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03/17
Chroniques CD du mois Interview: CHICKEN DIAMOND Livres & Publications
Dossier: BLUES & FLAMENCO (suite) Portrait: BIG JOE WILLIAMS Interview: MOJO BRUNO
 


Dossier
SKIFFLE










Genre musical à base de guitare folk, de banjo, de kazoo et d'harmonica apparu aux États-Unis, dans le Kentucky, le Tennessee, le Mississippi aux alentours de 1920, le skiffle fait son nid en Grande-Bretagne au début des années 1950 pour devenir la mèche qui déclenchera l'explosion du british blues dans les années 1960.

Au début des années 50, Chris Barber, tromboniste et chef d’orchestre, est à la tête d’un jazz band traditionnel et son nom est souvent associé à celui du guitariste/banjoïste Lonnie Donegan et du trompettiste Ken Coyler, lui aussi en charge de son propre orchestre. Tous trois amateurs du country-blues de Leadbelly ou de Big Bill Broonzy, tout autant que du folk de Woody Guthrie, se retrouvent souvent pour des intermèdes musicaux dans lesquels ils utilisent des instruments ‘bricolés’ comme le washboard (la planche à laver), le bass tub (bassine et manche à balai avec une corde), le jug (cruchon  à demi empli d’eau), la base harmonique étant assurée par la guitare ou le banjo. Ce skiffle connaît l’engouement du public. L’origine du mot remonterait à un enregistrement de 1925 de Jimmy O’Bryant & the Chicago Skifflers. Aux USA, ‘skiffle’  désignait dans les années 20, les instruments faits à la maison.
Lonnie Donegan influencera et conseillera utilement de nombreux jeunes musiciens. Barber, leader de son propre groupe, mettra en avant un grand nombre d’artistes, notamment la chanteuse de jazz irlandaise Ottilie Patterson, avec laquelle il fut marié un certain nombre d’années, et qui participe à de nombreux enregistrement du Chris Barber’s Band.
En 1953, un jeune homme de 25 ans très intéressé par le blues depuis longtemps déjà et qui traîne dans les clubs de Soho depuis 2 ou 3 ans, se joint à eux. Il s’appelle Alexis Korner. blues skiffleFils d’un père autrichien et d’une mère grecque, Alexis Korner est né en 1928 à Paris et a vécu une partie de son enfance en France, en Suisse et en Afrique du nord. Il est âgé de 12 ans quand, en 1940 il arrive à Londres. Il racontera que c’est le fait d’avoir entendu une chanson de Jimmy Yancey durant un bombardement qui scellera son destin : « A partir de ce moment-là tout ce que j’ai voulu faire était de jouer le blues ». Pianiste et guitariste, mais également chanteur, il décide de vivre de sa musique à l’âge de 17 ans. Quelques années plus tard, en 1949, il intègre le band de Chris Barber.

Josh, Big Bill et Lonnie
Trois fabuleux guitaristes vont marquer les esprits. En juillet 1950, Josh White un des plus fins instrumentistes de la côte Est, au style sophistiqué, qui a fait les beaux soirs de Greenwich village à New York donne une série de concerts en Angleterre. En septembre 1951, c’est le tour de Big Bill Broonzy, venu de Chicago. Fabuleux technicien et chanteur à la voix puissante dont la présence sur scène, le talent et la personnalité ne passent pas inaperçus. Plus tard, en avril 1952 il se produit à Brighton, Londres, Manchester, Liverpool et Edimbourg. Il reviendra encore en 1953, 1955 et 1957. En juin 1952, c’est Lonnie Johnson, l’un des plus influents créateurs du jazz et du blues avec son jeu note à note au médiator qui attire les spectateurs. Mais dans ces années-là, écouter du blues à la radio relève de la fiction. Alors pour les amateurs londoniens avertis, la possibilité de s’adresser au service information de la bibliothèque de l’ambassade américaine de Grosvenor Square qui recèle un trésor en la matière, est une aubaine. Lonnie Donegan rapporte quelques années plus tard qu’il a parfois ‘oublié’ de rapporter un disque ou deux, tandis que son ami Wally Whyton se souvient du plaisir d’apprendre en 10 minutes un morceau de Muddy Waters et de le connaître pour toujours !

En 1955, un lieu exclusivement dédié au skiffle et au blues ouvre ses portes au-dessus du Round House Pub au coin de Wardour street et de Brewer street au cœur de Soho. Cette petite salle peut accueillir 125 personnes, mais certains soirs il y a plus d’artistes qui attendent pour jouer que de spectateurs. 
Les musiciens attitrés de l’endroit sont Alexis Korner, Pete Korrison, Bob Watson et Cyril Davies. Cyril Davies, a vu le jour en 1932 à Denham, non loin de Londres. Dès son adolescence il s’initie à la guitare, au banjo et à l’ukulélé en compagnie de son frère aîné Glyn. Après avoir quitté l’école, il fait un bref séjour dans une entreprise d’aéronautique, puis part pour Londres et débute sa carrière de musicien en 1950 en jouant du banjo ou de la guitare à 12 cordes au sein du Steve Lane’s Southern Stompers. C’est à cette époque qu’il se découvre une véritable passion pour Leadbelly qui le marque musicalement et humainement. Il aime jouer un blues basique, sans fioriture, et c’est à l’harmonica dans le style de Chicago qu’il s’imposera vraiment.

blues sjiffle

Rock Island Line’, ‘John Henry’, ‘Freight Train’ …
En février 1956, le Lonnie Donegan Skiffle Group remporte un énorme succès discographique avec deux reprises du répertoire traditionnel du folk-blues, ‘Rock Island Line’ et ‘John Henry’ qui restent pendant huit mois dans les 20 meilleures ventes de disques de Grande-Bretagne. En juin il réédite ce succès et place une nouvelle chanson, ‘Lost John’, en deuxième place du hit-parade. D’autres interprètes comme les Vipers avec ‘Cumberland Gap’ ou  Chas McDevitt Skiffle Group avec ‘Freight Train’ rencontrent les faveurs du public.
La déferlante skiffle envahit alors le pays. Une guitare, un harmonica, des percussions improvisées et beaucoup de jeunes forment leurs propres groupes. Le style est tellement à la mode qu’une marque de céréales offre un sifflet skiffle dans chacun de ses paquets de riz soufflé, certains magazines féminins donnent des conseils pour réussir sa skiffle party et le journal Daily Herald organise des tournois de skiffle dans les camps de vacances. A Londres des  douzaines de coffee-shops organisent en fin d’après-midi des concerts pour les jeunes.
Le 1er  juin 1957 la BBC lance le Saturday Skiffle Club, une émission d’une heure et demie le samedi en fin de matinée. Chanteurs et groupes de musiciens se succèdent à l’antenne. Ce programme attire un large public devant le petit écran et trouve un écho auprès des téléspectateurs que les producteurs n’osaient espérer. En octobre 1958 le temps d’antenne passe à 2 heures et l’on peut voir et entendre  les vedettes du genre dans l’émission, Chris Barber, Lonnie Donegan, Humphrey Lyttelton, Bert Weedon, Clinton Ford, The Vipers, Chas McDevitt avec la chanteuse Shirley Douglas, Johnny Duncan and his Bluegrass Boys, George Melly and his Bubbling Over Four, Russell Quaye’s City Ramblers, Dickie Bishop and his Sidekicks, The Bob Cort Skiffle Group, Nancy Whiskey Skiffle Group. Le skiffle ancre le country-blues dans la culture musicale britannique.

British blues
Alexis Korner et son compère Cyril Davies ont pu côtoyer les musiciens dont Chris Barber organisait les tournées et jouer ainsi avec les grands bluesmen américains durant leur résidence londonienne. Tous deux plus âgé d’au moins une douzaine d’années, vont devenir de véritables modèles pour les futurs acteurs du british blues boom. Mick Jagger (Rolling Stones), Pete Townshend (Who), Eric Clapton (Cream), Ray Davies (Kinks), Jimmy Page (Yardbirds, Led Zeppelin),blues skiffle John McVie (Fleetwood Mac), Ian McLagan (Small Faces)… reconnaissent volontiers l’influence de Korner et Davies et ce que chacun d’eux doit à ces deux « maîtres ».
Charlie Watts (Rolling Stones) : « Alexis Korner et Cyril Davies ont été à l’origine du rhythm and blues dans ce pays. Si les choses étaient comme il se doit, Alexis serait tout en haut. »

En mars 1962 dans l’ouest de Londres, Alexis Korner déniche une petite salle en sous-sol, juste à la sortie de la station de métro Ealing Broadway. Il baptise l’endroit Ealing Club et y établit la résidence de son groupe. Pour la première prestation dans ce lieu, il est entouré par Cyril Davies à l’harmonica, Mick Jagger et Art Wood au chant et Charlie Watts à la batterie. Le Ealing club devient la première salle de la capitale britannique à faire entendre régulièrement du blues. L’endroit attire un grand nombre de jeunes musiciens qui seront bientôt les maîtres d’œuvre de la nouvelle scène anglaise. Les habitués du lieu se nomment Mick Jagger, Charlie Watts, Paul Jones, Keith Richards, Brian Jones, Jack Bruce, Ginger Baker, Graham Bond, Long John Baldry…

Le 7 janvier 1964, le blues anglais est profondément endeuillé par le décès prématuré de Cyril Davies à l’âge de 32 ans, suite à des problèmes cardiaques (certains parlent de pleurésie, d’autres de leucémie), aggravés par les abus d’alcool. Alexis Korner quant à lui reste très actif jusqu’au début des années 80 ; gros fumeur, il décède prématurément d’un cancer du poumon le 1er janvier 1984.

Gilles Blampain