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Dossier
OKEH RECORDS


blues national guitars
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Le label enregistre dès les années 1920 les artistes qui vont entrer dans l’histoire du blues et du jazz et laisse un héritage musical impressionnant.  

Américain d’origine allemande, Otto K. E. Heinemann (20 décembre 1876 ou janvier 1877 – 13 septembre 1965), est arrivé ablues okeh recordsux USA le 27 juillet 1909, il est le directeur de la branche américaine d'Odeon, société phonographique fondée à Berlin en 1903. C’est en 1916 qu’il fonde la Otto Heinemann Phonograph Corporation installée au 25 W. 45th street à New York, et une usine qui fournit des moteurs aux fabricants de phonographes à Elyria dans l’Ohio. Par la suite il crée un studio d'enregistrement et une usine de pressage à Manhattan et lance son propre label en 1918 qu’il baptise de ses initiales ; sur les premières étiquettes le nom est orthographié OkeH et une tête d’Indien est représentée.  
Le 1er octobre 1919 la société mère du label change d’appellation et devient General Phonograph Corporation. Le microsillon qui cohabitait avec le cylindre depuis le début des années 1900 a résolument pris le dessus. Les disques de 10 pouces sont vendus au détail pour 75 cents chacun, ceux de 12 pouces pour 1,25 $. Le directeur musical de la compagnie est Fred Hager, également connu sous le pseudo de Milo Rega (son deuxième prénom et son nom de famille inversé) quand il tient le rôle de chef d’orchestre ou de compositeur.
En 1920 la tête d’Indien disparaît et le nom s’orthographie Okeh.
Comme ses concurrents, Okeh publie des chansons populaires, de la musique de danse et des extraits de vaudeville. Mais Heinemann vise aussi des publics négligés par les plus grandes maisons de disques. Il produit des enregistrements en allemand, tchèque, polonais, suédois, et yiddish pour les communautés immigrées aux États-Unis. Certains sont pressés avec des matrices louées par des sociétés discographiques européennes, tandis que d'autres sont enregistrés à New York.
Les premières parutions sont des microsillons du New Orleans Jazz Band. En 1920, Perry Bradford, compositeur et chanteur de vaudeville, encourage Fred Hager, à enregistrer la chanteuse de blues Mamie Smith. General Phonograph Corporation utilise la chanson populaire ‘Crazy Blues’ de Mamie Smith pour cultiver un nouveau marché. Des portraits de la chanteuse et des listes de ses disques sont publiés dans les encarts publicitaires de journaux comme le Chicago Defender, l'Atlanta Independent, New York Colored News et d'autres publications populaires auprès du public Afro-Américain : « All the greatest race phonograph stars can be heard on OKeh records. Ask your neighborhood dealer for a complete list of OKeh race ». Le terme ‘race records’ désignant les disques enregistrés par des Noirs pour les Noirs va alors être repris par les autres diffuseurs de musique et se généraliser.
Le label effectue une série de sessions de studio dirigées par le pianiste et producteur Clarence Williams à New York et le chef d’orchestre Richard M. Jones à Chicago. De 1921 à 1932, les artistes blues, jazz, vaudeville, se succèdent pour immortaliser leurs prestations : Lonnie Johnson, King Oliver, Louis Armstrong, Duke Ellington, Sidney Bechet, Bix Beiderbecke, Bennie Moten, Frankie Trumbauer, Eddie Lang, Mississippi John Hurt, Sylvester Weaver, Sara Martin, Eva Taylor, Shelton Brooks, Esther Bigeou et le Handy's Orchestra...  blues okeh records
A partir de 1924, Okeh commence à capter la musique là où elle est jouée en envoyant des camions d'enregistrement mobiles à travers le pays pour trouver des artistes inconnus à New York ou à Chicago. Des voyages réguliers sont faits une ou deux fois par an à la Nouvelle-Orléans, à Atlanta, à San Antonio, à Saint Louis, à Kansas City et à Detroit. Ces voyages ont permis de constituer une vaste collection de jazz et de musique country des premiers temps du disque. Beaucoup sont présentés dans la célèbre liste désignée comme 8000 series Race, qui répertorie des musiciens influents de jazz et de blues qui n'ont pas enregistré beaucoup de matériel pendant leur carrière. Pour la musique ‘blanche’ la 45000 country/hillbilly series est également très appréciée des collectionneurs.
En 1926, le label est vendu à Columbia Records qui intègre Otto Heinemann à son équipe. Huit ans plus tard, en 1934, Columbia devient la propriété de l'American Record Corporation (ARC). En 1940, Columbia perd les droits de Vocalion qui était sous licence avec Warner qui rompt avec l’ARC, le nom d'Okeh est remis en avant pour le remplacer. La publicité annonce alors « Instead of Vocalion, just say Okeh » (au lieu de Vocalion, dites simplement Okeh). Le catalogue blues mentionne à présent de nouveaux artistes : Big Bill Broonzy, Roosevelt Sykes, Champion Jack Dupree, Sonny Terry, Blind Boy Fuller…
Le nom disparaît à nouveau en 1946 pour être relancé en 1951. En 1953, Okeh est dédié exclusivement au R&B quand la société mère, Columbia, décide de transférer les artistes de musique pop sur Epic Records.

En 1956, OKeh sort ‘I Put A Spell On You’ de Screamin' Jay Hawkins, qui ne tardera pas à devenir un classique à travers plusieurs dizaines de reprises au fil des ans. Quelques hits qui n’auront pas le même impact arrivent en 1957, ‘Peanuts’ par Little Joe & The Thrillers, ‘Shirley’ par les Schoolboys et ‘Dumplin's’ par Doc Bagby.

En 1961, le label signe le pianiste de blues d’Atlanta, Willie Piano Red Perryman au style loufoque et inimitable. Perryman et son groupe de musiciens, Roy Lee Johnson, Jr. (guitare), Howard Hobbs (basse), Bobby Lee Tuggle (batterie), Curtis Smith (guitare) et Beverly Watkins (guitare) eblues okeh recordsnregistrent huit nouvelles chansons, dont ‘Mister Moonlight’, ‘Doctor Feel-Good’, à propos d’un ‘docteur de l'amour’ qui n’aime que les femmes pesant plus de 200 kilos, et un remake de Piano Red de 1950 ‘The Wrong Yo-Yo’. Le groupe se fait alors connaître sous le nom de Dr. Feelgood & the Interns.
En 1963, Carl Davis, producteur renommé de Chicago, devient le directeur artistique. Il ne tarde pas à recruter Curtis Mayfield comme producteur associé et fait fructifier l’entreprise pendant quelques années. Le son que Davis et Mayfield créent est souvent qualifié de Chicago Soul du fait de la mise en valeur des cuivres et des voix très mélodiques. Okeh signe Major Lance, Walter Jackson et Billy Butler. Dès 1963 Major Lance, récolte deux grands succès, ‘The Monkey Time’ et ‘Um, Um, Um, Um, Um, Um’. Walter Jackson a son premier succès en 1964 avec ‘It's All Over’, écrit par Curtis Mayfield et produit par Mayfield et Davis. Suivront ‘Suddenly I'm All Alone’, Welcome Home’ en 1965, ‘It's An Uphill Climb To The Bottom’ en 1966, puis ‘Speak Her Name’ en1967. Billy Butler place ‘I Can Not Work No Longer’ dans les charts en 1965, mais malheureusement l’exploit n’est pas renouvelé avec ‘The Right Track’, et il quitte Okeh en 1966.
Larry Williams, créateur de ‘Bonnie Moronie’ et ‘Dizzy Miss Lizzy’ à la fin des années 50 trouve sa place dans les années 60 en enregistrant et en produisant une soul funky avec un groupe dont le guitariste est Johnny ‘Guitar’ Watson. Il joue également le rôle de directeur musical pour les concerts de Little Richard revenu à la musique profane, au Okeh Club de Los Angeles et pour qui les réservations au cours de cette période montent en flèche. Williams produit deux albums en 1966 et en 1967, qui ramènent le pianiste en haut des classements pour la première fois depuis dix ans(Greatest Hits Recorded Live Okeh Club in Los Angeles). Il enregistre et publie également du matériel de son cru et de Johnny ‘Guitar’ Watson, mais avec un succès modéré.
Epic Records reprend la direction en 1965. Carl Davis et Curtis Mayfield à qui une grande partie du succès du label est due partent en 1966 en raison de litiges avec Len Levy, manager d'Epic/Okeh. Les ventes chutent et Okeh est mis en retrait par Columbia en 1970.
En 1993, Sony Music réactive Okeh (distribué par Epic Records) pour diffuser des bluesmen de la nouvelle génération. Les premières signatures sont G. Love & Special Sauce, Keb' Mo, Popa Chubby et Little Axe. En 2000, le nom disparaît à nouveau, et G. Love & Special Sauce passe chez Epic. En janvier 2013, Sony Music réactive Okeh pour le jazz avec de nouveaux artistes comme David Sanborn, Bob James, Bill Frisell, Regina Carter et Dhafer Youssef.
Gilles Blampain