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10/18
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Dossier
MODERN RECORDS


blues national guitars
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blues okeh records






Le label de la côte Ouest a enregistré et distribué les artistes les plus influents du rhythm and blues des années 40, 50 et 60.   

Dans les années 1950 les frères Bihari, Lester (12 mai 1912–9 septembre 1983), Jules (9 septembre 1913–17 novembre 1984), Saul (9 mars 1918–22 février 1975) et Joe (30 mai 1925–28 novembre 2013) vont s’imposer comme desblues modern records figures marquantes dans l’émergence du rhythm and blues et du rock and roll.

Leur père, Edward, un immigrant juif hongrois qui s’est installé d’abord à Philadelphie puis à Tulsa dans l’Oklahoma où il a travaillé comme vendeur avant de diriger une entreprise céréalière, décède prématurément à 48 ans en 1930. En 1941 la famille déménage à Los Angeles.

Jules trouve un emploi d’opérateur de juke-boxes dans le district de Watts mais rencontre des difficultés à se procurer les disques de blues que ses clients veulent entendre. Lui et ses frères fondent le label Modern Records dans les premiers mois de 1945, et engrangent un premier succès en mai avec ‘Swingin’ The Boogie’/’Just A Little Bluesie’ par Hadda Brooks. Ils achètent une usine de pressage et se répartissent les tâches. Jules est responsable du repérage des talents et de l'enregistrement, Saul de la fabrication et Lester de la distribution. Joe travaille avec Ike Turner en tant que talent scout dans les états du Sud, découvrant entre autres Johnny Guitar Watson. Leurs sœurs, Florette, Rosalind et Maxine travaillent elles aussi avec eux. Le label ne se limite pas au blues et diffuse aussi country & western, jazz, gospel et musique de variétés.  

Les Bihari savent que le développement de leur affaire repose essentiellement sur la bonne diffusion de leurs disques et à cette fin ils entretiennent d’excellentes relations avec l’industrie du jukebox et un nombre toujours croissant de disc-jockeys. Ils bénéficient également d’un réseau de distribution de première classe à l'échelle nationale, avantage commercial non négligeable. Tout au long des années 40 et au début des années 50, Joe passe la plus grande partie de son temps à voyager à travers les Etats-Unis pour visiter les stations de radio et les distributeurs afin de promouvoir les nouveautés Modern tout en gardant les yeux et les oreilles ouverts à de nouveaux talents prometteurs.

Au début des années 1950, pour d’échapper à la limitation de l’écoute de leur production sur les radios, à l’instar de leurs concurrents, les Bihari lancent plusieurs filiales : RPM Records, Flair Records et Meteor Records, créée à Memphis en 1952 et gérée par Lester. Une entreprise audacieuse visant à élargir le panel d’artistes en se concentrant sur la signature et l'enregistrement des talents régionaux du Sud en ayant des studios disponibles localement.  Le premier single de Meteor, ‘I Believe’ par Elmore James connait un succès immédiat, culminant à la neuvième place R&B en février 1953. Crown créée en 1954 distribue uniquement des LPs à bas prix à partir de 1957. Le label Kent qui voit le jour en 1958 publie seulement des singles, mais le nom sera réutilisé de 1965 à 1971 pour sortir des albums. Une autre filiale Riviera destinée également aux disques à prix réduit est lancée en 1959. Tous ces labels demeurent une affaire de famille et ces entités restent de petites tailles pour être dirigées sans intermédiaires. Dans les années soixante, ils lancent encore Yuletide Records, spécialisée dans les chants de Noël.

Avant la création de Sun Records, Modern distribue également les enregistrements de Sam Phillips à Memphis et est donc le premier label à publier Howlin’ Wolf. C’est probablement grâce à leur relation de travail avec Sam Phillips que l'attention des frères Bihari a été attirée sur un DJ de radio de Memphis nommé Riley B. King plus connu sous le nom de BB King dont Joe publie un premier 78 tours au début des années 1950. Mais les frères Bihari lâchent Sam Phillips quand ils apprennent que ce dernier a passé un deal avec Chess à Chicago pour Howlin’ Wolf.  Les autres artistes du catalogue Modern/RPM se nomment Roscoe Gordon, Smokey Hogg, Lightning Hopkins, Little Willie Littlefield, Jimmy McCracklin, Jimmy Witherspoon, Rufus Thomas, Donna Hightower, Pee Wee Crayton, John Lee Hooker, Lowell Fulson, Charlie Feathers…
Modern/RPM a du succès dans le rock & roll, avec des groupes vocaux comme The Cadets, Marvin & Johnny, The Jacks et The Teen Queens, et des artistes comme Jesse Belvin, Etta James, Jimmy Beagles, Richard Berry et Shirley Gunter. En 1955 les Bihari récoltent un hit avec un instrumental du saxophoniste Joe Houston, intitulé ‘Blow, Joe, Blow’ et un slow par The Jacks intitulé ‘Why Don't You Write Me’. Ils restent en haut de l’affiche en 1956 avec ‘Stranded In The Jungle’ par les Cadets, ‘Goodnight My Love’ une ballade chantée par Jesse Belvin, ‘Mary Lou’ par Young Jessie et ‘Eddie My Love’ par les Teen Queens qui se place troisième dans les charts R&B et numéro 14 au classement Billboard.

Bien que Meteor soit dédié initialement au blues, l'abondance de chanteurs rockabilly apparaissant dans la foulée d'Elvis Presley sur Sun, pousse à enregistrer de plus en plus de musiciens dans ce genre. ‘Mama's Little Baby’/‘Raw Deal’ de Junior Thompson, ‘How Come You Do Me’ de Jimmy Haggett, ‘Do Not Shoot Me Baby’ de Bill Bowen, ‘Rock Roll And Rhythm’/‘Lonesome Rhythm Blues’ de Wayne McGuiness et ‘All Messed Up’ de Jess Hooper, paraissent tous en 1956.

Mais le label recueille peu de bons résultats, peut-être à cause de la qualité de la production qui n’est pas à la hauteur de ses concurrents et d’une distribution insuffisante. Meteor fait faillite, la dernière sortie est annoncée dans Cash Box le 28 mai 1957, et laisse un héritage de 47 parutions sur 78 et 45 tours. Après la fermeture de Meteor, Lester Bihari reste à Memphis, travaillant comme représentant pour Crown. Plus tard il s’installe au Texas et revient à Los Angeles où il décède en 1983 à l'âge de 71 ans.
blues modern records
En septembre 1956, Modern sort ‘I Confess’ de Paul Anka, 15 ans, fils d'un ami de la famille. Joe reconnait le talent du garçon et souhaite le signer, mais son frère Jules moins enclin à prendre des risques n'est pas d'accord. Finalement, l'entreprise devra se contenter d'essayer de courir après la réussite du jeune chanteur en rééditant ce titre et quelques autres en 1957 sur sa filiale Riviera pour profiter du succès international de Paul Anka avec ‘Diana’ sur ABC Records.  

Modern entre très tôt dans le marché des 33 tours, émettant une série de LPs à partir de 1950.
Les Bihari embauchent des musiciens de studio anonymes pour enregistrer de la musique orchestrale de Broadway, des imitations de big bands, des classiques, des disques pour enfants et autres chansonnettes sans grand intérêt. Chaque fois qu'un nouvel engouement musical arrive, les Bihari reconditionnent les albums précédents pour en tirer profit. Ainsi au début des années 1960 avec l'avènement du twist ils rééditent du vieux matériel en ajoutant le mot twist au titre pour suggérer une nouveauté. Même traitement pour le surf, le limbo…

Bien qu'ils ne soient pas auteurs-compositeurs les frères Bihari profitent de la renommée des artistes pour apparaître comme tels obtenant ainsi des royalties en plus de leurs autres sources de revenus. Parfois, des chansons sont rebaptisées. La version de BB. King ‘Rock Me Baby’ devient ‘B.B's Boogie’. Les Bihari utilisent un certain nombre de pseudonymes pour les crédits d’auteur, Jules est désigné comme Jules Taub (le nom de jeune fille de sa mère), Joe comme Joe Josea et Sam comme Sam Ling. Malheureusement cette pratique n’est pas réservée au frères Bihari, elle est monnaie courante dans le cadre des maisons de disques à cette époque. BB King qui est le plus gros vendeur du label se plaint de cette attitude plus que cavalière et quitte Modern pour signer un contrat avec ABC records en 1962.

Au milieu des années 60 les temps sont plus difficiles pour Modern quand un grand nombre de nouveaux éditeurs indépendants pénètrent le marché et que les majors haussent le niveau de la production. Jules plus centré sur l'aspect manufacturier de l'entreprise édite des millions de disques à bas prix sur Crown. Kent, fondé en 1958, continue à commercialiser son catalogue sur cassette dans les années 1970 avec les meilleurs albums de Crown. Les LPs proposés sont un peu mieux emballés, incluent des notes informatives et les titres des chansons sont inscrits au dos de la pochette. Au début des années 1970 pour capitaliser sur la nostalgie des années 50, un autre label à bas coût, United, est lancé, piochant dans le catalogue de Crown et Kent, mais sans aucunes notes.  

Bien que Joe Bihari continue de produire avec succès Ike et Tina Turner, Little Richard,blues modern records Lowell Fulson, ZZ Hill et d'autres artistes, il commence à consacrer plus de temps à ses activités extérieures. Il possède un magasin de vêtements pour hommes assez rentable à Beverly Hills et son intérêt pour le motocyclisme l'a amené à acquérir la franchise californienne pour les motos Triumph. Il se retire de la maison de disques après la mort de son frère Saul en 1975. Il s’investit dans la construction de résidences dans les zones les plus riches de West Los Angeles.

Au milieu des années 1980, le label britannique Ace qui se lance dans un vaste programme de réédition distribue dans un premier temps le catalogue de la marque sous licence avant d’en devenir le propriétaire.   

Jules Bihari meurt en 1984 à Los Angeles.
Jusqu’à son décès en 2013, Joe vit sa retraite en restant en contact avec plusieurs de ses anciens artistes et apporte son aide à Ace Records à travers des informations ou des archives photographiques relatives à Kent/Modern.
 
Les frères Biharis ont été intronisés au Blues Hall of Fame en 2006.

Gilles Blampain