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Dossier
HOODOO


 


Now, Miss Hoodoo Lady, please give me a hoodoo hand
I wanna hoodoo this woman of mine, I believe she's got another man

                                                                Arthur Crudup (Hoodoo lady blues)

Le Hoodoo est une forme de magie populaire de tradition majoritairement afro-américaine qui s’est développée à partir du mélange d’un certains nombre de cultures distinctes et de traditions magiques. Il y a souvent confusion entre hoodoo et voodoo. Certains voient en ces termes une étymologie commune, mais le voodoo (ou vaudou) est une religion alors que le hoodoo est un ensemble de pratiques magiques.
Zone de Texte:Comme le voodoo, le hoodoo montre  des liens évidents avec les pratiques et les croyances de la culture populaire rituelle africaine ayant des origines en Afrique du centre et de l’ouest.
L’ancienne religion africaine du vodoun (ou vaudou) plante ses racines ancestrales en Afrique occidentale dans des pays comme les actuels Bénin, Togo ou Burkina Faso, entre autres. En Haïti, à Cuba (où ce rite est connu des hispanophones sous le nom de santeria) et d’autres îles des Caraïbes, le culte des dieux vodoun est pratiqué dans une forme syncrétique qui a été profondément modifié par le contact avec le catholicisme.

Le hoodoo intègre des pratiques traditionnelles d’origines africaines et amérindiennes ainsi que certaines pratiques magiques européennes. Bien que ces pratiques populaires soient transculturelles, il est particulièrement intéressant de noter dans cette tradition l’utilisation des figures bibliques dans les usages et dans la vie de ses pratiquants.
Le mot hoodoo a été documenté pour la première fois en anglais-américain en 1875 et répertorié comme substantif et verbe transitif. En anglais afro-américain, il est souvent utilisé pour décrire une formule magique ou une potion, mais il peut être également utilisé comme adjectif pour désigner un praticien.

Le but du hoodoo est de permettre aux gens d’accéder à des forces surnaturelles pour améliorer leur vie quotidienne et prendre le pouvoir dans de nombreux domaines de la vie, attirer la chance, l’argent, l’amour, la divination, la vengeance, la santé, l’emploi, et communiquer avec les morts. Le contact avec les ancêtres ou d’autres esprits défunts est une pratique importante dans la tradition, et la récitation des psaumes de la Bible est considérée comme efficace dans le hoodoo. Comme dans de nombreux autres domaines religieux ou magiques on utilise abondamment les herbes, les minéraux, les parties de corps animales, les objets appartenant à un individu, mais aussi les fluides corporels, surtout le sang menstruel, l’urine et le sperme.

Dans les temps reculés, à la campagne, potions et charmes se faisaient à la maison, mais avec la demande, des entreprises commerciales ont vu le jour pour vendre diverses composantes hoodoo aux gens des villes. Les articles vendus avaient l’appellation de spirituals, ils comprenaient des herbes aromatiques et médicinales, des minéraux, des bougies, de l’encens, des huiles, des poudres en sachet, des cristaux pour le bain et des parfums. Il y avait également des médicaments brevetés, des cosmétiques et des produits ménagers. Certains de ces produits avaient des noms savoureux comme Four Thieves Vinegar (Vinaigre Des Quatre Voleurs), Florida Water, (Eau De Floride) ou Red Devil Lye (Lessive Du Diable Rouge). 

Mythes et superstitions
Les amateurs de bues se sont familiarisés avec cet univers où l’on parle de mojo, de black cat bone, du chiffre 7 (7ème jour, 7ème mois, 7ème année ou 7ème fils), ou encore de John The Conqueror. Mais d’où vient ce nom à la consonance si glorieuse : John le Conquérant ?

John le Conquérant est un héros rencontré dans de nombreuses variantes de contes populaires folkloriques afro-américains. Fils d’un roi africain réduit en esclavage ne s’étant jamais totalement soumis, son habileté à tromper son maître a donné sujet à de nombreuses aventures. Si le personnage a réellement existé, mais rien ne l’atteste, il a rapidement acquis une dimension mythique dépassant la personne humaine. Une des versions de l’histoire raconte que John serait rentré en Afrique en laissant ses pouvoirs dans une plante, et que celui qui possèderait cette plante pourrait le convoqué à tout moment. Le nom de John the Conqueror est donc associé à une racine à laquelle sont attribués ces pouvoirs magiques car elle contient une substance pouvant provoquer des hallucinations psychédéliques.

Zone de Texte:

 

La racine connue sous le nom High John the Conqueror, John the Conquer root ou encore John the Conqueroo désigne la racine d’Ipomoea Jalapa. D’une agréable odeur terreuse, c'est un puissant laxatif. Il est clair qu’elle n'est pas utilisée à cette fin dans la magie, mais plutôt comme l'un des éléments d'un sac mojo (amulette magique). Généralement utilisée dans les sorts sexuels de toutes sortes, elle est également considérée comme un porte-bonheur pour les joueurs. Il est probable que la racine a acquis sa réputation sexuelle magique par le fait qu’une fois séchée, la ressemblance avec des testicules d'un homme à la peau foncée est évidente. Il est donc important, quand elle est employée comme une amulette, que la racine utilisée soit entière et sans tache. Des fragments séchés et des copeaux de la racine sont utilisés dans la composition d’huiles de bains destinés, eux, à d’autres espèces de charmes et envoûtements

La magie de John the Conqueroo a été connue bien au-delà du cercle des praticiens hoodoo afro-américains depuis qu’elle a été mentionnée dans un certain nombre de textes de blues. En  1954, Muddy Waters a enregistré une version très populaire de Willie Dixon ‘(I’m your) Hoochie Coochie Man’ avec un couplet supplémentaire mentionnant John the Conquer root.

     I got a black cat bone; I got a mojo too,
    I got a John the Conquer root, I'm gonna mess with you,
    I'm gonna make you girls lead me by my hand,
   Then the world will know the hoochie coochie man.

En 1955, Bo Diddley a enregistré ‘I’m A Man’ avec les paroles suivantes:
I goin' back down,
  To Kansas to
  Bring back the second cousin,
  Little John the Conqueroo

Selon la croyance populaire, John the Conqueroo permet de se protéger contre les mauvais esprits, et d’aplanir les situations conflictuelles, y compris dans les rapports amoureux et les jeux d’argent. Il est très souvent associé au bonheur et à la réussite.

Gilles Blampain