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Portrait: T-MODEL FORD Interview: DOC LOU Dossier: PEDALE WAH-WAH
 


Dossier
PEDAL "WAH-WAH"


BLUES PIEDMONT BLUES
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FENDER STRATOCASTER






Drôle d'effet.
 

L’effet wha est une émulation électronique de la voix humaine. Cela produit une tonalité « waaaah » ou à son inverse de tonal : « aaaooow » ! Voici l’histoire de Jimi et de la petite boîte qui pleure. Cry Baby ou le son des larmes de l’enfant vaudou.LA pedale wah wah

Comment ça wah ?
Une pédale wah-wah est un dispositif assez simple (pour ceux qui entendent l’électronique), basé sur un filtre passe-bas/passe-bande dont la fréquence de coupure est variable en fonction de la position de la pédale. Le filtre laisse passer et accentue les fréquences situées juste avant la fréquence de coupure, générant un pic d’amplification. Et donc, ça fait que ça résonne en waaaah ou bien ça résonne en aaaooow. Très proche l’effet auto-wah ou envelope filter se déclenche automatiquement en fonction du volume du signal à traiter : plus le son a une attaque forte plus la fréquence de coupure est élevée.

La plupart des pédales sont mécaniques (Vox V847, Dunlop Cry Baby) à l’aide d’une crémaillère qui transmet le mouvement rotatif du potentiomètre : mécanisme bruyant, peu précis et qui s’encrasse, mais quand même génial. Les modernes peuvent être optiques (George Denis, Morley) avec une cellule photo-électrique silencieuse.

Petite préhistoire wah-wah
Les premiers musiciens à utiliser l’effet wah-wah ne furent pas les guitariste rock mais les trompettistes tels Clyde McCoy : une sourdine appliquée en sortie de trompette et basculée à la main donne un rendu wah-wah très net. Les premiers sons wha-wahoïdes à la guitare sont en fait apparus bien avant la dissémination des pédales Vox après 1967 : l’effet wah a précédé la pédale wha-wah ! Dans la country music fin 50’s déjà les guitaristes tâtaient l’effet wah avec les potars de tonalité. Les joueurs de steel guitar rendaient déjà des sonorités wah-wahïsantes à partir d’une pédale volume Fender populaire à cette époque. Chet Atkins enregistre ‘Boo Boo Stick Beat’ en 1961 avec une pédale de sa propre fabrication. 1964, premier hit UK à la wah-wah: ‘The Crying Game’ joué par Big Jim Sullivan. Juste avant l’heure, Hendrix avait déjà tenté de créer un effet wah-wah, notamment en jouant sur le sélecteur de micro de sa guitare sur l’intro de ‘Love Or Confusion’.

Le son de bébé qui pleure
Depuis le début des années 60, des techniciens Ampeg et autres cherchaient un gizmo électronique qui imite le truc de la trompette. Beaucoup de monde travaillait à humaniser, à vocaliser le son de la guitare ; la talk box ou la wah-wah, c’était dans l’air du temps. Finalement Vox sort vers 1966 la pédale wah-wah Clyde McCoy. Cette Clyde éphémère –la favorite de Clapton – est aujourd’hui prisée sur le marché vintage. Sur sa lancée, Vox sort en 1967 la V846, plus connue sous le nom de Cry Baby.
« La Cry baby est la wah-wah qui possède l’éventail le plus étendu des aigus aux graves, l’effet wha le plus énorme, l’action, le mécanisme le plus rapide, et c’est celle qui sonne le plus authentiquement comme une voix humaine ». De qui est cet éloge ? de Jimi wah-wah Hendrix himself. Mets ton pied à couper que la Vox Cry Baby de l’époque avait le feu !

Jimi’s first Cry Baby ?
Si Hendrix en fut l’un des plus fervents utilisateurs, il n’en fut pas le premier : Clapton qui lui a fait écouter son disque juste avant sa sortie l’a coiffé sur le poteau : « La première fois que j’ai entendu l’enregistrement d’un wah-wah c’était sur ‘Tales Of Brave Ulysses’ (album Disraeli Gears, Cream juin 1967). Super son ! Mais sur ‘I Don’t Live Today’ (album Are You Experienced ? mai 1967) il y a un solo de guitare qui sonne comme ça. On se servait alors d’une wah à main qui sonnait très bien. Puis Vox et cette autre compagnie californienne (Thomas Organ) firent cette pédale. On a sorti un disque 2 ou 3 jours après celui de Cream. C’était pure coïncidence, car aucun de nous ne savait ce que faisait l’autre ». Pour Hendrix le guitariste de blues Earl Hooker aura été « le maître de la wah-wah ».

Bon et si on s’amusait à entrevoir dans quelles circonstances Hendrix a découvert la pédale wah-wah pour la première fois ? Qu’en disent les hendrixologues ? Pas moins de trois théories. Bigre ! On y va !

La théorie Monkees sous-tend que Zappa présenta la wah à Hendrix le 7 juillet 1967 et que l’intéressé l’emmena au studio pour y enregistrer des overdubs sur ‘Burning Of The Midnight Lamp’ peu avant de rejoindre la tournée des Monkees. Zappa confie : « J’ai utilisé la wah pour l’album We’re Only In It For The Money en 1967 juste avant de rencontrer Hendrix. Il est monté sur notre scène et a utilisé tout ce qu’on avait comme matériel ». Hendrix rencontra les Mothers Of Invention à New York en allant à Monterrey (pas de wah-wah là-bas), puis il les revit à nouveau durant les séances de ‘Midnight Lamp’. Cette perle psychédélique -l’une des toutes premières wah-wah songs- annonce magnifiquement la suite des évènements sonores. Let it cry !
Cette théorie est réfutée par Noël Redding bassiste de l’Experience : « Jimi avait déjà utilisé la wah-wah lorsqu’il a rencontré les Mothers à New York ». Noël se rappelle que le magasin d’instruments londonien Jenning’s Box sur Charing Cross Road avait offert à Jimi cette toute nouvelle pédale, un geste atypique en ce temps-là. Deux semaines plus tard, l’Experience entrait en studio à L.A pour y graver ‘Stars That Play With Laughing Sam’s Dice’ une autre Jimi wah-wah song qui est sortie en face B du single Midnight Lamp.

Selon la théorie Jayne Mansfield, la toute première bande d’Hendrix avec une wah-wah serait cette session californienne, produite le jour où l’actrice fut décapitée dans un accident de voiture. Charmant n’est-ce pas ? Que faisaient le Lieutenant Colombo et sa femme ? Autre détail troublant, le brevet US de la cry Baby sera enregistré le 22 septembre 1970 soit 4 jours après la mort de son maître pleureur. Le nom Cry Baby est de nos jours détenu par Dunlop et l’actuelle CryBaby de Vox s’appelle V 847.

La théorie EXP soutient que le 5 mai 1967 Jimi utilisait une wah-wah couplée avec une fuzz face sur la bande expérimentale EXP. Il en sort des sons stridents. Objection : on ne peut être certain que cette wah-wah n’ait pas été rajoutée sur la bande des mois après, sur le mix en intro d‘Axis : Bold As Love’.
Jimi a d’abord utilisé la fameuse combinaison fuzz/wah seulement comme source génératrice de sonorité stridente (EXP) pour faire un boucan de tous les diables à la limite (limite propre à chacun) des frontières de l’audible ; au contraire la wah sur ‘Hush Now’ ou ‘Midnight Lamp’ est posée sla pedala wah wahur un son clair. Dans la perpétuelle recherche d’une saturation sur-naturelle, Jimi a appris par l’expérience comme se servir de la pédale wah-wah pour assujettir et contrôler les stridences fuzz. Il câblait souvent une fuzz en amont d’une wah bloquée à mi-course en position médium/aigu jouant le rôle d’égaliseur. Evolution de l’homo electris !

5 mai 1967. Ce jour-là, à l'Olympic, Eddie Kramer est dans l'incapacité de venir au studio. Il est remplacé par un autre ingénieur du son, Terry Brown. Noel et Jimi en profitent pour se taper un petit délire, la Symphony of Experience plus tard renommée EXP. Tous les amplis sont à fonds, les guitares sont posées par terre et sont enregistrées alors que tout le monde shoote dedans ! Ensuite, Noel et Jimi prennent guitares et basses et les collent aux amplis. Pas de bol, Jimi perd la bande finale... Kramer, Chandler sont obligés de tout remixer...

Live In The Wah Wah West
La wah était initialement réservée au studio à l’instar de l’octavia (trop de fauche sur scène). Pas l’ombre d’une wah sur les photos réalisées entre mai et juin 1967. Pas de wah non plus au Monterrey Pop festival. En juillet vraisemblablement le public entendra live la wah-wah de Jimi lors du gig avec The Strawberry Alarm Clock. La première photo où il apparaît avec une Cry Baby date du 15 août 1967 lors d’un gig à Ann Arbor, Michigan. Par la suite many more wah-wah gigs et la wah-wah figure en routine parmi les principaux effets sur scène, pratiquement toujours câblés dans l’ordre : guitare – rotovibe – fuzz –wah-wah – octavia – amplis.
Le guitariste de Bronze Hog a remarqué que la Cry de Jimi avait le tampon avant gauche manquant ; et le roadie de répliquer : « Jimi ne laisse rien au hasard, il a dû l’enlever pour tilter la wah selon l’angle qu’il juge le plus confortable ». Les Jimi wah-wahs étaient modifiées par Roger Mayer : sans le créateur de la fuzz face, ses effets n’auraient pu exister comme tels !
Question plus énigmatique que le dossier JFK : à quand remonte exactement la découverte de la wah-wah par J.H ? Mystère et Purple Haze

Wah-wah songs by Jimi
Axis : Bold As Love, Electric Ladyland : la wah-wah fait partie intégrante du voyage, et là c’est cosmic, cosmic : « Quand je joue mec, je suis dans une navette spatiale ! vous pouvez tla pedale wah wahous venir avec moi ! venez dans mon vaisseau ! ». Sur ‘Rainy Day, Dream Away’ on écoute la wah-wah parler. Sur ‘Machine Gun’ Jimi invente le fusil mitrailleur pacifiste. Sur ‘Little Miss Lover’ l’effet wah en percussion sur les cordes étouffées inspirera les musiciens funk et soul des 70’s. Et bien sûr ‘Voodoo Child (slight return)’ plus magmatique que l’Etna une nuit éruptive ! La chanson a été enregistrée live dans le studio en 13 prises. A la 7ème Jimi branche sa wah-wah. A chaque nouvelle tentative il sculpte sa progression, de nouvelle idées jaillissent, de nouveaux effets apparaissent. Il aborde l’intro comme un surfer face à la vague. Chaque fois qu’il la trouve à sa mesure, Jimi coupe la wah-wah, se lance et repart à l’assaut. Keep on crying !

Martin Drevet