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03/17
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Inoxydable
ERROLL GARNER
Concert By The Sea - CBS 1956


 


Erroll Garner est des ces musiciens qu’on reconnaît dès les premières mesures. Sa touche personnelle vient d’un léger décalage entre sa main droite et sa main gauche. Il donne un cachet très personnel à son jeu, et peu de pianistes peuvent le reproduire.
Après des sessions de studio dès la fin des années 40 et de nombreuses prestations dans les clubs new-yorkais, il donne son premier vrai concert dans une grande salle de music-hall, le 27 mars 1950 à Cleveland. Bizarrement, son premier enregistrement en public n’a lieu que cinq ans plus tard, sur la côte Ouest, à Carmel en Californie.

Le concert a été organisé par Jimmy Lyons, présentateur vedette sur l’antenne de KDON, la radio de Monterey. Le public est venu en nombre. La salle est une église de style gothique à l’acoustique idéale et, ce soir-là, Garner tient une forme olympique. Il est entouré par Denzil Best à la batterie et Eddie Calhoun à la contrebasse. Garner disait souvent : « Je joue les sons que j’entends ». Son séjour californien semble être des plus harmonieux, pour lui comme pour ses sidemen. Il est déjà, à cette époque, réputé comme l’un des meilleurs pianistes de sa génération. Ce soir-là, son jeu sera d’une qualité extrême.

Tous les titres qu’il interprète semblent être des originaux tant il en redessine les contours avec brio. Il débute par ‘I’ll Remember April’ en imposant son swing et en se réappropriant le morceau. Avec ‘Mambo Carmel’, Garner aborde les rivages des rythmes latins sans se départir de son sens inné du jazz. ‘Autumn Leaves’ (‘Les Feuilles Mortes’ de Prévert et Kosma) apporte un peu d’authentique romantisme à la française. Le bluesy ‘Red Top’ est envoyé avec beaucoup d’énergie, tandis que, plus tard ‘April In Paris’ nous ramène sur les rives de la Seine contemplées depuis Broadway. La parfaite maîtrise d’Erroll Garner crève les tympans sur ‘They Can’t Take That Away From Me’, titre dans lequel il arrive à installer un rythme récurrent tout en partant dans un swing aérien. Les morceaux sont émaillés par les grommellements de Garner, qui ponctue ses phrases de pianos ou encourage ses compagnons de scène. Le disque se clôt sur le très bref ‘Erroll’s Theme’ (0’46), autre pièce bluesy en forme de signature.

Erroll Garner était de la trempe de ces artistes qui donnent tout ce qu’ils ont, sans retenue. L’histoire raconte que, ce soir-là, le concert avait atteint de rares sommets. Garner ne voulait pas quitter la scène. Jimmy Lyons tenta de l’arrêter en le priant de prononcer une brève allocution. Le discours fut très bref : tout ce que Garner avait à dire venait d’être exprimé en musique. Cet enregistrement lui valut un disque d’or. C’était justice : ce fameux soir du 19 septembre 1955, l’auteur de ‘Misty’ s’est réellement imposé comme l’un des plus grands.

Gilles Blampain