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été 17
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DAVE BRUBECK QUARTET
Time Out - Columbia 1959


 


Né en Californie en 1920, Dave Brubeck reçoit une solide formation classique, notamment auprès de Darius Milhaud, mais il se tourne rapidement vers le jazz. Dès 1949 il est sur scène et enregistre en compagnie de sept musiciens. Créatif et ambitieux, il explore polytonalité et polyrythmie, contrepoint et fugue. Trois ans plus tard, tout en produisant une musique riche et complexe, il réduit son ensemble. Ainsi naît le Dave Brubeck Quartet. Pendant quelques années, bassistes, batteurs et saxophonistes défilent au sein de sa formation qui connaît enfin la stabilité en 1958 : Paul Desmond au saxophone alto, Eugene Wright à la contrebasse et Joe Morello à la batterie.

C’est avec ces musiciens que Brubeck enregistre, en 1959, Time Out qui consacre son talent de compositeur et sa maîtrise du tempo. Les sessions ont lieu dans les studios new-yorkais de Columbia, les 25 juin, 1er juillet et 18 août. Mais cette production faillit ne jamais voir les bacs des disquaires.

Le disque s’ouvre sur ‘Blue Rondo A La Turk’ et sa célèbre intro au piano, rapidement rejoint par le saxophone. Avec Mozart comme source d’inspiration, il s’agit d’un étonnant rondo de forme classique trempé dans le blues et construit sur un rythme en 9/8, signature rythmique très peu courante. D’un abord facile, ‘Take Five‘, signé Paul Desmond, devient rapidement le titre de référence du band. Batterie et piano marquent le tempo durant vingt secondes, le saxophone s’installe en douceur pour une longue phrase musicale, laisse la place à un solo de batterie soutenu par un piano hypnotique joué en sourdine, puis revient pour clore en souplesse. Plus complexe qu’il n’y paraît, ce titre revêt plusieurs significations : cinq minutes de pause, cinquième prise ou 5/4 en référence aux temps dans les mesures. ‘Three To Get Ready’ et son air joyeux place le jazz entre valse et java. Avec ‘Kathy’s Waltz’ construit comme une valse, ça démarre lentement au piano pour laisser la place au saxo qui accélère le rythme. Desmond rend ensuite la main à Brubeck qui change à nouveau le tempo.
Au fil du disque, on ne cesse de s’étonner des multiples mouvements et ruptures de temps au sein d’un même morceau. Avec son côté expérimental multipliant les surprises d’une plage à l’autre, l’ensemble est élégant, entraînant et imaginatif.

Non dénuée d’innovation mais parfois déstabilisante, cette production génère beaucoup de discussions et de réticences au sein de la maison de disque pour sa parution. C’est le président de Columbia en personne, Goddard Lieberson, qui tranche en souhaitant donner sa chance à Brubeck. La suite lui donne raison. ‘Take Five’ devient rapidement un hit mondial. Rempli de compositions forgeant la modernité du son d’une époque, ce disque qui surprend la critique lors de sa sortie, rencontre un large succès auprès du public. En seulement sept titres, le Dave Brubeck Quartet entre directement dans l’histoire et inscrit cet album dans la légende.

Gilles Blampain