Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

été 17
Chroniques CD du mois Interview: JUJU CHILD Livres & Publications
  Dossier: AMERICAN EPIC Interview: DOM FERRER
 


Inoxydable
BO DIDDLEY AND CHUCK BERRY
Two great guitars - Chess 1964


 


L’époque des guitar-heroes n’était pas encore venue mais ce disque, enregistré en mars 1964, est considéré depuis longtemps comme le premier album de super-session.

Diddley et Berry sont à leur apogée. Ce sont des amis de longue date, tous les deux attachés au label Chess, mais cette aventure à deux n’est pas planifiée. Chuck Berry est venu ce jour-là à Chicago pour rencontrer les responsables de la maison de disques, tandis que Bo Diddley est en studio à l’étage du dessous : il enregistre son prochain album. Habitué des lieux, Berry descend faire un tour au studio. Il attrape une guitare laissée dans un coin et se met à accompagner Bo Diddley. Ceci n’aurait pu être qu’une jam parmi tant d’autres, un moment vite oublié, mais Ron Malo, l’ingénieur du son, lance : « Prise Une ! », et c’est ainsi que naît la session Bo Diddley/Chuck Berry. Après un tour de chauffe, les deux guitaristes se mettent à l’unisson. Le résultat marque l’une des pages les plus glorieuses de l’histoire du label.

Sur la face A, Chuck Berry intervient en leader, tandis que ce rôle revient à Bo Diddley sur la face B. Le disque débute par un court morceau de 2’53. Il est intitulé ‘Liverpool Drive’, signé Chuck Berry et joué seulement par lui. On y retrouve d’ailleurs des échos de ‘Memphis’ et de ‘School Days’. Avec le deuxième titre, ‘Chuck’s Beat’, la surprise est de taille : le morceau dure 13’28, ce qui est peu courant à l’époque. Les deux guitaristes jouent ensemble. Il n’y a eu aucune répétition, aussi le titre est-il une longue improvisation. En prêtant attention, on devine aisément les interventions de chacun, notamment la touche de Bo Diddley.
Sur la face B, Bo Diddley mène le jeu et ouvre seul avec une courte interprétation de ‘When The Saints Go Marching In’ (2’52), revue à sa manière. Deuxième titre : ‘Bo’s Beat’ (14’00). Les deux compères s’en donnent à cœur joie en reprenant, cette fois, les gimmicks qui ont fait la marque de Diddley, notamment son fameux jungle-beat. Là aussi, on peut déceler des phrases de ‘Say Man’ ou de’ You Can’t Judge A Book By The Cover’, jouer encore une fois à ‘qui est qui ?’, et identifier les interventions de Chuck Berry.

L’histoire rapporte que, ce jour-là, toutes les personnes présentes dans le studio, musiciens, ingénieurs du son, techniciens, habitués du travail bien fait, dont les enregistrements sont le pain quotidien, qui ne s’enflamment pas facilement, applaudirent chaque prise avec enthousiasme.

Pour la sortie de l’album dans le commerce, Don Bronstein, photographe attitré de l’entreprise Chess et concepteur des pochettes de disques du label, décide de ne pas illustrer celle de Two Great Guitars avec les portraits des deux musiciens. Il choisit la photo des deux guitares, posées dans une décapotable signée Esmond Edwards, comme si les instruments transcendaient les artistes.

Gilles Blampain