Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

06/17
Chroniques CD du mois Interview: MAGIC BUCK Livres & Publications
  Portrait: ROBERT NIGHTHAWK Interview: PAUL MCMANNUS
 


Inoxydable
HERBIE HANCOCK
Maiden Voyage -  Blue Note 1965


 


Qu'est ce qu'un standard de jazz ? Question ancestrale, sans intérêt, mais à laquelle on a toujours envie de répondre. Hasardons qu'un standard démontre sa capacité à sortir de la moulinette à reprises sans une égratignure, brillant comme au premier jour, malgré toutes les tentatives de le faire échouer sur les rivages du mauvais goût. Avec Maiden Voyage, cas d'école : en connaissez-vous une mauvaise reprise ? Ne vous fatiguez pas.

En 1965, le jeune (23 ans) Herbie Hancock est en train de mettre le monde à ses pieds. Il est l'une des attractions du label Blue Note. Il en est aussi l'un des tiroirs-caisses. Quatre ans plus tôt ‘Watermelon Man’, le morceau d'ouverture de son premier album solo, Takin Off, a jeté un pavé dans la mare. Passé relativement inaperçu à sa sortie, il est repris par les bongos de Mongo Santamaria en 1963, et atteint alors les sommets des charts. Le pianiste a désormais les coudées franches. En 1964, il réenclenche la machine à tube avec le funky ‘Cantaloupe Island’ que même vos voisins, qui n'écoutent pas de jazz, connaissent. En ces années-là, Herbie se démultiplie. Depuis 1963 il joue aussi chez Miles Davis, qui cherche son nouveau quintet plaqué or. Il touche au but avec Herbie, Ron Carter à la basse et Tony Williams à la batterie. Ne manque que Wayne Shorter - à l'époque c'est George Coleman qui tient les anches. Quand ce dernier quitte Miles, Herbie l'appelle pour son nouvel enregistrement Blue Note. Ron Carter et Tony Williams sont là aussi, tout comme le trompettiste Freddie Hubbard, habitué des lieux. Tout est prêt pour Maiden Voyage.

Sur la pochette, un voilier. Effectivement, le pianiste se fait commandant Cousteau et signe six compositions censées évoquer l'exploration des océans et leurs mystères, avoue-t-il dans des notes de pochettes presque ésotériques. Mélodiques, rythmiques, avant-gardistes, les inventions du pianiste pullulent. Herbie y pousse à leurs paroxysmes les couleurs modales qu'il tricote à la même époque chez Miles. La mélodie de ‘Maiden Voyage’ (ces dix premières seconde magiques !) lui sera d'ailleurs inspirée par la coda qu'il vient d'enregistrer pour le trompettiste sur ‘Eighty-One’ (sur l'album ESP). Tout sera gravé en une seule journée, le 17 mars. À sa sortie le disque séduit, mais seulement chez les amateurs de jazz. Comme pour Takin Off et son ‘Watermelon Man’, la consécration vient un peu plus tard. En l'occurrence du flair de la marque de parfum Yardley, qui demande à Herbie le droit d'utiliser le morceau éponyme pour l'une de ses campagnes. Il accepte et, bientôt, Maiden Voyage passe à la postérité, éclairant du même coup ‘Dolphin Dance’ qui deviendra un autre classique. Avec ce disque, le voyage d'Herbie vers le panthéon de la musique populaire prend des allures de croisière en première classe. Il gravera encore quelques inoxydables avec Miles et chez Blue Note, avant de mettre les doigts dans la prise électrique, avec autant de bonheur.

Julien Capel