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05/17
Chroniques CD du mois Interview: ERIC LAVALETTE Livres & Publications
Dossier: BLUES & FLAMENCO (suite) Portrait: LITTLE WALTER Interview: SUZY STARLITE & SIMON CAMPBELL
 


Dossier
MICK TAYLOR











British blues
Le jeune homme à la frange sort de l’atelier qui fabriquait les guitar-heroes. Il appartient à cette classe de solistes qui ont tiré le meilleur parti des maîtres qu’ils se sont choisis, Buddy Guy et Jimi Hendrix. Quand on lui laisse de la marge, l’homme de Hyde Park chaloupe sinueux comme Freddie King (‘Sway’, ‘Winter’), en méandres mélodieux sur une guitare étale. Lâché dans les petits segments par contre, il sort le fulguro-poing, il déchire avec une joie non contenue la ballade ‘100 Years Ago’ au milieu de son usine à gaz (trémolo, overdrive, réverbe, wha-wha et autres effets non identifiés), il pose des bonus de mélodie fugaces (‘I Got The Blues’, ‘Love In Vain’), il articule ‘Midnight Rambler’ autour de ses petites rotules bluesy (euh… version Get Yer, tout ça…). De son propre aveu, notre homme n’est pas un slideur terrible. C’est pourtant lui qui découpe au chalumeau le plan de ‘Love In Vain’, qui ouvre Robert Johnson comme un animal d’abattage !
Chez John Mayall, il récite son Jimi Hendrix (‘Vacation’), bavardage qui s’estompe avec les Stones. En studio du moins. Sur scène, c’est une autre paire de manches : il faut bien meubler pendant que Jagger fait sa gym, et tirer l’interminable solo de ‘Sympathy’, farci de cartilages mous mais, heureusement, rattrapé par un long turn-around de glissés qui ramènent la chanson dans le ring.

Doktor Ampeg
Taylor, c’est d’abord une affaire de son. L’ex-Bluesbreaker serait peut-être devenu un hard-rocker créatif s’il n’était tombé, par accident et pas au meilleur escient, sous la dictature des Stones et de leurs dealers. Avec lui on entre dans le club des bricolos. Côté marques, le gars du Hertfordshire n’est pas fétichiste, il a varié les guitares et les amplis au cours de sa carrière, avec une préférence pour Gibson. Sa marotte, c’est l’ampli hybride. Du temps des Stones, il échafaudait des mécanos au son massif, mettait des amplis basse sous des gamelles guitare, se branchait sur des Ampeg GU 35 modifiés dont les lampes étaient prélevées dans une autre carcasse. Pour fouetter ces attelages : un martinet de cordes plutôt souples (du 0,9 mm paraît-il). Le Dr Frankenstein des amplis ne recule pas devant les pédales. Chez Mayall, il shootait sa gratte avec un cocktail de wha-wha et de fuzz, il aimait déjà bronzer l’électricité en doublant le bobinage, en bitumant le son sous le drive et la disto, et le blues-rock de ‘2401’ commençait à ressembler à du hard.
Avec les Cailloux le guitariste brode sur du béton, servi comme un roi par la section rythmique et par l’arrangeur. Sur un album comme Goat’s Head Soup, dont le scénario orchestral a été soigneusement pesé, Taylor dispose de niches idéales pour faire briller son tour de main. Le déroulé imperturbable des chorus qu’il prend sur ‘Hide Your Love’ est relancé par le génie du pianiste, qui renverse plusieurs fois la structure de la chanson pour l’aérer.

Keith Richards râlait que Mick Taylor ait imposé le schéma guitare rythmique/guitare solo, et louait Ron Wood d’avoir apporté un deuxième riff au rock des Stones. Le remplaçant de Brian Jones aurait pu être un musicien de studio. C’est sans doute ainsi que les Stones l’envisageaient, et pour ça qu’ils le salariaient.

Christian Casoni et Fabrice Seignan