Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

09/17
Chroniques CD du mois Portrait: WILLIE MABON Livres & Publications
  Dossier: EXCELLO RECORDS  
 


Dossier
la vague soul
Formidable Rhythm and Blues


 


Au milieu des années 60, la France a succombé à la soul-music et découvert, grâce aux séries de disques Formidable, Incroyable, Terrible, Remarquable, un grand nombre d’artistes comme Otis Redding, Sam & Dave, Percy Sledge, Sam Cooke, Ben E. King, Aretha Franklin, Wilson Pickett, Don Covay, The Mar-Keys…

Blues-boom…
Le revival du blues en Grande-Bretagne, au début des années 60, a été une formidable chambre d’écho pour cette musique, jusque là peu médiatisée en Europe. Il est indéniable que les groupes d’outre-Manche, qui reprenaient les chansons et les formules orchestrales des bands de Chicago, ont apporté par la suite une certaine reconnaissance aux musiciens afro-américains des générations précédentes. Mais qu’en a-t-il été du rhythm’n’blues dont les textes s’appuyait sur d’autres thématiques et dont la spécificité était d’avoir une puissante base rythmique avec orgue et section de cuivres ?

Rappel des faits…
À partir de 1963 le monde est submergé par l’invasion britannique : Beatles, Rolling Stones, Animals, Kinks, Small Faces… conquièrent la planète. Pop-rock ou blues-rock, pour la grande majorité de la jeunesse européenne, le label qualité est ‘Made in Great-Britain’. L’Amérique semble momentanément oubliée, sauf que les musiciens du british blues puisent largement dans les répertoires de Muddy Waters, Willie Dixon, Jimmy Reed, Slim Harpo, Howlin’ Wolf et consorts. En y regardant de plus près, ils reprennent également des titres d’artistes américains plus jeunes.
En effet, dès 1964, les Rolling Stones interprètent ‘Everybody Needs Somebody To Love’ de Solomon Burke, ‘Pain In My Heart’ d’Otis Redding. Les Animals enregistrent en 1965 ‘Bring It On Home’ de Sam Cooke et ‘I Believe To My Soul’ de Ray Charles. De leur côté les Who chantent ‘Please Please Please’ de James Brown... Les exemples pourraient se multiplier.
Les tendances et les modes évoluent. En 1966, les musiciens anglais directement inspirés par le blues, qui font office de locomotive depuis deux ou trois ans, changent de cap. Ils gravent moins de reprises de standards américains et composent leurs propres morceaux en ouvrant leur musique à d’autres influences, européennes ou orientales, à l’instar des Stones qui sortent Aftermath. Les Britons en général ont toujours la cote, mais s’ils s’inspirent moins du blues, ils ont ouvert les oreilles du jeune public à la musique noire et préparé le terrain : la vague soul submerge alors l’Europe.
Ce courant musical est essentiellement ‘noir’ car les chanteurs vedettes sont afro-américains, mais il fixe une époque clef dans la culture populaire américaine. Musiciens et producteurs blancs et noirs travaillent ensemble en mélangeant les deux cultures, la musique sacrée et la musique profane, la tradition et l’innovation.

La première vague
Dès 1965 arrive une déferlante impressionnante: Sam Cooke (déjà décédé): ‘A Change Is Gonna Come’, James Brown: ‘I Got You (I Feel Good)’, ‘Papa’s Got A Brand New Bag’, Wilson Pickett: ‘In The Midnight Hour’, The Four Tops: ‘It’s The Same Old Song’, The Temptations: ‘My Baby’, Otis Redding:Respect’, The Supremes: ‘Stop In The Name Of Love’. Loin des musiciens de rock fifties dont ils ont pourtant l’énergie, très différents des groupes britanniques alors en vogue, les chanteurs de rhythm’n’blues font souffler un vent nouveau dans le paysage musical. Charisme des interprètes, magie des cuivres, vague cousinage avec le jazz qui est gage d’une certaine respectabilité, rythmes effrénés ou sentimentalisme des ballades, le public adhère massivement.

Zone de Texte:La soul-music est bien dans l’air du temps. Pour s’en convaincre, le générique de l’émission pop-rock la plus populaire auprès des jeunes de cette époque, diffusée tous les jours sur l’antenne d’Europe 1, ‘Salut Les Copains’, n’est autre que ‘Last Night’ des Mar-Keys, enregistré à Memphis en 1961.

En ce milieu des années 60, la France a toujours le même président. De Gaulle est à l’Elysée, Pompidou à Matignon, mais les premiers essais nucléaires ont lieu en Polynésie. Pour contrer la baisse des ventes des 45-tours longue durée à quatre titres, l’industrie phonographique lance les 45-tours simples : deux titres à cinq francs.
Stax ou Motown? En cette année 1966 on a droit à un nouveau florilège avec Booker T and the MG’s: ‘And Now’, Otis Redding: ‘Fa Fa Fa Fa (Sad Song)’, ‘(I Can’t Get No) Satisfaction’, ‘My Lover’s Prayer’, The Temptations: ‘Get Ready’, Ray Charles: ‘I Don’t Need No Doctor’, The Four Tops: ‘Standing In The Shadows Of Love’, Percy Sledge: ‘Success Success’, Wilson Pickett: ‘Land Of A Thousand Dances’, ‘634-5789’, Sam & Dave: ‘Hold On I’m Coming’.
Les deux plus grands succès cet été-là sont : ‘It’s A Man’s, Man’s World’ par James Brown et ‘When A Man Loves A Woman’ par Percy Sledge, qui rivalisent sur toutes les radios et dans les night-clubs avec ‘Strangers In The Night’ par Frank Sinatra. Outre-Manche, le magazine Melody Maker sacre Otis Redding ‘meilleur chanteur de l’année 1966’.
Après l’opposition Beatles contre Rolling Stones, certains amateurs de rhythm’n’blues recréent le schéma entre les tenants de James Brown contre les fans d’Otis Redding.

L’Olympia ne fait pas de détail et, pour le plus grand plaisir de leurs fans, Bruno Coquatrix met les deux géants à l’affiche, à quelques mois d’intervalle. Le 14 mars 1966 le music-hall du boulevard des Capucines est bondé et, sur scène, l’excitation est à son comble avec un Mister Dynamite en super forme. Le soulman est entouré de douze personnes, pas moins : un organiste, un guitariste, un bassiste, deux batteurs, quatre cuivres, et trois choristes-danseurs qui ne laissent pas retomber la tension. La folie est aussi dans la salle. Le lendemain la presse retient que les trois premiers rangs de fauteuils ont été dévastés.
Quelques semaines plus tard, les programmateurs de l’ORTF, parfois bien inspirés, retransmettent ce concert. La soul-music pénètre alors dans les foyers via le petit écran. Les 10 et 11 septembre, Otis Redding est à son tour à l’affiche de l’Olympia avec neuf musiciens derrière lui. Il arpente la scène à grandes enjambées et met le public à ses pieds. La première partie du spectacle est assurée par Vigon et les Lemons.

Surboum, Formidable
En 1966, Atlantic par l’intermédiaire de Barclay qui diffuse le label américain en France, sort le premier 33-tours d’une série qui va rencontrer un certain succès : Surboum Rhythm and Blues. Le disque présente un éventail d’artistes: The Mar-Keys, Paul Kelly, Percy Sledge, Mona Lisa, Solomon Burke, Clarence & Calvin, Don Covay, Jimmy Hughes, Bobby Marchan, Otis Redding, Rufus & Carla Thomas, Sam & Dave, Wilson Pickett. Cette compilation de différents interprètes a le mérite de mettre en avant et de faire découvrir des musiciens et des chanteurs/chanteuses de talents. Libre à l’auditeur par la suite d’acheter les 45-tours ou les 33-tours de chacun d’entre eux, mais l’engouement que rencontre cette série vaut surtout pour son côté ‘dance music’ qui anime les surprises-parties de l’époque.

Zone de Texte:En 1967, le concept demeure mais le titre générique change pour devenir Formidable Rhythm and Blues. Ce deuxième disque propose: Billy Graham, Otis Redding, Ben E. King, The Drifters, Joe Tex, Wilson Pickett, Sam & Dave, King Curtis, The Mar-Keys, Percy Sledge, Esther Phillips, Clarence Carter, Jimmy Hugues, Booker T.
Ce nouveau volume, qui cherche à faire connaître à un plus vaste public les artistes d'Atlantic et de ses filiales, est présenté en pochette livre avec photos et biographies des principaux artistes. Pour la maison de disques, la qualité est, semble-t-il, le seul critère de sélection car, si Ben E. King, Sam & Dave ou Esther Phillips sont déjà de grosses vedettes aux Etats-Unis, Billy Graham et Clarence Carter voient, pour la première fois, leurs noms figurer sur une pochette de disque.
Fort de l’expérience du premier album, celui-ci a été conçu pour le divertissement. Une face rapide avec les danses au goût du jour comme le jerk, le boogaloo ou le shingaling, l’autre face pour des rythmes plus langoureux, autrement dit : une série de slows.
Les ventes sont bonnes, c’est un succès. Atlantic ne tarde pas à sortir d’autres volumes de la série. On y retrouve: Wilson Pickett, Don Covay, Naomi & Harris, Aretha Franklin, Soul Brother Six, Joe Tex, Herbie Mann, The Sweet Inspirations, Solomon Burke, Brother Jack McDuff, Esther Phillips, Percy Sledge, Arthur Conley… Ces disques sont des concentrations de tubes: ‘Respect’, ‘My Special Prayer’, ‘Hold On I’m Coming’, ‘Love Me tender’, ‘Neighbor, Neighbor’, ‘Down In The Valley’, ‘When A Man Loves A Woman’, ‘Some Kind Of Wonderful’

Vu l’engouement des Européens, en 1967 le label Stax organise la tournée ‘Stax Tour’ avec Otis Redding, Booker T and the MG’s, Arthur Conley, Eddie Floyd, Carla Thomas, Sam & Dave. Le 21 mars, tout ce beau monde est sur la scène de l’Olympia à Paris. Un public nombreux se presse au concert. Le show est à la mesure de l’attente : grandiose !
La France est soul, mais n’oublie pas le blues-rock ou la pop. Tout ça donne un joyeux mélange sur les ondes radio, avec un brassage musical des plus savoureux. Dans les cours de lycée on fait des études comparatives entre ‘Knock On Wood’ et ‘In The Midnight Hour’, les jugements sur la puissance vocale d’Eddie Floyd et de Wilson Pickett sont des considérations beaucoup plus importantes que la date du prochain examen.
Côté politique, de Gaulle en voyage au Québec lance le fameux : « Vive le Québec libre », avant de partir en Pologne pour annoncer qu’il souhaite une « Europe de l’Atlantique à l’Oural ». La France construit des autoroutes et légalise la pilule contraceptive. Le monde évolue.
           

Méga-hits
Le succès commercial rencontré par les premiers 33-tours Barclay ne se dément pas, aussi le label poursuit-il dans cette voie et presse d’autres vinyles sous les appellations Formidable, Incroyable, Terrible ou Remarquable. Les titres s’enchaînent comme dans une discothèque et, à chaque fois : une face rapide, une face lente. L’idée de Barclay est de présenter un éventail de chansons à fort potentiel commercial, mais aussi de faire connaître des artistes au-delà d’un cercle restreint d’amateurs éclairés.

La communauté afro-américaine a largement inspiré les compositeurs européens. A leur tour les soulmen chantent des mélodies venues du vieux continent. Otis Redding reprend ‘Satisfaction’ des Rolling Stones (Keith Richards dit alors que c’est un des plus grands moments de sa carrière), et ‘Day Tripper’ des Beatles. Ray Charles, lui, injecte une giclée de soul dans ‘Yesterday’ et ‘Eleanor Rigby’, de Lennon et McCartney. Les deux super-groupes ont déjà cartonné avec leurs propres titres, il était risqué de passer après eux. Mais Redding et Charles sont des interprètes hors normes, ils se réapproprient les chansons et en donnent une version d’une telle dimension, qu’ils rencontrent eux aussi un succès phénoménal. La soul-music est sortie du ghetto, la France se laisse emporter par la vague et c’est une lame de fond.

Le rhythm’n’blues est bien dans l’air du temps et les méga-hits de l’année 1967, qui font jeu égal avec les titres des Beatles, des Rolling Stones, des Kinks, des Beach Boys, de Jimi Hendrix ou de Bob Dylan sur toutes les ondes radio, ont pour titres : ‘Mustang Sally’ ou ‘Funky Broadway’ par Wilson Pickett, ‘Reach Out I’ll Be There’ par les Four Tops, ‘Soul Man’ par Sam & Dave, ‘Soul Finger’ par les Bar-Kays (ne confondez pas avec les Mar-Keys), ‘Try A Little Tenderness’, ‘Shake’ par Otis Redding, ‘I Was Made To Love Her’ par Stevie Wonder, ‘Chains Of Fools’ par Aretha Franklin. Les compilations Barclay/Atlantic ont converti un vaste auditoire.

En dehors des séries Formidable, Incroyable, Terrible et autres, les disques des artistes produits par Stax ou Motown rencontrent leur public et se vendent très bien. La tragique disparition d’Otis Redding dans un accident d’avion, en décembre 1967, est d’autant plus durement ressentie par les amateurs. Mais avant de disparaître Redding a enregistré ce qui restera comme son testament discographique et l’un des plus grands succès de l’année 1968 : ‘(Sittin’ On) The Dock Of The Bay’.

En 1967 sort sur les écrans le film de Norman Jewison, In The Heat Of The Night (Dans La Chaleur De La Nuit) avec Sidney Poitier et Rod Steiger, un polar qui aborde le thème du racisme. La bande son est signée Quincy Jones et le titre générique, superbe ballade soul magnifiquement interprétée par Ray Charles, se place en tête du box office.

Zone de Texte:  Soul et pavés… la plage
Le temps passe, 1968 arrive et Atlantic/Barclay sort quatre nouveaux 30 cm dans la série Formidable. Encore un échantillon de choix. Le succès est de nouveau au rendez-vous. Aretha Franklin, Soul Brother Six, Solomon Burke, Benny Latimore, The Soul Clan, Wilson Pickett, Percy Sledge, Joe Tex, Billy Vera & Judy Clay (un duo blanc/noire, pas évident dans l’Amérique des sixties), Doris Troy, The Sweet Inspirations, autrement dit : Sissy Houston (la maman de Whitney), Estelle Brown, Sylvia Shemwell et Myrna Smith qui, lorsqu’elles ne se produisent pas sous le nom de scène de leur quatuor, font les chœurs derrière d’autres artistes dans les séances des studios new-yorkais d’Atlantic.
Kurt Mohr dans les notes de pochette salue l'équipe Barclay qui,« sortant des sentiers battus, n'a pas hésité à sélectionner plusieurs artistes encore inconnus à côté de vedettes déjà renommées. A vous de juger de leur talent, de faire vos propres découvertes. Parmi les chanteurs qui animent ce recueil, les vétérans sont deux ‘vieillards’ de trente ans : Joe Tex et Solomon Burke, dont les premiers enregistrements remontent à 1955. Aretha Franklin, Percy Sledge, Wilson Pickett ont déjà acquis une vaste réputation en France. Le Soul Clan ? Il s'agit là d'une idée amusante de Don Covay (le chanteur qui avait déjà lancé des danses comme le pony, le frug et le shin-a-ling) : réunir sur un même enregistrement cinq vedettes de la maison: lui-même avec Solomon Burke, Arthur Conley, Ben E. King et Joe Tex. »

Sur l’un de ces disques, Joe Tex chante ‘Don’t Give Up’ (ne renonce pas), et Benny Latimore ‘It’s Just A Matter Of Time’ (c’est juste une question de temps). Est-ce prémonitoire ? Car ça bouge un peu partout. Les manifestations contre la guerre du Vietnam se multiplient. Une contrariété à Nanterre et le printemps bourgeonne bruyamment. Pendant que les étudiants lancent des pavés sur les CRS et que les Shadocks débarquent sur les écrans de télés, James Brown chante ‘Say It Aloud I'm Black And Proud’, les Beatles sortent le Double Blanc, les Rolling Stones : Beggars Banquet ; Jimi Hendrix  Electric Ladyland, et Elvis fait son comeback. En octobre, sur les podiums olympiques de Mexico, les poings du Black Power se lèvent.
Avec humour et feeling, Nino Ferrer chante le rhythm’n’blues en français, soutenu par un orchestre dont l’organiste se nomme Manu Di Bango, pendant que Michel Jonasz, encore à ses débuts, emmène le King Set sur les mêmes pistes. On vit une époque formidable.

Zone de Texte:  La page 69 se tourne
La bande son de la fin des sixties est multiple et variée. Flower-power, peace and love, rock’n’roll et soul-music, les genres se confondent et la société change. Le futur a encore de  l’avenir. Au début de 1969, on peut voir le premier vol du Concorde dans le ciel de Toulouse. Côté musique, deux albums Formidable paraissent, portant ainsi le nombre à neuf. Si on continue de retrouver, sur les pochettes, des noms familiers comme Wilson Pickett, Solomon Burke, Sam & Dave, Aretha Franklin, on peut découvrir également, dans cette nouvelle livraison, des artistes venus des sous-marques d’Atlantic comme Jubilee : Mary Wells, Roy Lee Johnson, Bobby Lee, The Loveables, Moe Koffman, Jay Dee Bryant, Grover Mitchell, The Valentinos, Jimmy Ricks, Alice Clark.

Le calme est revenu dans les facs et les entreprises. Fin avril, Charles de Gaulle démissionne. En mai, sur les écrans cannois, Easy Rider finit mal. Le mois suivant, Georges Pompidou est élu président de la République. Brian Jones meurt début juillet et Eddy Merckx remporte le tour de France. Le rhythm’n’blues bat toujours la mesure à la radio.
Wilson Pickett réinvente ‘Hey Jude’ des Beatles, avec une version qui étonne tout le monde. Là où il y avait douceur et bons sentiments, il pousse un cri déchirant soutenu par des cuivres qui électrisent l’auditoire. Son chant brut est bouleversant. Chanteur d’exception, Pickett est aussi un auteur-compositeur repris par un grand nombre d’artistes comme The Rolling Stones, Booker T. & the MG’s, Creedence Clearwater Revival et quelques autres.
Dans les transistors on entend Diana Ross & The Supremes chanter ‘Love Child’ et Stevie WonderMy Cherie Amour’. Creedence Clearwater Revival cartonne avec ‘Proud Mary’, Marvin Gaye crée ce qui va devenir un standard : ‘I Heard It Through The Grapevine’ et Elvis Presley, encore lui, fait un tabac avec ‘In The Ghetto.’ Diana Ross présente les Jackson Five avec un petit Michael plein de charme. Quant à James Brown, il chante ‘It’s A Mother’. La vague soul roule toujours. Mercury sort un 33-tours : Rhythm’n’Blues Story volume 1, sur lequel on trouve Junior Wells, Buddy Miles, Nina Simone.
En août, le nom de Woodstock entre dans la légende et fait découvrir Sylvester Stewart, plus connu sous le nom de Sly and the Family Stone, et son funk-rock psychédélique qui fait un tabac. En septembre, des bombes fumigènes interrompent des séances du film Z de Costas Gavras dans les salles parisiennes. On vit une époque incroyable.
En décembre, en Californie, du côté d’Altamont, les stones s’embourbent. Une balle part, Meredith Hunter, 18 ans, tombe mort. Le concert tourne à la tragédie. Les fleurs du Summer of Love se fanent d’un coup. Une page se tourne.

Zone de Texte:  Bye, bye, sixties…
Les sixties sont derrière nous. Stax met sur le marché un coffret de trois LP 30 cm, titré : Memphis Soul Story. La chronique du numéro 36 de Rock & Folk (janvier 70), signée Bernard Niquet, en dit beaucoup de bien : « J'ai donc plaisir à souligner que les quarante-deux morceaux qui composent cette anthologie, provenant de 45t ‘singles’ et de LPs inédits en France, ne souffrent au contraire d'aucune sclérose, débordent de vie, de joie de chanter, de jouer, et que les accompagnements ne sonnent pas bidon. Les princes de chez Stax (E. Floyd, J. Taylor, A. King, W. Bell) confirment leurs grands talents… ».
Le 14 janvier de cette année, Diana Ross se produit pour la dernière fois avec les Supremes sur la scène du Frontier Hotel de Las Vegas. Le 10e volume de la série Formidable (Atlantic/Barclay) voit le jour avec Tyrone Davis, Ralph Soul Jackson, Sam & Dave, The Sweet Inspirations, The Noble Knights, Joe Tex, Krook Benton, Otis Rush, Gloria Walker, Johnny Copeland, Solomon Burke, Lou Johnson.

Au début des années 70, la soul-music va prendre une autre direction. Influencés par le rock psychédélique, les compositeurs renouvellent leurs orchestrations et se servent de l’électronique pour la rythmique. Le tempo est plus marqué et le funk est plus radical. Une nouvelle génération de groupes émerge, comme Earth, Wind and Fire ou Kool and the Gang. James Brown sort le double album Sex Machine avec une version du titre de près de onze minutes, et les Jackson Five se placent en haut des classements avec ‘ABC’. Mercury publie le volume 2 de la série Rhythm’n’Blues Story, sur lequel apparaît Ray Charles. La vague soul continue sur sa lancée mais les temps changent, et le public aussi. Le 18 septembre Jimi Hendrix quitte ce bas monde, rejoint le 4 octobre par Janis Joplin. C’est pas la joie.

En 1972, le volume 11 de Formidable Rhythm’n’Blues sort dans le commerce. On y retrouve Percy Sledge, JP Robinson, George Jackson. Donny Hathaway, Brook Benton, Aretha Franklin, Carl Hall, Mark Holder & The Positives, Rasputin's Stash, King Floyd, Electric Express, Nighty Manfred & Wonderdogs, Wilson Pickett. Le 12e volume paraît l’année suivante et présente Doctor John, Marvin Sims, The Spinners, Marck Putney, C.L.Blast, Wilson Pickett, Betty Lavette, One'sy Mack, Aretha Franklin, Rosetta Johnson, Walter Rhodes. La soul-music a toujours son public en France et l’aventure de la série dure depuis sept ans. Mais un nouveau phénomène, venu par le cinéma, commence à changer la donne.

En septembre 1971 la Blaxploitation (films américains réalisés et joués par des Noirs) déboule sur nos écrans. Le réalisateur Gordon Parks révèle à la fois le héros John Shaft (joué par Richard Roundtree) et la musique d’Isaac Hayes, qui a fait un malheur. Les concurrents directs de Hayes au hit-parade se nomment Curtis Mayfield ou Marvin Gaye. Les films qui suivent, Super Fly (1972), Black Caesar, Le Parrain de Harlem (1973), Foxy Brown (1974) popularisent cette nouvelle orientation musicale. La soul-music subit une mutation. Un rythme léger qui se transforme en un puissant son funky, orné de variations de guitare passées au filtre de la wah-wah, soutenues par une basse bien présente et des cuivres encadrés parfois de violons… Le style fait de nombreux émules et trouve son public. En peu de temps, ce nouveau courant va rapidement changer et préfigurer le disco. Mais là, c’est une autre aventure.

Gilles Blampain

Florilège de hits

Zone de Texte:

 

‘It’sA Man’s, Man’s World’
James Brown, 1966
Plus qu’une chanson, un monument. On le disait macho, James Brown dédie une véritable ode aux femmes à travers ce titre. « C’est un monde d’hommes, d’hommes, mais ce ne serait rien sans une femme ou une petite fille… ». La puissance dramatique apportée par les violons, la voix déchirante, en font un grand moment d’émotion.

 

 

Zone de Texte:

 

 

‘When A Man Loves A Woman’
Percy Sledge, 1966
Le carton incontesté au hit-parade. Le slow de l’année dans les boîtes de nuit. L’éternel amoureux. Les soulmen sont de grands sentimentaux. « Quand un homme aime une femme il ne peut penser à rien d’autre… » L’intro à l’orgue invite au recueillement quand la voix de Percy Sledge crie la douleur de l’homme perdu. En moins de trois minutes tout est dit.

 

Zone de Texte:

 

 

 ‘Hold On I’m Coming’
Sam & Dave, 1966
Le duo de choc, son surnom : Double Dynamite. Sam et Dave s’interpellent, font double impact et emportent tout sur leur passage, soutenus par des cuivres éclatants. « Compte sur moi quand les temps sont durs, t’en fais pas, tiens bon j’arrive… » Une chanson à deux niveaux de lecture. Les tendres sentiments ou la suggestion du rapport sexuel.

 

Zone de Texte:

 

 

‘Try A Little Tenderness’
Otis Redding, 1966
Le grand Otis chante : « Une jeune fille, elle peut se lasser, alors essaye la tendresse… ». Encore un morceau qui monte doucement en puissance et qui s’emballe comme une suffocation. Une batterie qui maque le tempo comme un cœur qui bat, les cuivres qui arrivent comme les veines qui frappent les tempes. De l’émotion à l’état brut, personne ne résiste.

 

Zone de Texte:

 

‘Knock On Wood’
Eddy Floyd, 1966
Un concentré d’énergie. Tout est là pour faire un hit. Le rythme entêtant, le chorus de cuivres, le gimmick de bûcheron à la batterie, Eddy Floyd qui est presque en transe. Superstitieux ? « C’est comme le tonnerre, c’est comme l’éclair, la manière dont tu m’aimes est effrayante, tu ferais mieux de toucher du bois… » Un morceau dévastateur.

 

 

Zone de Texte:

 

‘Respect’
Aretha Franklin, 1967
Une chanteuse qui s’est fait une place incontestée dans un environnement essentiellement masculin. La voix sensuelle d’Aretha ne s’en laisse pas compter par son mec : « Ce que tu veux, je l’ai, ce dont tu as besoin, je l’ai, mais moi je souhaite avoir un peu de respect… ». La pointe de funk dans le rythme et le chœur féminin rendent l’interprétation très sexy.

 

 

Zone de Texte:

 


Mustang Sally’
Wilson Pickett, 1967
Encore une chanson à double sens. Sally veut-elle faire un tour en voiture ou s’envoyer en l’air ? Aussi puissant que le V8 sous le capot, aussi sexy que la fille. « Mustang Sally, ah, ah, je pense que tu ferais mieux de ralentir… » La voix rauque de Wilson Pickett soutenue par un chœur féminin est très suggestive. Il feule, il halète, il crie. On sent le désir qui monte.