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Dossier
LES PAUL REVIVAL

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Gibson Les Paul une seconde vie

Gibson a la réputation entièrement justifiée de fabriquer des guitares très belles et hors de prix. Penchons-nous sur la seconde viBLUES LES PAUL revivale de la Les Paul, réintroduite après son extinction. Le talent, le bon temps et la liberté ne s’achètent pas. Et le son n’a pas de prix… Mais une vraie machine à jouer du rock’n’roll, ça risque de te coûter un max !

Always on the run
1968 : come-back des Les Paul, devenues légendaires sans le savoir
Les circonstances de la fabrication de la guitare Les Paul, à l’aube des années 1950 par le musicien Les Paul, ont été évoquées dans un article précédent. Combien Les Paul avait eu de mal à imposer ce nouveau concept de guitare électrique à caisse pleine auprès de la très conservatrice compagnie Gibson, conservatrice au point d’avoir d’abord envisagé de ne pas apposer son logo sur ces guitares vulgaires et hérétiques. Les années 50 ont connu l’apogée des premières Les Paul : Gold Top, Custom, Sunburst… Les croyant dans le creux de la vague, Gibson en avait arrêté la production au cours des années 1960. Outre-Atlantique pourtant, toute six-cordes comportant la marque Les Paul était frénétiquement recherchée par les musiciens anglais tels Eric Clapton, Jimmy Page et consorts. Il va sans dire qu’aujourd’hui ces pièces historiques sont hors de portée du commun des guitaristes mortels. La frénésie finit par se faire sentir jusqu’à Kalamazoo, Michigan, où les oreilles du patron de Gibson ont persisté à rester dures de la feuille. Dans les années 60, les activités musicales de Les Paul étaient restées très discrètes. Une nouvelle rencontre entre le musicien et le fabricant marqua l’initiative de rééditer les modèles Les Paul. Gibson hésitait alors, ne sachant si la réintroduction de ces vieux modèles électriques était une bonne idée. Les Paul s’en rappelle : « J’ai appelé Gibson et j’ai dit : Voilà, Fender m’asticote, ils veulent me proposer quelque chose, et mon divorce (avec Mary Ford) est fini. Est-ce que vous voulez me faire une proposition ? ». Et Maurice Berlin, directeur chez Gibson, répondit : « C’est curieux que vous appeliez maintenant parce que nous nous apprêtons à éliminer tous les instruments électriques de la gamme Gibson. La guitare électrique c’est du passé ». Visiblement, l’histoire lui aurait donné tort. Gibson se résolut enfin à réagir, face à une demande croissante pour les anciens modèles.

Beauté Noire et Or Suprême – Custom et Gold Top enfin rééditées
Gibson relança en 1968 deux glorieux modèles des années 1950 : la Custom et la Gold Top. La Custom, apparue en 1954, fit sa réapparition avec ses deux micros Humbuckers, ses repères rectangulaires sur une touche en ébène, son accastillage plaqué or et, avec pour sûr, une finition entièrement noire. La Gold Top refit surface avec sa peinture dorée, ses micros P90 et son chevalet Tune-O-Matic. Cette série Gold Top 69-69 qui ne dura qu’une année, fut remplacée par la Deluxe entre 1969 et 1984. La clientèle de l’époque voulait une Gold Top avec des micros Humbuckers plutôt que des P90 à simple bobinage. La LP Deluxe était ainsi dotée de mini Humbuckers Epiphone inhabituels, lui conférant un aspect spécial et une sonorité plus claire que celle des Les Paul équipées de Humbuckers Gibson normaux. La Deluxe, d’abord finie en dorée, fut plus tard proposée dans des Sunbursts et diverses couleurs.

1970’s : du rififi chez Gibson
Le rachat de Gibson par la firme Norlin (ayant des intérêts dans les secteurs : instruments de musique, bière et technologie) fut signé en 1974. D’après de nombreux employés d’alors, des diplômés de Harvard arrivèrent, leur calculette toujours à portée de main. Cette impression de malaise se retrouve chez deux autres grands fabricants de guitares rachetés vers la même période : Fender (par CBS en 1965) et Gretsch (par Baldwin en 1967). Ce mouvement de rationalisation a été la cause de modification, pas forcément heureuses, apportées à certaines guitares fin 70 début 80. Par exemple, au lieu de la combinaison érable/acajou ou de l’acajou massif traditionnel des Les Paul, Gibson élabora entre 1969 et 1973 un sandwich multiple de collages de couches de bois… « une pratique courante dans l’industrie de l’ameublement ». Ces changements, apparemment d’ordre pratique, ne firent rien pour rehausser la réputation de Gibson auprès des puristes.

Une seconde usine à Nashville
En raison d’une demande croissante pour les guitares dans les années 70, Gibson implanta une seconde usine, en 1975, à Nashville (Tennessee), au sud de l’usine originelle de Kalamazoo (Michigan). Kalamazoo avait toujours été une usine soft tool, c’est-à-dire que les machines et l’outillage employés pour les guitares pouvaient être modifiés et adaptés selon les circonstances. Elle allait se destiner aux guitares spéciales en séries limitées, jusqu’à la fermeture du site en 1984, après 75 ans de service. Nashville fut par contre, dès le début, une usine hard tool, avec des équipements lourds et des machines dont les réglages n’étaient jamais changés. Elle fut choisie pour la production des grandes séries Customs et Deluxe de l’époque. On y produit, depuis 1975 les séries Standard successives, soit la Les Paul étalon d’une époque donnée. Les guitares Gibson sont actuellement fabriquées à Nashville.

Dégotter une Les Paul d’époque
Il va sans dire que les pièces historiques des années 50 sont hors de portée du commun des guitaristes mortels. Certains instruments fabriqués juste après le rachat de Gibson en 1974 souffrent aujourd’hui d’une mauvaise réputation. La cote des occasions 70 et 80 est peu établie du fait de nombreuses fluctuations. Pour les amateurs de guitares vintage, cela peut être une bonne opportunité de dénicher une Custom, Deluxe ou Standard à des prix relativement abordables.
Si on ose rêver et que le tarif n’est pas un frein, le Custom-ShopBLUES Les Paul REVIVAL Gibson propose une Custom Black Beauty 1957 avec au choix, deux ou trois pickups. La réplique de la Gold Top 56 ou celle de la 57. Une réplique Sunburst 59 avec le magnifique vernis translucide cherry, laissant apparaître les marbrures du bois de la table. Ces rééditions haut de gamme sont basées sur la reproduction au plus fidèle des séries historiques. Un technicien confie son amusement quant à la notion relative de fidélité : « Lorsque j’étudiais la Re-issue (première série historique vers 1985), j’ai dû examiner environ 25 Les Paul fabriquées entre 1958 et 1960. Elles étaient toutes différentes, il n’y avait pas deux têtes pareilles. Elles étaient faites à la main, alors chacune était unique. En fait, il n’existe pas d’instrument parfait à reproduire. Alors, nous avons sélectionné les meilleurs attributs respectifs de ces 25 guitares, esthétique, façonnage et tout le reste, et nous les avons combinés ». Tim Shaw évoque les fameuses « vieilles dames » de Gibson auxquelles étaient confiées une grande partie du travail manuel à l’époque des belles guitares des années 50 : « Elles ponçaient chaque instrument un peu différemment des autres. Cela me faisait bien rigoler d’entendre tous ces gens dire - ‘Oh le logo Gibson doit être exactement ici, et le logo Les Paul model exactement là’ ». Et moi, je répondais : « Ces femmes qui ont appliqué les décalcomanies, vous croyez qu’elles mesuraient ? Bien sûr que non ! ».

Sans se saigner : les versions Epiphone
Vous n’êtes pas chaud pour lâcher autant de fric pour une tranche d’acajou de 3 kilos ? Ce n’est pas une raison pour ne pas prendre du bon temps. Pas vrai ? Voyez la Gibson Melody Maker qui est un peu spéciale avec un seul micro P90 plus cool que tranchant. Epiphone fait d’excellentes copies de Gibson. Ce sont déjà de vrais instruments qui sonnent avec le look Les Paul. Allons, il n’est pas question de laisser les pelouses pousser tranquillement sans rien faire.

Martin Drevet