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04/17
Chroniques CD du mois Interview: BERNARD SELLAM Livres & Publications
Dossier: BLUES & FLAMENCO (suite) Portrait: CHUCK BERRY Interview: DARIOS MARS & THE GUILLOTINES
 


Dossier
harmonica(s)











Étonnamment, l’harmonica est né en Allemagne, pur produit de l’artisanat de montagne tel qu’on le pratiquait dans la Forêt Noire vers la moitié du 19ème siècle. Franc succès d’exportation vers le nouveau continent, l’harmonica tient dans la poche du voyageur de l’Ouest, côte à côte avec son Colt ! L’harmonica se vendait bien en de temps-là, presqu’autant que le 6 coups ! Les musiciens de blues en tireront des sonorités initialement insoupçonnées, passant d’un trivial pocket-harmo à la plainte nocturne d’un Mississippi saxophone…  

Sonny Boy, Little Walter et les grands
Sonny Boy Williamson I, le joueur d’harmonica le plus important d’avant-guerre, a été l’un des premiers à donner une vraie valeur d’instrument soliste à cette modeste distraction de poche et de bouche. Malheureusement son assassinat précoce en 1948, au retour d’une baraque à gin de Chicago, l’a empêché de continuer plus avant l’exploration de l’inédit.

Un éventail de nouvelles directions excitantes a ensuite été ouvert par Little Walter. Le Louisianais enregistre à l’âge de 17 ans à Chicago. Il n’a alors pas d’autres influences que lui-même. Son jeune talent surpasse déjà tout en matière d’harmonica. En 1948 il a 18 ans. Il entre dans le groupe du trentenaire Muddy Waters. Son jeu personnel et instinctif complète parfaitement les lignes vocales de Muddy. Little Walter était capable de faire sonner son harmo à la manière d’un sax ténor. Il aura été le premier à avoir l’idée de tenir un microphone devant l’harmonica pour amplifier le son, le premier musicien aussi à avoir utilisé une distorsion électronique.
Little Walter quitte le groupe de Muddy Waters en 1952 pour aller jouer sous son propre nom avec les guitaristes David et Louis Myers et le batteur Fred Below. Bien après qu’il eut quitté le groupe de Muddy, Leonard Chess continuait à imposer la participation de Little Walter aux enregistrements 50’s. Pourquoi suspendre cette combinaison imbattable ? A la queue de l’une de ces sessions, Little Walter tient son hit ‘Juke’ qui le propulse perfomer de premier ordre. Le roi de l’harmonica blues, beaucoup le considèrent comme tel, a défini le style, le son et la place de cet instrument au sein du Chicago blues.

blues harmonica

Les harmonicistes les plus talentueux viendront successivement combler le départ de Little Walter dans le groupe de Muddy Waters : Junior Wells (tout de suite après), James Cotton (deux ans plus tard), et par la suite, Paul Oscher, Carey Bell, Big Walter Horton, George Smith, etc.
James Cotton, initié par Sonny Boy Williamson lui-même, restera avec Muddy une douzaine d’années. Il aura soufflé sur des morceaux d’anthologie tels ‘She’s Nineteen Years Old’, ‘Close To You’, ‘Got My Mojo Working’, au Newport Jazz Festival.

Pour sûr, Muddy Waters a été une influence déterminante pour les Rolling Stones. On pourrait s’avancer à dire que Mick Jagger a beaucoup appris de Little Walter. Pour Keith Richards « Le Mick Jagger qui joue de l’harmonica, c’est lui le vrai Mick Jagger. Pur et sans mélange ». N’est-ce pas en prenant à son actif des parties d’harmonica que Mick Jagger a pu devancer Brian Jones dans le cœur des groupies ?
Autre joueur d’harmonica des années 60, Bob Dylan, dans un jeu en accords folk plublues harmonicatôt qu’en notes détachées et bends bluesy. Les mauvaises langues se plaisent à dire : « Je respecte Dylan en tant que songwriter et performer, mais en tant que joueur d’harmonica, je crois que mon gamin de quatre ans fait mieux ! ». On peut penser ce qu’on veut de son style rudimentaire, instable et maladroit, mais force est de reconnaître qu’il est aussi expressif et personnel.
Finissons ces lignes sur le disque collectif Harp Attack !, paru sur Alligator en 1990, soufflante réunion de quatre fameux harmonicistes : Junior Wells, James Cotton, Carey Bell et leur cadet Billy Branch. Il y a entre un banal ‘Mary Has A Lamb’ et les performances de Harp Attack ! autant de différences qu’entre l’aimable partie de ping-pong familiale et le championnat Coréen…

Les modèles diatoniques les plus populaires
De ces instruments basés sur le principe de l’anche libre, on se limitera ici aux modèles diatoniques basiques, les plus utilisés pour le blues. Leurs prix tournent autour de 25 € (plus ou moins). Il existe des modèles de luxe à des prix moins démocratiques. Si la plupart des grands harmonicistes passés et présents se sont débrouillés avec ces modèles simples, alors nous aussi, les petits, on devrait pouvoir en faire autant. D’autant plus qu’un harmo, ça fait rarement de vieux os. Joue et prie pour qu’il ne casse pas ! Les lames se déréglant facilement, c’est gonflant d’être contraint d’éviter une note dans la progression parce que cette chipie est partie en vrille ! Lorsqu’on joue en groupe ou avec une guitare, un harmo est nécessaire pour chaque tonalité. L’harmo se joue en général quatre tons au-dessus du groupe. Souffle avec un harmo en FA s’ils jouent en DO, prends un harmo en      SI s’ils sont en FA, etc. Chacun des principaux modèles présente à mon avis ses qualités et ses défauts, au niveau timbre, confort de jeu et fiabilité.

The one and only Marine Band!
C’est l’harmonica étalon. Toutes les comparaisons ne se jugent que par rapport à lui. Ce modèle plébiscité par tous les bluesmblues harmonicaen demeure inchangé depuis sa création… en 1896. La sonorité originelle de l’harmonica, organique et rustique, c’est celle-là. Les amateurs de Marine Band vous le diront : «  Seul un Marine Band sonne comme un Marine Band ! ».
Maintenant il faut bien avouer que tout Marine Band qu’il est, il reste sacrément bourré de défauts.  D’abord il arrache la gueule. Oh, mes pauvres petites lèvres blues ! Les capots sont cloués et se corrodent si on ne les astique pas. Chez les diatoniques Hohner, la tenue de la justesse d’accordage a une fâcheuse tendance à ne pas s’éterniser, aussi les afficionados du Marine Band doivent, soit en changer régulièrement, soit ajuster régulièrement les lames, soit changer les lames pour celles d’un concurrent de Hohner. Pour résumer : le bon vieux satané Marine Band a une kyrielle de défauts, mais par Sonny Boy, quel son ! Here in the true weeping sound !

Sympathique Special 20
Le Marine Band  n’est pas le plus facile pour un novice qui deviendra vite rouge (le novice) en forçant pour altérer les notes aspirées. Certains trouvent le truc en une minute, d’autres en quelques semaines, d’autres prennent des mois (comme pour le bulles de chewing gum, c’est pas juste, mais c’est comme ça !). S’il est vrai qu’il faut savoir souffrir pour être belle, on conseillera plutôt au débutant courageux mais pas téméraire, soit un Hohner Special 20 soit un Lee Oskar. Ce spécial 20 fait de plastique n’est certes pas aussi beau qu’un M arine Band, mais les altérations sont plus faciles et le son est super. Le principal reproche qu’on peut lui faire : ses lamelles fines font de lui un harmonica encore moins résistant que les autres (Grrr !). Les deux plaques ne débordant pas du sommier, on ne se détruit pas les lèvres et le confort de jeu est bien meilleur qu’avec tout harmo équipé de plaques MS.

La fiabilité Lee Oskar
Le Lee Oskar est très agréable, très facile à jouer, très bon pour commencer, avec une excellente tenue de l’accord. Les lames très minces facilitent les altérations. Au niveau finition, justesse, fiabilité, solidité, il est indéniablement très supérieur au Marine Band. Différents modèles sont conçus avec des accordages spéciaux particulièrement utiles : Natural Minor, Harmonic Minor, Melody Maker. Malheureusement l’importateur français se fait tirer les oreilles pour rendre disponible l’ensemble de ces machines. Si vous trouvez un Melody Maker en MI vous aurez de la chance. Un autre atout de taille : le remplacement des lamelles (lorsque dérèglement il y a) n’est pas ici un problème.blues harmonica Les Lee Oskar ont des capots fermés, ce qui donne un meilleur équilibre graves-aigus lorsqu’on joue amplifié et ils sont bien étanches pour permettre un jeu acoustique puissant. Bref, c’est une machine bien réglée et sans défaut. Justement ! Son absence de défaut constitue pour certains… un défaut de taille ! Le timbre est en effet un peu métallique (l’accordage à 442 Hz qui ajoute de la brillance en est peut-être la raison). Florilège d’amabilités de la part des détracteurs : «  aseptisé », «  même pas un son qui déborde, ça en devient triste ! », «  si c’était une femme, ce serait une épouse parfaite ». Le Lee Oskar ne fait pas dans le son à pleurer du Marine Band. Il sonne beaucoup moins deep down blues et beaucoup moins country folk. D’un autre côté, sa brillance peut se révéler être un avantage dans l’interprétation de styles variés, celtique, rock ou autres. Voilà pour ces turbulentes machines! Good luck and blow, wind blow!

Martin Drevet