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09/21
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Dossier
PHILIP LYNOTT


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FENDER STRATOCASTER
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Le poète irlandais du hard-rock. 

Philomena Lynott descend du bus, et se précipite vers l'hôpital. Sa démarche est mal aisée, et son visage crispé de douleur. Un liqBlues philip lynottuide transparent coule sur sa jambe, sous sa robe. Les passants la regardent courir tant bien que mal vers l'hôpital à quelques centaines de mètres, sans que personne ne daigne lui apporter un peu d'aide. Philomena est enceinte, elle est en train de perdre les eaux. Arrivée en trébuchant à l'entrée de l'hôpital, les infirmières la prennent rapidement en charge, et l'emmène en salle de travail. Une heure plus tard, Philomena tient dans ses bras un beau bébé à la peau café au lait. Elle a décidé de l'appeler Philip.

Dehors, la température est estivale. Nous sommes le 20 août 1949, à West Bromwich, dans les West Midlands, en banlieue de Birmingham. Malgré l'été, le soleil peine à pointer à travers les nuages, et pour cause. Les West Midlands sont le cœur minier et sidérurgique de la Grande-Bretagne en pleine reconstruction après la guerre. Les usines crachent une épaisse suie de charbon brûlé et de scories de fonte. Philomena tousse un peu à cause de la poussière. L'infirmière qui vient faire les soins referme la fenêtre qu'elle avait ouverte, pensant faire entrer un peu d'air estival. Philomena contemple son bébé blotti contre sa poitrine.

Quelques mois auparavant, elle avait rencontré un beau métis du nom de Cecil Parris. D'origine guyanaise, il était venu de la colonie britannique pour trouver du travail en Grande-Bretagne. Il n'en manquait pas à Birmingham, et c'est au pub que Philomena et Cecil vont se rencontrer. Leur amour commence en 1948, et pendant plusieurs mois, ils se fréquentent, non sans la désapprobation évidente de la population du quartier. Pensez donc : un métis des colonies et une jeune anglaise blanche qui fricotent. Leur petite idylle prend pourtant fin quelques mois plus tard, Cecil étant transféré par son entreprise à Londres. Quelques semaines plus tard, Philomena découvre qu'elle est enceinte. Cecil ne peut rentrer, mais accepte d'envoyer de l'argent à la mère de son futur enfant. Il ne le verra pourtant jamais.

Philomena est une fille-mère de dix-neuf ans, qui doit se réfugier dans un foyer de mères célibataires, une honte pour l'époque. Et d'autant plus avec un petit garçon métisse. Qui est donc cette femme qui s'adonne à un nègre ? Le petit Philip débute toutefois sa scolarité sans difficulté. Il est pourtant rapidement confronté à une réalité : il est différent. Au milieu de tous les petits blancs british, il a la peau bronzée, et d'épais cheveux africains qui lui forme rapidement un casque de boucles brunes.

Son arrivée à l'école de Moss Side en 1957 se révélera plus problématique. Cette fois, le racisme est explicite, et Philip en souffre. Philomena n'hésite pas longtemps. Elle décide de le mettre à l'abri des brimades des milieux ouvriers, des bandes de gamins bagarreurs et étroits d'esprit. Elle emmène le petit Philip chez ses grands-parents à Crumlin, dans la banlieue de Dublin, en Irlande du Sud. Dès lors, Philip grandira au milieu de la campagne irlandaise, loin de la rage ouvrière des hauts fourneaux anglais. Bien qu'anglais, Philip se considérera toujours comme étant irlandais à part entière.

Philip s'entend bien avec ses grands-parents, mais ce sont de vieilles personnes. Alors Philip se réfugie dans la lecture. Il dévore des bande-dessinées de science-fiction, de cow-boys, des comics. Son imagination délire au milieu de ces belles images illustrées, et ces histoires fantasmagoriques, loin de la tranquillité campagnarde de la banlieue de Dublin. Philip conservera à jamais cette tendresse pour son pays et les fantaisies de ses lectures d'enfance. Elles alimenteront son imagination pour toujours.

Philip découvre la musique avec la discographie de son oncle Timothy, qui dispose d'albums Tamla Motown et de quelques disques des Beatles. Philip débute dans un premier groupe, les Black Eagles, en 1965. Il en est le chanteur principal, mais ne se sent pas à l'aise avec son corps.

Il rencontre un garçon décisif pour l'avenir au lycée catholique de Crumlin : un petit blanc du nom de Brian Downey, qui joue de la batterie. Les deux gars jouent ensemble dans quelques groupes de reprises Soul. Mais lorsque Philip décide de former son groupe avec le bassiste Brendan Shiels du nom de Skid Row, Downey décline l'invitation. La formation se met en route. Le poste de guitariste échoue à un jeune homme du nom de Gary Moore, petit surdoué prometteur.

Mais dès les premiers sets, il y a un souci. Philip chante mal, trop rauque. Shiels écarte Philip le temps qu'il se fasse opérer des amygdales… tout en remaniant le groupe. Lorsque Philip revient, Skid Row est devenu un power-trio. Mais pétri de remords, Shiels convainc Philip de se mettre à la basse en plus du chant, et lui apprend les rudiments.

Philip s'est installé dans un petit appartement à Clontarf. Il fonde un nouveau groupe du nom de Orphanage avec Brian Downey à la batterie. Il veut développer un son mélangeant Cream, Jimi Hendrix, les Who, Free, et ses influences folk. Philip n'en est pas encore le bassiste, mais uniquement le chanteur. Joe Staunton tient la guitare, et Pat Quigley la basse. Rapidement, les reprises sont mises de côté. Philip compose déjà énormément, et les premières démos d'Orphanage révèlent un talent certain pour l'écriture.
En 1969, Philip fait la connaissance du guitariste Eric Bell, ancien membre d'une mouture tardive des Them. Maintenant plus à l'aise à la basse, Phil entreprend de monter son groupe avec Bell et Downey. Eric Wrixon, ancien organiste des Them, l'homme qui a permis la rencontre entre Bell et Lynott, est aussi de la partie. Il baptise le gang Thin Lizzy, déformation par l'accent de Dublin de Tin Lizzie, un personnage de la revue de bandes dessinées The Dandy, une Ford modèle T.
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Gagnant en assurance sur scène, Thin Lizzy ne tarde pas à être signé par un label. C'est Decca qui s'en charge, et en juillet 1970 sort un premier simple : ‘The Farmer/I Need You’, deux compositions originales de Philip. Le disque est un flop. Juste après sa sortie, Wrixon s'en va, et Thin Lizzy devient un power-trio.
Thin Lizzy sort en 1971, et Shades Of A Blue Orphanage en 1972. Les deux disques, merveilleux mélange de blues-rock teigneux (‘Things Ain't Working Out Down On The Farm’, ‘Call The Police’) et de songwriting folk (‘Dublin’), ne trouvent pas beaucoup d'écho dans les classements. Oscillant entre plusieurs horizons, le groupe n'est pas vraiment hard-rock, pas folk-rock non plus. Et puis il y a la voix de Philip, profonde, soul, pas du tout taillé pour le son dur selon la critique. A cela s'ajoute un manque certain de charisme de Lynott sur scène. Bien qu'il écrive la quasi-totalité des chansons, il reste persuadé que Bell est le vrai leader du groupe de par sa renommée d'ancien Them.

Lynott a pourtant du talent, puisque rien moins que Ritchie Blackmore, le prestigieux guitariste de Deep Purple, s'intéresse à lui. Il débarque un jour dans la salle de répétition de Thin Lizzy, et jamme avec eux. Blackmore a également commencé à évoquer un groupe du nom de Baby Face avec Lynott et le batteur Ian Paice. Pour Downey et Bell, vu l'insuccès de Thin Lizzy, il est évident que c'est la fin. Il n'en sera pourtant rien, et Lynott restera fidèle à ses deux amis.

L'argent se faisant rare, les trois Thin Lizzy participe à un album de reprises de Deep Purple sous le nom Funky Junction, sur lequel Lynott ne chante pas, sa voix ne ressemblant pas à celle de Ian Gillan, le hurleur de Purple. Après ce disque, Thin Lizzy se retrouve avec la pression de Decca pour enfin sortir le disque qui permettra au groupe de percer, sinon c'est la porte. Auparavant, le trio se retrouve en première partie d'une immense tournée nationale de Slade, alors au sommet de leur succès. Après quelques dates, Lynott se fait enguirlander par le manager de Slade, Chas Chandler. Ce dernier trouve Philip trop statique, et le somme de se bouger sur scène sous peine de voir son groupe se faire virer de la tournée. Dès lors, Lynott se lâche, et en profite pour customiser sa basse en y mettant une plaque de protection miroir, comme sur les guitares de Slade, accessoire très glam qu'il gardera sur tous ses instruments jusqu'à la fin de sa vie.

Miracle, un morceau accroche les charts : ‘Whisky In The Jar’, une reprise d'un morceau traditionnel irlandais, numéro 6 des ventes de simples en Grande-Bretagne. Malheureusement, le morceau n'est pas représentatif du style Thin Lizzy, beaucoup plus rock, et le troisième album, Vagabonds Of The Western World, ne se classe toujours pas.

C'est alors le début de la débandade. Ritchie Blackmore démarche de nouveau Lynott pour rejoindre Deep Purple en remplacement de Ian Gillan et Roger Glover, dans le but de faire évoluer Deep Purple vers des sonorités plus soul. Lynott refuse de nouveau après quelques essais, seul au chant et à la basse, puis avec Paul Rodgers au chant lead. Philip croit toujours en son groupe, mais il n'en sera pas remercié. Eric Bell quitte le groupe le soir du nouvel An 1974, malade après trois ans de tournée intensive, et profondément déçu par le business de la musique. Gary Moore rejoint Downey et Lynott de janvier à avril 1974 le temps de finir la tournée britannique. Puis, pour la tournée allemande qui s'annonce en mai, Phil recrute deux guitaristes : John Cann, ex-Atomic Rooster et Hard Stuff, et Andy Gee, qui joua avec Ellis et Peter Bardens. La tournée se passe dans une ambiance morose. Cann et Lynott ne s'entendent pas vraiment. Quant à Andy Gee, il est déjà sous contrat avec une autre maison de disques. Le quatuor n'est donc que très temporaire. Le coup de grâce est donné par Decca qui vire le groupe. Sans label, sans guitaristes, et sans perspectives, Downey décide lui aussi de jeter l'éponge. Thin Lizzy semble bel et bien mort, et il est déjà trop tard pour reconsidérer l'offre de Ritchie Blackmore. Deep Purple a embauché Glenn Hughes à la basse et au chant, et David Coverdale au chant lead. Leur nouvel album s'appelle Burn et va se vendre à huit millions d'exemplaires aux USA.

Philip décide pourtant de ne pas abandonner. Il fait passer des auditions à des guitaristes. Il ne sait pas trop si le groupe aura un ou deux guitaristes, l'expérience à deux bretteurs en Allemagne ayant été peu convaincante. Deux musiciens se distinguent particulièrement : blues philip lynottun jeune écossais de dix-huit ans du nom de Brian Robertson, et un californien se nommant Scott Gorham. Incapable de se décider, Phil décide de voir si l'alchimie se produit entre les deux. Et ça marche : alternant chorus et rythmique, Robertson et Gorham se complètent magnifiquement. Mieux, ils développent des guitares en harmonie, comme le Fleetwood Mac de Peter Green ou Wishbone Ash, les rois du genre.

Lynott se débat aussi au niveau du business, et sécurise un contrat avec Vertigo Phonogram. Fort de ce nouvel environnement favorable, il convainc Downey de revenir. L'album Night Life sort en novembre 1974, mais ne se classe toujours pas. Pourtant, quelques futurs classiques sont déjà au programme : ‘Still In Love With You’ ou ‘Sha La La’.

Phonogram est conscient que Thin Lizzy a le profil d'un groupe hard capable de le faire aux Etats-Unis. Aussi, le quatuor se retrouve en tournée là-bas en compagnie de Bob Seger et Bachman Turner Overdrive. L'alchimie des deux guitares fait des étincelles. Philip découvre aussi les artistes américains. Parmi eux, il y a Bob Seger, à qui il vouera une vraie admiration, jusqu'à reprendre ‘Rosalie’ sur le disque suivant : Fighting. Le songwriting de Lynott se libère des influences strictes de la soul, du folk et du blues, pour n'en garder que les parfums qu'il intègre dans ses mélodies. Avec deux guitaristes impétueux, le ton se durcit aussi. Fighting qui sort en 1975 se classe 60ème des ventes d'albums en Grande-Bretagne.

Tournant de manière incessante en Europe et aux Etats-Unis, le succès est imminent. Il se concrétise avec l'album Jailbreak en 1976, numéro 10 des ventes en Grande-Bretagne, et numéro 18 aux USA. Mieux, le simple ‘The Boys Are Back In Town’ fait numéro 8 en Grande-Bretagne, et numéro 12 aux Etats-Unis. Thin Lizzy ratisse le continent américain en compagnie de Rush, Aerosmith, REO Speedwagon, puis Rainbow en juin 1976. Mais cette dernière escapade est annulée, Philip étant atteint d'une hépatite liée à sa consommation grandissante d'alcool et de drogues.

Tout en se requinquant, il travaille sur le prochain album : Johnny The Fox. Le disque révèle les obsessions de Lynott pour les légendes celtiques qui imprègnent les textes. Les premières tensions avec Brian Robertson se font également jour, notamment sur des crédits de chansons. La fin de l'année est consacrée à la promotion de Johnny The Fox, 11ème des ventes en Grande-Bretagne, mais seulement 52ème aux USA. En décembre 1976, une grande tournée américaine est programmée, mais cette fois, c'est Robertson qui fait tout annuler en s'ouvrant la main lors d'une bagarre dans un club juste la veille de prendre l'avion. Même s’il n'est pas clairement viré, il est sur la touche. C'est Gary Moore qui le remplace sur la tournée américaine de janvier à mars 1977 en compagnie de Queen, avant de retourner au sein de Colosseum II. Et lorsque Thin Lizzy s'envole pour Toronto au Canada en vue de l'enregistrement de l'album Bad Reputation, c'est en trio.

Finalement, Gorham permettra à Robertson de les rejoindre en insistant sur le caractère indispensable de ce dernier pour les harmonies de guitares désormais caractéristiques du son Thin Lizzy. Lynott ayant toujours la dent dure, Robertson ne sera crédité que comme musicien de session, et n'apparaîtra pas sur la pochette de Bad Reputation. Le bon succès commercial du disque remet du baume au cœur : numéro 4 en Grande-Bretagne, numéro 39 aux USA. En juillet 1977, Robertson est officiellement réintégré, et la tournée mondiale est un immense succès, couronnée par la tête d'affiche du Festival de Reading le 21 août. Ce succès permet à Thin Lizzy de sortir son premier double live en 1978, l'immense Live And Dangerous (n°2 en Grande Bretagne, n°81 aux USA), redoutable témoignage de la toute puissance de Thin Lizzy sur scène. L'identité musicale du groupe y brille de tous ses éclats : la voix veloutée et soul de Lynott, les guitares brûlantes de Robertson et Gorham, la batterie de Brian Downey, son swing redoutable et ses roulements de caisses.

L'ambiance n'est pourtant pas au beau fixe. Le succès aux Etats-Unis n'est toujours pas garanti, et Philip en veut toujours à Robertson de leur avoir fait annuler la tournée américaine de décembre 1976 qui aurait dû être décisive. Robertson va encore en rajouter en couchant avec Jo Wood, la femme de Ron Wood, alors en tournée américaine avec les Rolling Stones. L'affaire n'aurait pas eu d'importance, si tout n'avait pas été révélé dans les tabloïds anglais. Lynott vit très mal l'affaire qui voit un membre de son groupe impliqué dans une affaire de lèse-majesté auprès des tout-puissants Rolling Stones, au risque de les griller chez les tourneurs internationaux et le business de la musique. En juillet 1978, Robertson est officiellement viré.
Une fois encore, c'est le vieux pote Gary Moore qui vient à la rescousse de Thin Lizzy. Toutefois, on pourrait avoir des doutes cette fois-ci, car la carrière de Moore n'est pas au beau fixe. Colosseum II était un groupe de jazz-rock formé par Jon Hiseman qui n'a jamais eu qu'un succès d'estime en Europe. Cette fois-ci, Thin Lizzy est un groupe installé au niveau international, ce qui pourrait bien apporter un bon coup de pouce à la carrière de Moore. Sur ce fait, Gary Moore ne fait pas de remplacement, mais intègre bien le groupe officiellement.

Durant cette même année 1978, Philip fréquente la scène punk, notamment en créant les Greedy Bastards avec Steve Jones et Paul Cook des Sex Pistols, ou en jouant sur scène avec les punks irlandais de Boomtown Rats. Gblues philip lynottrâce à cette connexion avec la scène punk, Thin Lizzy évite d'être jeté dans le seau des dinosaures du rock. Elle permet même au groupe d'accrocher une nouvelle scène hard-rock en bourgeonnement, la New Wave Of British Heavy-Metal, aux côtés d'autres vétérans : Budgie, Motörhead, UFO, Judas Priest.

Gary Moore effectue ses premières dates en tant que membre à part entière de Thin Lizzy en Australie et Nouvelle-Zélande. Cette fois, c'est Brian Downey qui n'est pas du voyage, atteint d'une pneumonie, et remplacé par Mark Nauseef. Il rejoint le groupe à Paris pour l'enregistrement de Black Rose qui sortira en 1979. Le disque est marqué par le medley de chansons irlandaises composant le titre ‘Róisín Dubh (Black Rose) : A Rock Legend ‘. Très typé irlandais, donc européen, malgré des titres plus accrocheurs comme ‘Waiting For An Alibi’, l'album atteint la 2ème place des ventes en Grande-Bretagne, mais seulement la 81ème aux USA.

Thin Lizzy poursuit toutefois ses assauts américains, participant notamment à l'énorme festival du Day On The Green d'Oakland. C'est juste après cette date que Moore décide de s'en aller sans prévenir personne. Lynott le prendra pour une trahison, et mettra quelques mois à s'en remettre, lui qui avait co-composé avec Moore ‘Parisienne Walkways’ sur l'album solo de ce dernier en 1978, Back In The Streets. Les deux hommes se retrouveront pourtant en 1985 pour le titre ‘Out In The Fields’.

La valse des guitaristes se poursuit jusqu'à la fin de l'année 1979. Midge Ure, d'Ultravox, dépanne quelques mois (toujours la connexion avec le punk et la new wave). Puis c'est Dave Flett de Manfred Mann's Earth Band qui vient en renfort, tout en conservant Ure, cette fois uniquement aux claviers.

La tournée Black Rose se termine bien, et l'année 1980 s'ouvre sur plusieurs événements. Philip sort son premier album solo : Solo In Soho. Il se marie ensuite avec sa compagne de longue date, Caroline Crowther. En avril, le line-up de Thin Lizzy se stabilise avec l'arrivée de Snowy White (ex-Pink Floyd et Peter Green Band) à la guitare et de Darren Wharton aux claviers.

Chinatown sort en octobre 1980, et montre quelques signes d'essoufflement. Si les compositions sont toujours d'excellente qualité (‘Chinatown’, ‘Killer On The Loose’, ‘Hey You’), la voix de Philip se voile de plus en plus. Dévoré par la drogue et l'alcool, tout comme Scott Gorham, son pote de beuverie, Phil Lynott commence à accuser le coup. Le groupe repart en tournée mondiale, mais il est devenu clair que si Thin Lizzy est une valeur sûre en Europe, il ne le fera jamais aux Etats-Unis. Chinatown se classe 7ème en Grande-Bretagne, mais péniblement 120ème aux USA. Les tournées suivantes éviteront ainsi le continent américain sur lequel Thin Lizzy s'épuise sans résultat. Cela permettra aussi d'éviter à Lynott et Gorham de sombrer trop profondément dans les excès liés aux longues tournées US : drogues, alcool, groupies. Du moins le pense-t-on autour d'eux.

Sans répit, le désormais quintet capte Renegade en studio (38 UK, 157 US). Si les ventes s'effritent un peu, Thin Lizzy reste une machine de guerre sur scène. Le climat est aussi confus, les sessions se partageant entre celles de l'album de Thin Lizzy et celles du Philip Lynott Album, nouveau disque solo de Philip, et sur lequel intervient également Snowy White.

Lynott semble de plus en plus dispersé dans ses projets, et cherche de nouvelles opportunités pour révéler son écriture. Thin Lizzy est sa part hard'n'heavy, sa carrière solo est l'occasion d'aller vers des horizons plus pop et rock. Lynott est aussi un auteur, qui a déjà publié deux recueils de poésie : Songs For While I'm Away en 1974 et Philip en 1977, tous deux illustrés par Jim Fitzpatrick, le fidèle illustrateur qui dessine toutes les pochettes de disques de Thin Lizzy depuis 1972, ami de Philip.

1982 est une nouvelle année perturbée pour Thin Lizzy. Brian Downey doit louper une poignée de concerts afin de résoudre judiciairement une histoire de bagarre dans une boîte de nuit au Danemark. Quant à Scott Gorham, il jette l'éponge en mars 1982 avant les dernières dates de tournée européenne après avoir fait un malaise en coulisses, dû à l'épuisement lié au rythme incessant album-concerts et aux drogues. Snowy White s'en va en fin de tournée, persuadé que le groupe est en bout de course. Il n'a également jamais été accepté, ni par les fans, ni totalement par le reste du groupe, toujours considéré comme le petit nouveau. Philip Lynott profite du break de son groupe pour se lancer dans une tournée anglaise en solo pour promouvoir son nouveau disque.Blues philip lynott

En septembre 1982, il décide de réunir ce qui reste de son groupe, et embauche un jeune loup de la guitare issu de la New Wave Of British Heavy-Metal : John Sykes des Tygers Of Pan-Tang. Bien que le matériel du nouvel album soit déjà totalement écrit, Sykes apporte un peu de crédit à la chanson ‘Cold Sweat’, mais surtout de la vitalité à un groupe fatigué. D'entrée, le disque Thunder And Lightning est annoncé comme le dernier de Thin Lizzy, et la tournée qui suit, une tournée d'adieu. Le disque accroche la 4ème place des ventes en Grande-Bretagne, mais une modeste 159ème aux USA. Un second double live est capté à l'Hammersmith Odeon de Londres sur les trois dates du 10 au 12 mars 1983. A cette occasion, tous les anciens guitaristes de Thin Lizzy hormis White reviennent jammer avec le groupe : Eric Bell, Brian Robertson, Gary Moore. Afin que tous les guitaristes apparaissent sur le live, des extraits de concert de 1981 sont ajoutés afin que Snowy White soit également présent. Life clôt l'histoire de Thin Lizzy en beauté.

Philip n'est pas amer de la fin de cette aventure. Il va pouvoir désormais se consacrer à sa carrière solo. Il va aussi pouvoir se remettre sur pied. C'est en tout cas ce qu'espère son épouse Caroline. Malheureusement, Phil a ajouté une dangereuse addiction à son cocktail : l'héroïne. Elle ne peut qu'abdiquer en 1984 en demandant le divorce, ne supportant plus de voir son homme s'auto-détruire.

Philip garde toutefois des projets. Il a fondé le groupe Grand Slam qui effectue quelques dates en Europe, et qui ressemble furieusement dans sa configuration à Thin Lizzy : Phil au chant et à la basse, deux guitaristes, batterie. Il prépare également un nouvel album solo, et collabore au nouvel album solo de Gary Moore. Ses retrouvailles avec Brian Downey ont permis de conclure à une reformation de Thin Lizzy prévue pour janvier 1986, avec Gorham et Sykes. Le studio est même booké avec Robin George à la production, et la tournée prévue en mars 1986.

Malheureusement, le destin de Philip va basculer le 25 décembre 1985. Alors qu'il fête Noël en famille avec sa mère et ses enfants, Lynott décide de se faire un petit shoot. Gravement atteint physiquement par sa dépendance à la drogue et à l'alcool, il s'effondre. Philomena, affolé, appelle Caroline, l'ex-femme de Phil, qui connaît sa dépendance à l'héroïne, et comprend rapidement que la situation est grave. Elle se précipite chez Philip, et l'emmène dans une clinique. Phil va agoniser d'une septicémie et d'une pneumonie pendant neuf jours dans le coma, avant de décéder le 4 janvier 1986.

Parti dans la fleur de l'âge, Philip Lynott laisse un héritage intact d'immense auteur-compositeur et interprète rock au lyrisme rare : une discographie impeccable, des enregistrements en direct tous captivants, ses recueils de poèmes, et l'image d'un homme intègre dans sa musique et dans son groupe.

 Julien Deléglise