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04/17
Chroniques CD du mois Interview: BERNARD SELLAM Livres & Publications
Dossier: BLUES & FLAMENCO (suite) Portrait: CHUCK BERRY Interview: DARIOS MARS & THE GUILLOTINES
 


Dossier
L'IRLANDE, COURANT D' EIRE

blues l'irlande courant d'eire

On lit dans les manuels spécialisés et autres ouvrages de références que le blues est né aux Antilles ou dans le Mississippi, au cœur du Delta. Qu'il est le fruit de l'Europe et de l'Afrique, minutieuse alchimie des musiques celtiques du vieux continent et celles du continent noir. Comment deux styles aussi éloignés l'un de l'autre ont-ils pu se fondre, se métisser et donner naissance au plus formidable courant musical de notre temps ? Comment, par contamination ou par confrontation de la gamme diatonique occidentale, le système africain s'est-il installé, ancré et développé ?

Etats des lieux
Le blues est le fruit de la multitude et du métissage, du temps, du hasard et de la fluidité des mouvements de population. S'il est fortement social, il déambule au gré des événements sans jamais satisfaire à des critères précis, dignes d'orner les statistiques booléennes.
On entendra ici, par ‘métissage’, le mélange d'éléments distincts de provenances multiples, le ‘hasard’, par les concomitances d'événements sociaux qui vont à tout jamais marquer la planète et enfin, ‘fluidité’, par les bouleversements de migrations non naturelles de population, comme un Gulf Stream qu'on aurait forcé à changer de cap. Dans l'histoire de la musique américaine et particulièrement du blues, deux diasporas peuvent être citées : l'africaine et l'irlandaise. 

La balafre africaine
Les traites atlantiques négrières provenant d'Afrique, (décrétées crime contre l'humanité aujourd'hui), dureront jusqu'en1860 sur la base du commerce triangulaire. Français, Anglais, Hollandais puis Américains mettent en place des compagnies maritimes qui bénéficient de monopoles, d'Anvers à Nantes en passant par Bordeaux ou Londres, sur des bateaux aux cales chargées de marchandises qui seront troquées, en Afrique, contre de la main d'œuvre asservie. Toutes voiles dehors ils mettent alors le cap, outre-Atlantique, vers les colonies d'où ils reviennent, les cales bondées de produits exotiques qui rentabilisent les traversées.
Les premiers esclaves africains débarquent en Virginie en 1619. On estime la traite à 10 000 âmes par an jusqu'au milieu du XVIIe. On dénombre 30 000 expéditions, et le voyage sans retour dure de deux à trois mois. Une main d'œuvre abondante est nécessaire dans les plantations, le pays est en construction. Ce commerce prend alors des proportions hallucinantes, avec 11 millions de déportés vers les Antilles et dans le sud de l'Amérique du Nord, au terme d'une guerre de Sécession qui prend fin (1865), où le Sud est vaincu, l'esclavage aboli. Il faudra attendre presque une centaine d'années pour faire disparaître ce négoce infernal. L'année 1783 correspondant au début de l'abolition de l'esclavage dans les états du Nord.

Esclavagisme du vieux continent
Curieuse similitude de destinée. Il faut remonter également au début du XVIIe siècle avec la bataille de Kinsale, puis à Cromwell qui débarque en Irlande en 1649 et perpètre un véritable massacre, pour découvrir une politique d'exil et la traite des Irlandais, d'abord vers le fleuve Amazone puis vers les Antilles (West Indies), à Antigua, Montserrat, puis la Guyane, la Virginie, la Caroline du Nord, la Géorgie et la Nouvelle-Angleterre.
30 000 prisonniers militaires, puis 100 000 Irlandais, beaucoup de femmes et d'enfants, seront vendus comme esclaves. Le mot ici est à prendre dans sa définition absolue. La monarchie anglaise projette sur l'Irlandais une haine ancestrale, jusqu'à détruire l'aspect social, culturel et religieux de ce pays. On peut parler ouvertement de génocide. La Reine Elizabeth Ière, James II, Charles Cromwell ont commis, sous la bannière de Dieu, des horreurs que l'histoire civilisée ne peut oublier. Déportation, colonisation, éradication, la proclamation de 1625 initialise le bannissement outre-mer des prisonniers politiques, vendus comme travailleurs des plantations. Mais indigents, prisonniers, déserteurs, sans domicile, orphelins, fermiers révoltés, prêtres, professeurs vont suivre. Tout est prétexte à la déportation car la main d'œuvre, là-bas, est nécessaire. Le constat est effrayant, la population irlandaise de l'île est réduite alors de moitié en dix ans.
L'Angleterre va exploiter ce filon et cette matière première, de traités en accords, de rebellions sanglantes en révoltes brutales, pendant des décennies.

Migration sociale et économique
Deux cents ans plus tard, avec la crise de la pomme de terre et la Grande Famine en Irlande (1846 à 1848), l'émigration continue cette fois-ci volontairement (?). Poussés par le manque de travail et la misère, sur des cargos mais aussi sur les coffin-ships – littéralement : bateaux cercueils, 3 millions d'Irlandais vont quitter leur île de gré (!), avec des contrats scélérats de sept ans de travail non rémunéré – indentured servants (prix du voyage en bateau). On estime à 4 millions le nombre d'Irlandais immigrés de gré ou de force en Amérique durant cette période, mais le chiffre est sans doute à revoir à la hausse. Au total, 17 millions de Britanniques (Anglais, Irlandais, Ecossais) arriveront, entre la fin du XVIIe et celui XIXe, sur le sol américain. Les esclaves y sont légions, qu'ils soient noirs ou blancs.

Croisement des cultures
A l'aune de ces événements historiques et ces destins croisés, au sein des Etats de Virginie, Virginie occidentale, Caroline du Nord, Caroline du Sud, des champs de coton, de canne à sucre, de tabac, de riz, dans le Mississippi mais aussi, plus au sud, avec les rebellions diverses, les révoltes, les soulèvements des West Indies, des Caraïbes, de la Barbade, la promiscuité irlando-africaine va perdurer pendant près de 300 ans. Lent travail du temps qui va forger, sculpter, modeler, générations après générations d'esclaves, d'hommes émancipés puis libres, leur environnement social. Ils vont partager leur misère, leurs cultures et leurs traditions, mais aussi leurs musiques.
La musique devient catalyseur, refuge à l'identité.
De ces échanges innocemment croisés, melting-pot insoupçonné de traditions, l'Amérique va construire ses premiers commencements, embryon de racines et de nouvelles cultures.

De l'esclavage à la ségrégation
Le croisement des cultures va se poursuivre pour ces hommes et ces femmes dépourvus de repères et de droits. Privés de toute liberté, l'esclave, le sous-homme, l'animal doué de raison n'en est pas moins lucide, conscient de son état. Si la couleur de la peau diffère, les échanges vont être croisés par l'appartenance à la même classe sociale. Soudés par les mêmes chaînes, martyrisés par le même oppresseur, ils vont reconstruire des fragments du passé, déformés par le prisme du souvenir. De la moiteur des plantations et des champs de coton d'abord, des cabanes des ouvriers itinérants, des chantiers des poseurs de rail, des bagnards, des ghettos, des camps de travail, des fermes ou des villes en formation va s'élever la conscience collective d'un renouveau à bâtir.

Les croyances
Si les croyances sont fortes chez l'Africain aux multiples dieux et entités, de superstition et de légendes, elles le sont également chez l'Irlandais qui est profondément catholique mais aussi celte parmi les Celtes. Le bestiaire est animé de créatures, d'entités éthérées et de légendes. Naîtra de cet imaginaire puissant, ancré à la terre et à la nature, une connivence dans le malheur. Au puritanisme ambiant et à la dureté des dogmes mis en place par les propriétaires terriens, le refuge idéal est bien l'imaginaire qui perpétue le lien avec les ancêtres. John Boorman, réalisateur de ‘Excalibur’ écrit : « Je crois que le pays, la nation qui tourne le dos à ses mythes, à son histoire s'expose à perdre son identité et son existence dans la mesure où le mythe est une métaphore qui exprime la vie et se réfère à l'histoire, au passé, au présent au futur ».

Le chant et la musique
Malgré le grand traumatisme de la déportation, le chant et la musique scellent les communautés. La tradition orale remplace l'écriture peu exploitée. Le chant est comme une protection, une thérapie active, un acte de communication ou de reconstruction. Il tisse les liens communautaires et reconstitue en captivité les dislocations voulues par les colons. Un ancien esclave, Oloudah Equiano, né en 1745 en Afrique, qui recouvrera sa liberté après avoir été déporté en Virginie, militant ensuite contre l'esclavage ; dira : « Nous sommes une nation de danseurs, de musiciens, de poètes. Tous les grands événements sont célébrés en public, par des danses accompagnées de chants et d'une musique appropriée à la circonstance. »
Les complaintes ou work-songs (ou bien hoolies, ar-hoolies et puis enfin hollers et fieldhollers) apparaissent naturellement. Les Africains ont scandé les mélopées de leurs ancêtres, chant à répondre pour rythmer les travaux des champs. Ils continueront quelle que soit la terre qu'ils foulent. Toutes ces psalmodies parfois improvisées, répétées à l'infini comme une litanie améliorent le rendement, et les colons tolèrent cet excentrisme qui devient l'expression et l'âme de tout un peuple. Apparaîtront alors les spirituals, les minstrel-songs et toute l'expression chantée de la misère, de l'esclavage puis de la ségrégation.
La musique fait également partie intégrante de la société irlandaise. De nombreuses similitudes sont à noter ici avec le schéma africain. Par tradition, par esprit de clan, par comté, les us et coutumes sont fermement ancrés. On recensera,, en 1901, environ 5 000 mélodies répertoriées, issues de la verte Erin. Le chant a capella ou à répondre est une institution, un dogme, une tradition. Peu de nations ont un attachement aussi farouche avec son répertoire traditionnel. Chaque émigrant emporte avec lui comme un tatouage ses comptines, mélodies et airs à chanter ou à danser. Chaque comté (county) possède ses spécificités, ses chants : des polkas, des reels, des danses, les ornementations (rawls) et le swing (il existe aussi dans cette musique !) vite discernable par les spécialistes. En débarquant sur le nouveau continent elle va essaimer et prendre des tournures insoupçonnées.
L'emploi et l'utilisation des instruments dans ce croisement de genres musicaux vont produire de grandes transformations sur les directions polymorphes et primitives du blues en gestation. Avant la guerre civile américaine il n'y a pas de musique spécifique aux blancs et aux noirs. Une seule source existe, celle de la tradition anglo-saxonne, mais aussi écossaise. Interprétés au banjo ou au fiddle, blancs et noirs chanteront et interprèteront les mêmes mélodies, ballades et hymnes que ce soit à l'église, dans les champs ou dans les maisons. Le lent travail du temps modèlera les partitions. Le creuset du pré blues en est encore chaud.

Les instruments
Les navires négriers emporteront peu d'instruments d'Afrique, même si la valeur marchande de l'esclave est valorisée par un nègre musicien. Pourtant l'Africain parviendra à reconstituer les instruments issus de son continent avec peu de moyens. Tambours, percussions en tout genre et sans doute l'ancêtre du banjo (banjor, banja, mbanza) seront reconstitués avec une calebasse, une caisse, une boîte de cigares, un bidon d'huile ou de térébenthine ...
Très vite les percussions seront prohibées par les planteurs du sud puis par l'institution d'un "Code Noir" général stipulant qu'un tambour ou une percussion peut servir, à juste titre d'ailleurs, de moyen de communication et d'échanges entre les esclaves pour fomenter révoltes et rebellions.
Privé des instruments traditionnels l'Africain va combler un manque viscéral et atavique…
Le colon irlandais est arrivé avec le fiddle (violon), le fifre... dans ses bagages. On dit globalement que tous les Irlandais chantent et qu'un Irlandais sur cinq possède un instrument. C'est une tradition puissamment installée chez les Celtes.
Alors la transition se fait doucement, le noir va s'approprier l'instrument et le cortège des genres musicaux qui vont avec, musiques issues du continent européen, irlandaises bien sûr, avec les jigs, les reels, les slow-airs, et aussi de l'est : polkas, mazurkas, valses... L'Irlandais va servir de guide ! Exploration culturelle, besoin impératif de pratiquer la musique, l'Africain va peu à peu vivre la « déculturation » lente, comme le signale Nicolas Bardinet dans son excellent ouvrage : ‘Une Histoire du Banjo’ (Editions Outre Mesure). Le violon va déferler, bien avant la guitare, sur le continent américain, comme une véritable chevauchée fantastique d'un océan à l'autre, dans toutes les communautés et toutes les couches sociales, populaires ou non. Le violon va s'installer, aux creux des vallées des Appalaches mais aussi dans le Nord. On dit qu'il possèdera une corde de plus, mais c'est celle qui permet de l'attacher au mur de la cuisine, tant sa popularité sera omniprésente. L'interpénétration culturelle des courants va générer le pré-blues.

l'irlande courant d'eire

La danse
Parce que les propriétaires terriens des plantations isolées du Sud-est ont besoin de musiciens pour animer leurs soirées et leurs fêtes, on formera de nombreux musiciens à la pratique du fiddle pour un répertoire de danses traditionnelles européennes (squares-dances, country-dances, hornpipes…). Les Irlandais auront pour la plupart quitté ces lieux au climat vraiment trop différent de leur île natale. Se poursuit ainsi l'intégration du Noir en lui faisant perdre toute relique du passé, en augmentant sa valeur marchande et en se donnant bonne conscience.
Bien sur il reste l'ancêtre du banjo, qui est à la croisée du tambourin et de la guitare. Mais cet instrument stigmatise trop le symbole de l'esclavage et des railleries des minstrel-shows parodiant les Afro-Américains. Il va être délaissé par la population noire à partir des années 1800.
D'abord loin des oreilles exercées des colons blancs, quelques subtiles transformations vont se produire avec le répertoire européen. Joué et interprété par des musiciens noirs, baignés encore par les échos de l'Afrique, l'inexorable mutation va se produire très homéopathiquement d'abord, par strates successives, en inégales progressions puis de façon plus marquée avec les nouvelles églises noires et les messages d'espoir des preachers. La fusion musicale va alors se généraliser un peu partout sur le continent (hormis les zones isolées). Les transformations économiques, les migrations des populations émancipées, la guerre, la ségrégation, la religion, les hymnes au réveil de la foi, mais aussi les climats, l'isolement, seront à l'origine des spécificités des genres.

Un répertoire foisonnant
Les altérations musicales (et les fameuses blue-notes) vont s'imposer progressivement et naturellement dans les mélodies. L'Africain va installer sa gamme naturelle (division de l'octave en sept intervalles égaux, à l'encontre de celle classique européenne divisée en ton et demi-ton). La musique va se nourrir d'adaptations, de notes de liaison, d'enrichissements, de changement de tonalité, de répétitions de couplets ou modifications de ceux-ci, du passage du modal au mélodique etc.
Remonter le fil du temps pour garantir les origines est une entreprise hasardeuse tant la ritournelle est volatile. Le copyright n'existant pas, c'est le fruit des chercheurs et du collectage de terrain qui a donné la pleine lumière aux différents répertoires : Alan Lomax, Pete Lowry, Bruce Bastin, Paul Oliver ou Gérard Herzhaft.

Une liste comme un bottin
Que les mélodies soient estampillées irlandaises, écossaises ou anglo-saxonnes, elles ont résisté à l'outrage naturel du temps et ont servi de tremplin à l'installation des prémices du blues. Ceux et celles qui les ont chantées sont des passeurs de mémoire, inconnus ou reconnus. Ils resteront pour beaucoup anonymes, comme les milliers d'interprètes que la cire n'a pu immortaliser. Certains passeront les épreuves du temps sur quelques bandes retrouvées et seront vénérés : Blind Willie Johnson, le Memphis Jug Band, Frank Stokes, Peg Leg Howell, Tommy McClennan, Charley Patton, Leadbelly, Geeshie Wiley, Blind Lemon Jefferson, Louise Johnson, Papa Harvey Hull, Mississippi John Hurt, Elder Harris, Teddy Darby, Carter & Young, Sam Collins, Rube Lacy, Texas Alexander, Robert Wilkins ...

Les mélodies qui suivent en sont un bien vibrant exemple.

The Unfortunate Rake (ou peut-être Barroom) est une vieille ballade de plus de 200 ans qui vient d'Ecosse. Une fois débarquée sur le nouveau continent, elle est reprise et transformée pour n'être, plus tard, guère loin du blues.

Leadbelly dans Gwine Dig A Hole To Put The Devil (Library of Congress recordings Vol. 2 édité en 91) interprète une série de vieux morceaux issus du folklore anglo-irlandais : Mama did you bring me any silver? If wasn't for Dicky, Gwine dig a hole to put the devil... Ce disque est un vivant plaidoyer pour les générations futures car Ventre de Plomb lui-même, évoque les pratiques racistes de son époque du côté de Washington DC.

Baby Please Don't Go, depuis plus de 70 ans, fait un tabac. C'est une comptine irlandaise jouée au fiddle : Bessie, done ye go, qui date du XVIIIe siècle et qui se transformera en Bessie don't you go, puis Sinner don't you go. Elle migrera vers le Sud, au Mississippi et en Louisiane. Big Joe Williams la fera sienne dans les années 30, façon Delta-blues, avec sa 9-cordes bricolée. Quand il gagnera Chicago en 1941, le morceau se débarrassera des ses oripeaux rustiques pour s'électrifier avec un John Lee Sonny Boy Williamson à l'harmonica tonitruant (Please don't go). Un enregistrement d'anthologie fera date. Comme la multiplication des petits pains, les versions vont s'enchaîner à travers le monde (plus d'une centaine), du folk, du old time, du R&B, du rock avec, juste retour aux sources, Van Morrison l'Irlandais et les Them. En 1964, ils en feront un hit. Puis re-Delta blues avec Fred McDowell en 1969, qui recevra d'ailleurs un chèque des Rolling Stones : ils avaient enregistré l’une de ses compositions ‘You Got To Move’. Phénomène assez courant à cette époque du revival blues, quand les formations blanches exploitaient ou pillaient maladroitement le répertoire des vieux bluesmen.

The House Of The Rising Sun est une surprise! Pourtant c'est à La Nouvelle-Orléans qu'on retrouve sa trace dans les années 30, alors qu'elle était un slow-air irlandais. Josh White, Leadbelly et tant d'autres l'interprèteront. Les Animals avec Eric Burdon en feront un succès international.

John Henry, Frankie & Johnnie (Frankie & Albert), St James Infirmary… devenus des standards du blues, sont des compositions issues du folklore irlandais. Des centaines de versions témoignent de l'intérêt pour ces morceaux. Les meilleurs interprètes s'y colleront pour la beauté des mélodies inspirées par une île située à des milliers de kilomètres de là. Rhythm Willie, Sonny Terry, Memphis Slim, Buster Brown, Mississippi John Hurt les immortaliseront.

Stagolee, Stack O'Lee Blues ou Staggerlee, cette dernière créditée à Lloyd Price, est/sont issue(s) cependant du folklore celte et sera(-ront) reprise(s) par Mississippi John Hurt, Champion Jack Dupree, Buddy Holly et Chuck Berry qui participeront ainsi à la résurrection de ce/ces vieux air(s).

On peut encore citer: Dupree, Drunkard's Special, Alabama Bound, Who's Gonna Shoe Your Pretty Little Feet, Forked Deer, Champagne Charlie, Gone On Down To Town, Moans, Groan, Casey Jones (Furry Lewis), Midnight Special (Sonny Terry & Brownie McGhee), Careless Love (Homesick James, Lonnie Johnson), Barroom Shows, Dying Mother ... autant de morceaux puisés dans le folklore celte de la vieille Europe.

En guise de conclusion
Dire que le blues est la rémanence de la musique irlandaise serait une grossière erreur. La musique celte n'est qu'une des nombreuses réminiscences de l'expression artistique du peuple noir en Amérique. Cependant elle est passée souvent sous silence dans l'histoire des prémices du blues, tout juste brossée ou à peine suggérée. On en mesure aujourd'hui toute l'importance pour la transmission de la mémoire à venir. C'est aussi en témoignage de l'émigration forcée du peuple irlandais qu'il revient d'en citer les propos.
Les musiques se nourrissent les unes des autres sans se cannibaliser, elles s'alimentent et grandissent avec le temps et les hommes. Puis un jour elles sont satellisées à leur tour et servent de tremplin comme le blues l'a fait avec le jazz, le rock et la pop music ... Un exemple de l'universalité de la musique.

Alain Hermanstadt

Remerciements à Véronique Taisne et Marc Tzwangue

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