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04/17
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Dossier: BLUES & FLAMENCO (suite) Portrait: CHUCK BERRY Interview: DARIOS MARS & THE GUILLOTINES
 


Dossier
ROCKORICO !


blues national guitars
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Si on interroge le commun des amateurs de rythme binaire quant à l’émergence du rock’n’roll au pays du tourlourou et de la chanson réaliste, il situera probablement l’évènement à la toute fin des années cinquante. Quand Johnny Hallyday apparaît en décembre 1959 dans l’émission de télé Paris Cocktail et qu’il sort ses premiers 45-tours chez Vogue peu après : ‘T’aimer Follement’ et ‘Souvenirs, Souvenirs’. D’autres, plus pointilleux, parleront de septembre 1958 et de l’enregistrement de Danyel Gérard : ‘D’où Viens-Tu Billy Boy’, ou évoqueront encore Claude Piron (pas encore Danny Boy) avec ‘Viens’.
L’apparition d’Elvis Presley à la télévision, qui a bouleversé la jeunesse américaine, a eu lieu le 9 septembre 1956, alors faut-il croire que le phénomène musical ait mis deux ans et plus pour prendre pied en France ? Non ! La traînée de poudre s’est enflammé rapidement et a atteint le vieux continent instantanément. Le rock’n’roll se chante en français dès 1956. Pourtant la déferlante yéyé avec Chaussettes Noires,Chats Sauvages, Pirates, Pénitents, Fantômes, et autres groupes plus ou moins éphémères, n’arrivera que cinq ou six ans plus tard.
Alors qui sont les premiers interprètes de cette musique de teenagers en rébellion contre la société ?... De joyeux artistes qui ont largement dépassé la trentaine !

Mac-Kac ou Henry Cording ?
Dès janvier 56, Jacques Hélian et son orchestre enregistrent une version instrumentale de ‘Rock Around The Clock’. Mais l’histoire veut que Michel Legrand qui, au milieu des années 50, a déjà un pied en Amérique, revienne à Paris avec quelques disques dans ses bagages et les fasse écouter à Boris Vian. Pour Vian, grand amateur de jazz, ce rythme est une bouffonnerie et il s’en empare pour en faire une pochade.
En compagnie de Legrand, qui signe les musiques Mig Bike, Vian écrit des textes humoristiques qu’il signe Vernon Sinclair et que son ami Henri Salvador chante sous le nom d’Henry Cording. Le 45-tours sort chez Fontana en juin 1956. Ses titres sont désormais des classiques : ‘Rock And Roll-Mops’, ‘Dis-moi Qu’Tu M’aimes Rock’, ‘Rock Hoquet’, ‘Va T’Faire Cuire Un Œuf Man’. Voilà la première mouture de rock’n’roll made in France. Certains méticuleux gardiens du temps, à cheval sur la chronologie, nous disent que c’est Mac-Kac (pseudonyme du batteur de jazz manouche Baptiste Reille) qui a sorti les premiers titres sur le label Versailles en avril 56 : ‘Eh, là-bas ?’, ‘J’en Ai Assez’, ‘Great Bulging Eyes’, ‘T’es Pas Tombé Sur La Tête’. Quelques décennies plus tard, on n’est plus à deux mois près !
Au regard des titres de la grande majorité de la production, on remarque que le rock n’est qu’un amusement. Moustache et Sacha Distel (qui ne deviendra vedette qu’en 1958 avec ‘Scoubidous’) composent pour d’autres bon nombre de chansons aux titres amusants : ‘J’ai j’té ma clé dans l’tonneau d’goudron’, ‘Le rouquin râle’, ‘J’tuerai l’voyou qui a bu tout mon vin de messe’, ‘T’es partie en socquettes’
Magali Noël, chanteuse fétiche de Boris Vian, emballe le public avec ‘Fais-Moi Mal Johnny’ et ‘Alhambra Rock’, tandis que les grands orchestres de Michel Legrand avec‘Riff And Rock’, ‘Rock Around The Clock’, de Raymond Le Sénéchal avec ‘Laisse Tomber’, ‘Mimi Tord Boyaux’ ou d’Alix Combelle qui joue ‘Rock A Gogo’ ou ‘Rock At The Apollo’, font danser sur des thèmes instrumentaux.
Les surprises-parties vibrent au son d’Hubert Rostaing et sa Formation Jazz, avec la chanteuse Anita Love qui nous dit : ‘J’ai Perdu La Tête’, ‘Qu’est-ce Que c’est ?’, ‘Monsieur Le Baron’, ‘Rock, Rock’. Les couples dansent sur ‘Et Là Bas’ de Christian Garros et son Orchestre avec, au chant, Nadine Young et Guy Lafitte, quand ce n’est pas avec le Septuor de Jack Diéval qui interprète ‘Loufoque Rock’. L’orchestre de Pierre Gossez et ses Rockets reprend quant à lui des titres de Boris Vian en version instrumentale.
Toujours dans l’esprit rock, Edith Piaf chante ‘L’Homme A La Moto’, une reprise du ‘Black Denim Trousers and Motorcycle Boots’ de Jerry Leiber et Mike Stoller.
Au regard des noms : Vian, Legrand, Reille, Moustache, Distel, Diéval, Combelle et consorts, on se rend compte que les musiciens de jazz s’offrent une récréation, maisl’année 1956 est bien une année ‘rock’ en France !

 Extrait du Magazine CINÉ REGARDS (Radio TV Variété), nº 1, Octobre 1956 :
Faites connaissance avec le rock and roll
Une nouvelle épidémie vient de se déclencher en France, mais elle ne touche que les milieux proches du jazz : c'est le « Rock and Roll » (culbuter et rouler, selon une traduction littérale, mais des esprits bien informés affirment que l'expression, dans le langage courant des Yankees, dépasse le cadre du vocabulaire proprement chorégraphique).

Requins Drôles
En 1957, des artistes plus inattendus se mettent au rock. Roger Pierre et Jean-Marc Thibault chantent ‘Le Cuirassier De Reichshoffen Rock’, Georges Guétary interprète ‘Georges, Viens Danser Le Rock’n’roll’, et Collette Renard chante ‘L’Age Atomique’ (adaptation de ‘Rock Around The Island’). Christiane Legrand et Jeannine Wells, sous le pseudonyme de Peb Roc et ses Rocking Boys, reprennent ‘Rock Around The Clock’, et créent ‘Rock A La Niche’ et ‘Chaperon Rock’. Côté rigolos, n’oublions pas Rock Failair et son orchestre de Petits Milliardaires qui chantent : ‘Cœur De Rock’, ‘Requins Drôles’, ‘Rock’n’roll Sérénade’, ‘Rock De Monsieur Feller’, ‘Rock Monsieur’, ‘Tangage Et Roulis’.Les 4 de Paris font connaître au public ‘Daisy (La Pin-Up Des Juke-Box)’.

En 1958, René Clausier, rebaptisé Phily Form pour la scène et les ombres de l’oubli, chante ‘Blues Pour Ma Petite Amie’, ‘Sur Le Boulevard Des Allongés’, ‘Le Ciel Est Si Triste’, et le sémillantGabriel Dalar met toute sa fougue dans ‘Le Croque Crâne Creux’ (reprise de ‘The Purple People Eater’) et ‘Trente-Neuf De Fièvre’ (‘Fever’). Quant à Luis Mariano, en 1959, il reprend ‘Chantilly Lace’ de Big Bopper sous le titre ‘Ma P’tite Chérie’.
Aux USA, les enregistrements de Mac-Kac and his French Rock & Roll ont été diffusés par Atlantic, Henry Cording with Big Mike and his Parisian Rockets par Columbia (les textes de Vian adaptés en anglais).

Il n’a donc pas fallu attendre l’ouverture du Golf Drouot pour entendre du rock en France, mais ce que n’avaient peut-être pas ces interprètes de la première heure, c’était la « rock’n’roll attitude », mouvement instinctif de la génération suivante.

Gilles Blampain
Source : phonothèque de rock and roll et twist français