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Dossier
GREEN BULLET


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Icône des micros, identifiable entre mille avec son aspect rétro, le Green Bullet donne un son incomparable et suscite un engouement particulier de la part des harmonicistes de génération en génération grâce à ses modulations typiques.

L’homme à l’origine
Sidney N. Shure a fréquenté l'Austin High School de Chicago et obtenu une licence en géographie. Mais comme beaucoup de jeunes de son époque, il a développé à un grand intérêt pour le domaine émergent de la radio amateur ayant obtenu sa première licence officielle pour pratiquer son loisir à l'âge de 11 ans. Après ses études, en 1923 il se fait embaucher dans une usine de radio, puis devient vendeur chez un grossiste.

Son intérêt dans ce secteur ne faiblissant pas, il a tout juste 23 ans quand il fonde la société Shure Inc. le 25 avril 1925 et s’installe au 19 South Wells street à Chicago. En 1926 il diffuse son premier catalogue de vente par correspondance. Rejoint par son frère Samuel en 1928, l’entreprise devient la Shure Brothers Company et déménage dans des locaux plus grands au 335 West Madison street. Jusqu’en 1931 la firme distribue des pièces de radios puis elle se met à fabriquer des microphones. En 1932 sort le Shure Two-Button Carbon Microphone, un produit compact, durable, léger, polyvalent et fiable. Sa caractéristique la plus marquante est sans aucun doute son prix. Il coûte environ 30 $ à une époque où d'autres microphones, principalement importés d'Allemagne, coûtent plusieurs centaines de dollars. En 1935, Shure propose des microphones à cristal. Le premier type de forme oblongue apparaît en 1939, il s'agit d'un modèle appelé Streamliner.

La Seconde guerre mondiale éclate, des microphones sont nécessaires dans les navires, les chars, les avions et l'infanterie. A partir de 1941, le ministère de la Guerre passe un contrat avec Shure qui développe une gamme de modèles pour l'armée. L’entreprise passe à la conception magnétique contrôlée, plus robuste, car plus fiable sur le champ de bataille. En 1942 Shure devient le fournisseur agréé pour les micros et les casques des Forces Alliées.

Un phare
Le Green Bullet, égalemBLUES GREEN BULLETent connu sous le nom de modèle 520, est présenté au milieu de l'année 1949 par la Shure Brothers Company. C’est le premier micro magnétique contrôlé mis en vente au public. Son design art déco est emprunté au phare d'une Oldsmobile de 1935 achetée par Sidney N. Shure durant l'été. Microphone de haute qualité, à prix modéré, il est destiné à être utilisé principalement comme un outil de communication, d'enregistrement et de discours public. Il est populaire auprès des opérateurs de radio amateur ainsi qu’auprès de la police, des pompiers et des militaires. Le micro tout d’abord conçu pour un bon rapport à la parole, est fabriqué pour résister à des températures extrêmes, et pour être pratiquement à l'abri de l'humidité. Il ne doit pas être affecté par les conditions météorologiques extrêmes et le brouillard salin, ce qui en fait un choix idéal pour les zones côtières.
Mais les ventes de décollent pas et Shure abandonne la production. Cependant un fait inattendu se produit. La société reçoit des lettres de joueurs d'harmonica déçus et se plaignant. Cette réaction qui est une grande surprise pour le fabricant, entraîne la reprise de la production du microphone.

Micro blues
Pourquoi le Green Bullet est-il fait pour l'harmonica blues ? Certains racontent que c'est Little Walter qui a commencé à utiliser le Green Bullet avec son harmonica à la fin des années 1940 pour sa bonne prise en mains et de la tonalité qui se rapproche de celle du saxophone. Il a une sonorité percutante dans les moyennes fréquences qui peuvent être entendues même par-dessus une guitare électrique. Les amplificateurs à lampes suralimentés produisent de la distorsion à des volumes plus élevés, ajoutant un ingrédient essentiel au son de Little Walter. Selon le journaliste musical Bill Dahl qui a beaucoup écrit sur le blues : « Little Walter a le mérite d'avoir amené, l'humble ‘mouth organ’ dans des directions amplifiées éblouissantes qui étaient inimaginables avant son ascension ».

D’autres harmonicistes comme Snooky Pryor ou James Cotton, Sonny Boy Williamson ou Junior Wells font de même et le Green Bullet devient indissociable de la résonance du Chicago blues. Et quand les ingénieurs de Shure prennent conscience de cet état de fait, ils commencent à l’affiner et améliorent la conception d’origine pour répondre aux attentes spécifiques des joueurs d’harmonica.

Quelques années plus tard Sugar Blue qui transcende les limites de l’harmonica et qui est un adepte de l’objet confie : « J'ai commencé à utiliser le Green Bullet lorsque Big Walter Horton est venu à New York et qu'il avait ce gros microphone vert dans les mains. Un harmoniciste plus averti que moi m’a dit : ‘C'est un Green Bullet, mec !’ ».
BLUES GREEN BULLET

Outre que la forme du micro s'adapte parfaitement à la main en coupe de l'harmoniciste, une autre raison de la popularité du Green Bullet est que son signal à haute impédance alimente un amplificateur de guitare et que le micro produit une distorsion agréable lorsqu'il est utilisé si près des anches de l'harmonica. De plus, dans les années 1950, le Green Bullet est quatre fois moins cher que le modèle Unidyne de Shure, ce qui le rend abordable pour les musiciens.

De plus, le Green Bullet doté d'un bouton contrôle de volume intégré permet de baisser et d'augmenter la puissance de sortie par le musicien. Ce bouton, très résistant, réagit instantanément aux modifications, comme pour une guitare ou un ampli, ce qui aide à garder le contrôle.

En 1950 le Green Bullet est proposé avec un pied et une poignée intégrée « squeeze to talk », connu sous le nom de 520SL. Le 520 sans pied est également disponible en 1952 sous la forme d'un appareil à impédance moyenne appelé 520B. Au début de cette décennie l’entreprise toujours à la pointe de l’innovation propose le premier micro sans fil baptisé Vagabond 88. Alimenté par deux batteries il émet dans un rayon de 60m². En 1956 le siège quitte le centre de Chicago pour Evanston dans la banlieue nord de la Windy city. En 1961 Shure introduit également un micro à impédance moyenne, le 520SLB, destiné à être utilisé lorsqu'un long câble est nécessaire entre l'émetteur et le micro.

Impédance
L'impédance est une mesure de la résistance d’un circuit électrique au courant alternatif qui le traverse lorsque certaines tensions lui sont appliquées et est mesurée à certaines fréquences. Cette résistance est exprimée en Ohms, il s'agit de la résistance en courant continu de la bobine du micro, ou dans le cas du Shure 520 Green Bullet, de la résistance en courant continu de l'enroulement du transformateur intégré. Le circuit électrique d’une enceinte et son haut-parleur présentent ainsi une impédance au signal audio en provenance de l’amplificateur.

Modèles à éléments multiples
Ces modèles sont tous construits de la même façon, avec les mêmes matériaux, bien qu'ils soient utilisés dans de nombreux types de micros différents, y compris des exemplaires fabriqués pour d'autres sociétés telles que RCA, Wilcox Gay, Bell & Howell, General Electric, Revere et Telectro, pour n’en citer que quelques-unes. La majorité des micros fabriqués pour d'autres entreprises sont destinés aux magnétophones à bobine, aux consoles dotées de capacités d'enregistrement et aux applications radio mobiles ou de station de base. Les micros portent de nombreux numéros de fabrication différents, bien trop nombreux pour être énumérés. Les modèles Shure livrés avec un support de bureau et un interrupteur PTT sont connus sous le nom de « Dispatcher » (520SL et 520SLB).

La Coque
Le Green Bullet est fabriqué en zinc moulé sous pression, avec un corps peint en vert et une grille nickelée brossée ou satinée. Les tout premiers modèles sont dépourvus d'étiquette d'identification, mais très peu sont produits. L'élément est monté dans un joint en caoutchouc assurant une étanchéité à l'air autour de l'enveloppe et de l'élément lui-même, dans lequel est collé un anneau métallique de protection. Shure fabrique également quelques types différents de micros à main en utilisant ces mêmes éléments, mais en appliquant une manière différente au montage.
À partir de la fin de 1949, Shure commence à apposer une étiquette en métal sur la coque, fixée par deux petites broches. Ces toutes premières plaques d’identification ont un lettrage en relief en argent, et le fond peint de la même nuance de vert que les coques. Ce type de matricule apparaît sur les modèles datant de 1950.

Toujours d’actualité, le 520DX équipé d'un bouton de volumeBLUES GREEN BULLET à la base permet aux utilisateurs d'effectuer des ajustements en fonction de leurs besoins au cours d'une prestation live. Grâce à son câble de connexion fixe avec fiche standard 1/4", le microphone peut être connecté à un appareil à haute impédance. Le Shure 520DX est avant tout utilisé pour l'harmonica, mais il peut également être utilisé pour les amplis de guitare, le chant Lo-Fi adoptant des méthodes d’enregistrement primitives pour produire un son « sale », dans le but d’ajouter un certain cachet vintage qu’on retrouve dans les enregistrements de garage rock. Une touche sonore unique qu'aucun autre micro ne peut vraiment offrir.

Succession
Sidney N. Shure décède en 1995 à l’âge de 93 ans. Au 21ème siècle l’entreprise qu’il a fondée est présente sur tous les continents et propose une large gamme de produits numériques, de logiciels de traitement du son et bien sûr des microphones.

Gilles Blampain