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Dossier
WEISSENBORN

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Weissenborn est une marque de guitares hawaïennes. Son instrument phare pourrait s’appeler « Hollow Neck Acoustic Hawaiian Steel Guitar », mais ce serait un peu long.

C’est une lap steel acoustique que le musicien tient à plat sur les genoux ; les accords sont obtenus à l'aide d'une BLUES WEISSENBORNtone bar qu'on appuie sur les cordes. Ces dernières sont assez éloignées du manche afin de permettre un plus grand confort de jeu. L'accordage de l’instrument se fait en open tuning. 

Hanovre - Los Angeles
Hermann Christof Weissenborn a vu le jour à Hanovre, en Allemagne, le 30 juin 1863. Dès la fin des années 1870 il s’investit dans la fabrication ou la réparation d'instruments. Il est répertorié comme fabricant d'instruments dans l'annuaire de la ville de Hanovre en 1898. Il émigre aux USA au tournant du siècle et arrive à New York en 1902.  En 1910 il part en Californie et s’installe à Los Angeles, comme réparateur de pianos. En 1912, il s'associe brièvement à Fritz Pulpaneck, d’origine allemande comme lui, pour fabriquer des violons dans le cadre d'un partenariat éphémère appelé Weissenborn & Pulpaneck. En 1914, il place une annonce dans l'annuaire de la ville de Los Angeles, vantant plus de 35 ans d'expérience dans la fabrication et la réparation d'instruments. En 1914, à peu près au moment où il commence à fabriquer des guitares en acier, l'engouement pour la musique hawaïenne va croissant et ira crescendo avec l'Exposition internationale Panama-Pacifique à San Francisco. Hermann Weissenborn voit pour la première fois des guitaristes hawaïens poser leur instrument sur leurs genoux et faire glisser des barres d'acier sur les cordes pour créer le twang caractéristique. L'exposition du public à ce nouveau son exotique (non seulement par les musiciens hawaiiens en tournée, mais aussi via la diffusion avec les nouveaux récepteurs radio) entraîne une demande massive de musique hawaïenne dans le monde entier.
En ce temps-là l'éditeur et professeur de musique Charles S. DeLano est en relation avec le fabricant de guitares en acier Chris J. Knutsen, mais avec l’exaltation populaire pour la musique hawaïenne Knutsen n’arrive pas à suivre la demande de guitares Kona de marque DeLano. DeLano se tourne alors vers d'autres fabricants d'instruments à cordes de la région de Los Angeles, dont Hermann Weissenborn, pour fabriquer des guitares en acier. 

C’est à cette époque qu’Hermann Weissenborn rencontre une jeune couturière nommée Concepcion Ybarra, venue du Mexique en 1912. Le 2 octobre 1915, alors âgé de 52 ans, il épouse Concepcion, âgée de 25 ans. C’est à cette période qu’il commence à placer dans ses guitares une étiquette avec une photo de lui tenant une steel guitar. Vers 1915 Hermann Weissenborn rencontre Albert A. Kolb, menuisier et fabricant de meubles, dans une scierie voisine, ce dernier va lui fournir du bois de koa pour ses instruments, amorçant ainsi une relation à long terme. Le koa (acacia koa) est un grand arbre endémique des îles Hawaii. Les anciens Hawaiiens construisaient des embarcations d’une seule pièce à partir d’un tronc évidé.

WeisseBLUES weissenbornnborn Company Ltd
En 1921, arrive d'Allemagne Hermann Friederich August Weissenborn, son fils, âgé de 31 ans. En 1923, avec ce fils qui est comptable, et Albert A. Kolb, Weissenborn crée la Weissenborn Company, Limited et installe une usine au 1196 S. San Pedro Street pour fabriquer des instruments. Entre 1921 et 1923, Weissenborn fabrique un petit nombre de guitares en acier pour le Christophe's Dept. Store de San Francisco sous les labels Italian Madonna et Maui.
Mais c’est vers le bois que son intérêt se porte particulièrement. Hermann Weissenborn développe un instrument et lui donne ses détails caractéristiques. Il utilise le Koa, cet acacia d'origine hawaïenne, et fabrique un manche creux, ce qui donne ce son si particulier. Le corps de résonance - qui a maintenant plus d'espace - permet d'atteindre un son plus volumineux. Une nouveauté absolue pour les instrumentistes non amplifiés du début du 20ème siècle. Hermann Weissenborn supervise et sélectionne les bois dans la période de production de 1923 à 1936, on pense que tous les instruments de la période de pré-production ont été construits de ses propres mains. Ce concept connaît un grand succès jusqu'à l'apparition, dans les années 1920, des premières guitares à résonance les comme Dobro et National.

Le fils d’Hermann Weissenborn décède le 21 juillet 1926. Pour le remplacer Rudolph Dopyera est engagé comme contremaître d'atelier pendant une brève période avant de retourner à la National Dobro Co. en 1930. La fabrication des guitares en acier continue et elles sont proposées en quatre styles, de l'ordinaire à l'ornementation fantaisie. L'usine fabrique également des guitares espagnoles dans quatre configurations parallèles aux guitares en acier, ainsi qu'un nombre limité d'ukulélés, de mandolines, et peut-être même de violons. En 1930, la demande de guitares métalliques est en baisse, et la production diminue. Parmi les guitares en acier les plus rares de Weissenborn, on trouve celles à manche carré massif construites entre 1916 et 1922, et les modèles dits « teardrop » construits en 1926 et jusque dans les années 1930.

En 1930, Hermann et Concepcion se séparent.  Pendant quelque temps Hermann Weissenborn habite dans son usine du 1196 S. Pedro, puis change pour s’installer au 311 E.25th Street.  En 1935, il installe sa manufacture au 2434 S. Hoover Street. Sérieusement endetté il meurt d'un arrêt cardiaque au matin du 30 janvier 1937 à l'âge de 73 ans

Si le boom de la musique hawaïenne a entraîné une quête incessante de volume, afin que la guitare puisse être entendue parmi d'autres instruments plus puissants, l'humble hollowneck (manche creux) a finalement perdu la guerre du volume contre les résonateurs. En effet, plus tard, les résonateurs, puis la guitare en acier électrique, à travers la musique hawaïenne et la musique country & western, ont évolué vers la pedal steel guitar, avec ses multiples manches et accords.

Folk Music Center
Le magasin le plus réputé proposant encore de jouer et d'acheter ces instruments est le Folk Music Center à Claremont dans la banlieue Est de Los Angeles. L’enseigne a été fondée en 1958 par Charles et Dorothy Chase, les grands-parents maternels de Ben Harper. En 1976, le Folk Music Center a évolué, et à côté du magasin d’instruments le Folk Music Center Museum a vu le jour. Une entité constituée en société à but non lucratif, à vocation éducative et culturelle. Le Folk Music Center Museum possède des centaines d'instruments de musique rares et anciens et des artefacts de cultures du monde entier.

Ben Harper qui a grandi au milieu des guitares et des banjos de ses grands-parents témoigne : « La Weissenborn rend le meilleur son qu’un instrument acoustique n’a jamais donné. Elle a la profondeur d’un violoncelle associé à l’intensité d’une Stratocaster. Cela nécessite d’être aussi précis que le violoncelliste pour l’intonation. Tu ne peux pas jouer un tantinet trop haut ou trop bas sous peine de jouer faux. Le bois de cet instrument a une résonance unique qui reste dans l’air longtemps. Le son de la Weissenborn ne s’éparpille pas autour de vous, il vous pénètre, vous traverse ».

Hormis Ben Harper, parmi les meilleurs joueurs de Weissenborn, on mentionnera le regretté Bob Brozman, David Lindley, Ed Gerhard, John Butler, Ry Cooder, Jeff Lang, Kaki King, Martin Harley, Thomas Oliver, Christiaan Oyens et Xavier Rudd.

Pour le sud-Américain Christiaan Oyens : « Ces instruments possèdent des qualités sonores magiques, tant dans les graves que dans les aigus, avec un sustain étonnant. La Weissenborn a le don de la qualité vocale humaine ; une richesse qui capte à la fois la douceur et le tranchant. Entre des mains expertes, elle donnera à votre musique une vie qui parle d'émotions et de couleurs, d'expériences et de voyages - c'est ce qui m'arrive chaque fois que je joue sur une Weissenborn »

Cependant certains musiciens contestent la qualité de fabrication des Weissenborn. De nombreux joueurs considèrent que les Weissenborn, avec leurs marques de scie visibles, leurs barrettes grossières et les coulures de colle, sont mal faites. « EBLUES WEISSENBORNlles ne sont pas mal faites », rétorque David Lindley, « elles sont faites simplement - parfois un peu grossières, mais d'une conception fantastique et supérieure. Elles sonnent toutes bien ». « Le fait de ne pas poncer finement les marques de scie ne nuit pas à la tonalité », affirme Ben Harper « Weissenborn a laissé un rebord comme la musique en a besoin. Si vous prenez trop de temps avec quoi que ce soit, cela perd de son efficacité. Il a pris le temps qu'il fallait ».

La construction qui peut paraître sommaire est à la fois l’avantage et le défaut des guitares Weissenborn. Elle leur confère une tonalité et un volume uniques, mais les rend sensibles aux ravages du temps, de l'environnement et du surcordage. C'est pourquoi nombreuses d’entre celles qui ont survécu doivent être recollées, les fissures réparées ou les coutures recollées.

Héritage
Sur un nombre total approximatif de 5000 instruments différents sortis des ateliers Weissenborn (mandolines, guitares folks, ukulélés), il n’en existe encore que peu d'exemplaires originaux, ce qui les rend assez chers sur le marché de la musique. Ils sont d'autant plus recherchés que le koa est un bois désormais rare et qu'il est donc protégé. A titre d’exemple, une Weissenborn style 4 de 1923 avec un très beau koa en parfait état de jeu, sans vibration, peut se négocier aux alentours de 8000€

Plus qu’une marque déposée Weissenborn est devenue l’appellation d’un instrument aux particularités caractéristiques. Des luthiers renommés comme Cole Clark en Australie ou Asher en Californie fabriquent des lap slides sur mesure en électrique ou acoustique, certaines marques produisent actuellement des Weissenborn en série à des prix abordables.

Gilles Blampain