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12/18
Chroniques CD du mois Interview: LITTLE MOUSE & THE HUNGRY CATS Livres & Publications
Portrait: CHARLES BROWN   Dossier: SPECIALTY RECORDS
 


LIVRE
ROCK
Philippe Manœuvre

 

Rock

Type d’ouvrage : Autobiographie
Nombre de pages : 281
Prix : 19,00 euros
Éditeur : Harper Collins

On en connaît que le personnage irrite. Par jalousie, aigreur, mauvaise foi le plus souvent. De manière générale, ceux qui négligent la règle d’or, celle que Manœuvre n’a jamais oubliée : le fun ! Et surtout la passion, car avant tout Phil Mad Manœuvre a toujours réagi en fan. Et l’on peut poser la question : sans ses multiples collaborations, via la presse, la radio, la télé, quelle gueule aurait le paysage musical français ?
Rock Philippe Manoeuvre
Soit. Voici donc la première autobiographie du bonhomme – on en a découvert des bribes via ses ouvrages antérieurs, L’Enfant Du Rock (JC Lattès), Dur A Cuir (Rock&Folk/Albin Michel) ou Stoned (Albin Michel), celui-là consacré aux Stones. Via ses articles aussi, puisque dans la grande tradition du gonzo journalism, Hunter S. Thompson en tête, il n’a jamais hésité à se mettre en scène, de façon plus ou moins romancée. Bien sûr, il ne faut pas s’attendre ici à une biographie classique, encore moins à un récit chronologique. Ça démarre pied au plancher, dans un bus avec les fuckin’ Stooges, et les souvenirs sont triés sur le volet, puis exposés par thèmes (les Stones, le Punk, Métal Hurlant, la Télé…). La vie familiale est esquissée, mais il prévient d’emblée : Il faut que je vous fasse un aveu : les premiers chapitres des biographies des autres, les chapitres consacrés à la famille, l’enfance, les parents, tout ça, moi je ne les lis jamais – un avis que beaucoup partageront. La vie sentimentale effleurée – quelques indices en fin d’ouvrage, lorsqu’il détaille les divers lieux qu’il a successivement occupés. En même temps on s’en fout, on n’est pas dans Voici





Certains faits sont connus, de la première apparition dans les colonnes de Rock&Folk via le courrier des lecteurs où, alors président du fan club des Dogs, il fustige une critique du Raw Power des Stooges, défendu trop mollement à son goût. Ou, ce qui devrait ranimer les souvenirs des fidèles (vieux) lecteurs de R&F, l’épisode avec Marlon, le jeune fils de Keith R., qui l’appelle en pleine nuit, mécontent du compte rendu peu glorieux d’un concert donné à Hambourg. Cheap Thrills... D’autres le sont beaucoup moins, et on ne résiste pas au plaisir d’en reproduire une, qui concerne Philippe Katerine, et le premier album du Velvet. Album mythique, introuvable en France à la fin des sixties, donc objet de fantasme ultime. Ayant déniché – toujours dans R&F, la Bible de l'époque ! - le titre des morceaux, Katerine les avait imaginés, enregistrés, collé une photo de la pochette sur cassette et raconté partout qu’il avait le premier Velvet… On parle bien entendu d’une époque où l’on passait des heures à analyser, scruter, étudier les notes de pochette et la moindre photo intérieure.

Tout n’est pas drôle, bien sûr, certains passages sont réellement touchants – l’évocation de ses grands-parents, de Gainsbourg, ou sa joie quasi enfantine lorsqu’enfin Keith Richards accepte de participer à un documentaire sur le blues. Mais la plupart des épisodes s’avèrent jubilatoires (l’interview rocambolesque de James Brown, le passage sur le Rebel Yell, le bourbon tellement sudiste qu’il est introuvable au nord des Etats-Unis. On y croise même Jacques Mesrine, en filigrane). Sinon oui, il aborde le sujet qui fâche (certains), la participation à la Nouvelle Star. Et que certaines anecdotes soient embellies ou non, peu importe finalement, tant cet ouvrage est jouissif ! Le style bien entendu sec, incisif, enthousiaste. Instructif aussi, on y apprend entre autres la redoutable recette du café au Jack Daniels (une à deux cuillerées de café, le Jack pour remplacer l’eau, c’est prêt). Un seul regret finalement, c’est que le livre ne soit pas plus épais… Mais on se prend à espérer, sachant que des histoires comme celles-là, il doit en avoir des centaines en réserve… 
Marc Jansen – novembre 2018