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été 18
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Portrait: EDDY CLEARWATER Dossier: MOTOWN RECORDS  
 


Dossier
SUN RECORDS


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Le petit label entre dans la légende au milieu des années 1950 en révélant de jeunes artistes qui vont révolutionner toute une époque.  

En octobre 1949 Sam Phillips (5 janvier 1923 - 30 juillet 2003), un jeune ingénieur du son de 26 ans, loue un petit local au 706 Union avenue qu’il convertit en studio d’enregistrement grâce à un prêt de Buck Turner, un artiste qui se produit régulièblues sun recordsrement sur la station WREC où il a travaillé. Baptisé Memphis Recording Service, le lieu ouvre officiellement ses portes en janvier 1950 avec pour slogan : « Nous enregistrons tout – n’importe où – n’importe quand ». En effet, avec du matériel portable dans le coffre de sa voiture, Phillips se propose d’enregistrer les discours de mariages, de funérailles ou de rassemblements religieux. Mais, le premier job lucratif du studio est en fait l’enregistrement du Buck Turner’s band qui doit servir d’illustration sonore à la promotion du programme d’électrification rurale de l’Arkansas. Ce spot sonore sera diffusé par la suite, dans le sud, sur 15 ou 20 stations de radio. Six mois plus tard, fort de cette expérience, Sam Phillips décide d’enregistrer des musiciens pour en vendre les matrices. Le premier enregistrement sera ‘Gotta Let You Go’ et ‘Boogie In The Park’ par Joe Hill Louis. Le 30 août 1950, 300 copies sont pressées et livrées aux disquaires de la ville.
En janvier 1951, Sam Phillips enregistre plusieurs sessions de l’harmoniciste Walter Horton pour Modern Records. Tout au long de cette année il est incroyablement occupé dans son studio, enregistrant autant de blues rural et de rhythm and blues que possible. Au cours des deux premières années, l’endroit voit défiler des pianistes de Memphis, Lost John Hunter, Phineas Newborn, Albert Williams, Louis Calvin Hubert, Mose Vinson, Ike Turner, William Strutcher Johnson, Evans Bradshaw, Eddie Snow, Ford Nelson et Jack Kelly…
En compagnie de son ami et homonyme, l’animateur de radio Dewey Phillips, il décide de lancer son propre label commercial appelé tout simplement Phillips. Sa structure n’étant pas assez importante, Phillips décide de déléguer la phase finale de la fabrication des disques et la promotion des ventes aux frères Bihari, propriétaires du label RPM avec qui il est en affaire. En 1950 les Bihari signent un contrat avec BB King et le font enregistrer chez Phillips qui a semble-t-il le don de mettre les musiciens à l’aise dans son studio. En mars 1951, le titre ‘Rocket 88’ gravé par Ike Turner et Jackie Brenston génère un premier imbroglio entre Phillips, RPM et Chess quant à la distribution. Quelques semaines plus tard Sam Phillips enregistre les premiers titres d’Howlin’ Wolf pour Chess, ‘Moaning At Midnight’, ‘How Many More Years’,avec Ike Turner au piano. En octobre, un nouvel enregistrement du même artiste et de nouveaux désaccords avec le label de Chicago vont amener Sam Phillips à créer sa propre marque qui voit officiellement le jour le 27 mars1952. En avril, Sun Record Company dont le logo original est conçu par John Gale Parker Jr. un camarade de classe de Phillips, est officiellement lancée avec la sortie de ‘Drivin’ Slow’ de Johnny London. Suivront Roscoe Gordon, Rufus Thomas, Little Milton, James Cotton, Little Junior Parker, Honey Boy Edwards, Sleepy John Estes…
Dès les premiers temps, grâce à la collaboration d’Ike Turner comme talent scout, un grand nombre des musiciens noirs de Memphis viennent dans les locaux d’Union avenue et Sun est reconnu comme un label de blues. Mais si certains titres accrochent un public local, le blues rural ne guidera pas l’entreprise sur la route du succès.
Memphis est une joyeuse scène musicale où l’on entend différents styles : gospel, blues, hillbilly, country, boogie et western swing. Profitant de cette gamme de talents, il n'y a aucune limitation et en homme d'affaires avisé Phillips est prêt à écouter presque tous ceux qui viennent dans ses locaux pour enregistrer.  C’est ainsi que Sun records qui a gravé quelques perles du blues va devenir la référenceblues sun records majeure du rockabilly.
Juillet 1953 : Elvis Presley, dix-huit ans, titulaire de son diplôme de fin d’études de l'école secondaire Humes de Memphis est entré dans la vie active. Après un premier emploi aux ateliers mécaniques Parker, il est embauché par la Compagnie Crown Electric comme chauffeur-livreur. Un jour il arrête sa camionnette près du 706 Union avenue et paye 3,98 dollars pour faire un disque de deux chansons qu’il destine à sa mère : ‘My Happiness’ et ‘That's When Your Heartaches Begin’. Interrogé par la secrétaire Marion Keisker à propos de son style, Presley répond : « Je ne ressemble à personne ». Mrs. Keisker remarque le potentiel de ce garçon qui a un je ne sais quoi de spécial et, contrairement aux autres jeunes gens qu’elle a vu défiler, elle garde une copie. Elle souhaite la faire écouter à son patron. Ce dernier a parfois dit sous forme de boutade : « Si je pouvais trouver un Blanc qui chante comme un Noir, avec le feeling d’un Noir, je ramasserais la mise ».

Sam Phillips écoute l’enregistrement. Il est impressionné. C’est sûr, il reverra ce jeune homme, mais les choses vont en rester là pour l’instant, le jeune chauffeur-livreur continuera de sillonner les rues de Memphis. Mrs. Keisker a cependant conservé précieusement l’adresse d’Elvis.
Si Sam Phillips pense que ce garçon a du talent, il pense aussi qu’il besoin de travailler sa voix, et puis il a d’autres projets pour son entreprise dans l’immédiat. Ce n’est qu’en janvier 1954 qu’il rencontre Elvis Presley, quand ce dernier revient de son propre chef au studio pour graver un nouveau disque à ses frais. Sam Phillips va organiser une session mais il pense que, si Elvis s’en sort bien, seul, avec sa guitare, il lui faut un accompagnement digne de ce nom, fût-il minimal. La rencontre se fait avec deux jeunes musiciens, Scotty Moore à la guitare électrique et Bill Black à la contrebasse. Le trio enchaîne plusieurs titres. Ce n’est pas mal, mais rien de transcendant. Cependant, Phillips reste persuadé qu’il est sur une piste et, que quelque chose de nouveau va sortir de tout ça. Dans les mois qui suivent, le trio va multiplier les séances de travail et trouver un style. Phillips fait des réglages dans sa cabine de contrôle, les garçons discutent, boivent un coup et plaisantent dans le studio. Elvis se laisse aller et entonne ‘That’s All Right Mama’, un de ses blues préférés. C’est un titre d’Arthur Big Boy Crudup dont il accélère le tempo et auquel il mêle des accents hillbilly. Scotty Moore et Bill Black accrochent immédiatement et donnent une certaine cohésion au morceau. Ce qui avait commencé comme une plaisanterie capte illico l’attention de Sam Phillips : « Hey, c’est quoi ce truc-là ? ». Il a trouvé par hasard ce qu’il cherchait. Un blues des bas-fonds chanté d’une voix aiguë et sensuelle, soutenue par une basse lourde et où la guitare garde des saveurs country. Il se précipite sur le magnétophone et les fait recommencer.
Juillet 1954 : le disque ‘That’s All Right Mama’/‘Blue Moon Of Kentucky’ devient un succès régional dans le Sud. Suivront ‘Good Rockin' Tonight’/‘I Don't Care If The Sun Don't Shine’ et  ‘Milkcow Blues Boogie’/‘You're A Heartbreaker’, puis en 1955 ‘Baby Let's Play House’/‘I'm Left, You're Right, She's Gone’ et I Forgot To Remember To Forget’/‘Mystery Train’. Les débuts remarqués d’Elvis Presley vont entraîner une augmentation de la diffusion et de la visibilité de plusieurs des futures icônes rock et country de Sun, notamment Carl Perkins, Johnny Cash, Roy Orbison, Billy Lee Riley, Jerry Lee Lewis et Charlie Rich. Sam Phillips travaille au feeling et cherche à mettre en avant la personnalité de ses jeunes poulains. Il simplifie l’orchestration limitant à 4 le nombre d’instruments lors des enregistrements. C’est peut-être là que réside le secret du son Sun.
blues sun records
Le premier single de Johnny Cash, ‘Cry! Cry! Cry !’ qui devient un hit du top 15 national sort en juin 1955. Plus tard dans l'année, avec ‘Folsom Prison Blues’ Cash est programmé dans le show télévisé Louisiana Hayride. Le 1er janvier 1956 paraît ‘Blues Suede Shoes’ enregistré par une nouvelle recrue du label, Carl Perkins, le succès est immédiat. Au mois de mai, ‘I Walk The Line’ est un nouveau succès pour Johnny Cash qui devient une star du Grand Ole Opry de Nashville.

En 1955 Sam Phillips vend le contrat d’Elvis Presley à RCA Victor Records pour 35 000 $ afin de soulager les difficultés financières de Sun qui est au bord de la faillite.

En 1956 sur les recommandations de Johny Cash Sam Phillips signe Roy Orbison qui obtient un hit avec ‘Ooby Dooby’. Le 4 décembre 1956 Carl Perkins travaille dans le studio avec Jerry Lee Lewis qui l’accompagne au piano. Johnny Cash est venu en visiteur et Presley, qui a déjà signé chez RCA, pointe le bout de son nez. Les quatre jeunes musiciens se lancent dans une jam impromptue. L'ingénieur du son Jack Clement grave la session de cette session improvisée nommée bien plus tard le Million Dollar Quartet qui ne sera pas publiée avant 1981. En février 1957 Jerry Lee Lewis sort ‘Whole Lotta Shakin’ Goin’ On’ et accède au statut de phénomène du rock’n’roll.

Phillips rencontre Billy Riley et publie ‘Trouble Bound’ le 1er septembre 1956. Le single ‘Flyin' Saucers Rock And Roll’/‘I Want You Baby’ sort le 23 février 1957, suivra l'imparable ‘Red Hot’ couplé avec‘Pearly Lee’ le 30 septembre. En 1958 Sam Phillips découvre Charlie Rich. Il lui fait enregistrer un premier disque sur le label Phillips International, annexe de Sun records qui contient ‘Whirlwind’ et ‘Philadelphia Baby’, deux rocks aux allures de gospel avec un son original pour l'époque.

Perkins et Cash quittent Sun pour Columbia en 1958 et Billy Lee Riley part chez Brunswick, Orbison signe chez Monument records en 1960. Jerry Lee Lewis se retrouve chez Mercury en 1963 et Charlie Rich chez Groove une filiale de RCA Victor. Sun records est certainement le seul label qui n’arrive pas à renouveler les contrats de ses artistes. Les jeunes musiciens qui ont pu être révélés grâce au flair de Sam Phillips ne voient le déploiement d’une grande carrière qu’avec le concours de structures commerciales plus solides. Mais l’écurie Sun ne s’est pas limitée uniquement à ces noms-là. Au long de 4 années le studio de Memphis a produit plus de 250 singles.
A la fin des années 1950 Sun Records devient à l’étroit au 706 Union avenue. Le studio n'est pas assez grand pour accueillir de grands groupes de musiciens, la salle de contrôle est trop petite pour le nouvel équipement d'enregistrement multipiste. A l'été 1958, Sam Phillips acquiert un immeuble à proximité, au 639 Madison avenue. Il en fait son siège social qui n’est inauguré officiellement que le 17 septembre 1960. Ce nouveau local est l'un des plus modernes des Etats-Unis, avec ses appareils électroniques, haute et basse fréquence intégrée, l'atténuation des échos et la division des canaux. Phillips recrute des directeurs, des producteurs et des ingénieurs pour diriger ses studios pendant cette période, et toutes sortes d'artistes y sont enregistrés. En 1962, Frank Frost fait quelques-uns des derniers enregistrements vraiment blues de Memphis, mais le son classique de Sun a pratiquement disparu. La dernière session d’enregistrement que Phillips dirige lui-même est celle du chanteur de rockabilly Dane Stinit en novembre 1966. Le dernier disque sur le label Sun est publié en janvier 1968.
En juillet 1969, pour 1 million de dollars Sam Phillips vend la totalité du catalogue Sun, environ 7000 enregistrements, à Shelby S. Singleton, producteur de Mercury Records tout en conservant néanmoins une participation dans l'entreprise et ses droits d'édition.
Sam Phillips pensait que les racines sudistes de la musique qu’il aimait aurait un prolongement universel. Il a réussi à briser les préjugés liés à la ségrégation pour la faire entendre bien au-delà de Memphis. Son intuition a changé la face du monde ; le rock and roll a fait le tour du globe et entrblues sun recordsainé le blues avec lui. Et si le nom du fondateur du label Sun est souvent lié à l’émergence du rock’n’roll, Sam Phillips affirmait que pour lui sa découverte d’Howlin’ Wolf était aussi importante, sinon plus, que celle d’Elvis Presley. 
Après avoir abrité pendant plusieurs années un magasin de pièces détachées, un salon de coiffure et une boutique de plongée, le 706 Union avenue redevient en septembre 1985 un studio d'enregistrement lorsque le producteur Chips Moman réunit Johnny Cash, Roy Orbison, Jerry Lee Lewis et Carl Perkins pour enregistrer le LP Class Of 55 : Memphis Rock & Roll Homecoming. Le logo jaune vif de Sun Records, avec ses 11 rayons de soleil, vat bientôt devenir encore plus emblématique et omniprésent quand le bâtiment s'ouvre aux touristes venus du monde entier à partir de 1987.

En 1986, Sam Phillips fait partie du premier groupe intronisé au Rock And Roll Hall of Fame. En 1998, il est reconnu par le Blues Hall of Fame et en 2001 par le Country Hall of Fame.

Sam Phillips décède d'une insuffisance respiratoire à l'hôpital St. Francis de Memphis, le 30 juillet 2003, un jour seulement avant que le Sun Studio original ne soit désigné monument historique national. Il est enterré au Memorial Park Cemetery de Memphis.

Gilles Blampain