ce disque aujourd'hui, c’est la brièveté des titres qui s’achèvent tous en fading, qui donnent l’impression de n’être que de simples séquences, s’agît-il de blues lancinants comme The Red Rooster.
En revanche il se passe toujours beaucoup de choses sous le chant, même lorsque l’orchestration paraît dépouillée. C’est une nudité pleine d’artifices, un roulis complexe qui écume à fleur de voix, tout entier dévolu à l’urgence. L’arabesque de Who’s Been Talkin’, que gravent le saxe et la guitare en contre-chant, démontrent à l’envi qu’Howlin' Wolf et Muddy Waters n’étaient décidément pas branchés sur le même trip, le premier pouvant être le jouet d’inspirations étonnantes.
Malgré cette voix si âpre à la ballade, qui ne trémole jamais, qui abîme son gospel dans un râle amer, eh bien, la vitalité noire de ces chansons d’amour, Spoonful, Little Baby… et même Back Door Man, faisaient du RCA le disque des surboums !

Christian Casoni