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Dossier
FIFE & DRUMS


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BLUES SAVOY BROWN






Le style fife and drums (fifre et tambours) est à la fois dérivé du blues traditionnel, de la musique militaire et des rythmes africains. L’exécution est généralement faite par un joueur de fifre principal et une troupe de percussionnistes.

Sur le champ de bataille
La présence des fifres et des tambours dans les armées remonte loin dans l'histoire. Ils étaient utilisés depuis le 16ème siBLUES fife and drumsècle. Les deux instruments synchronisaient les marches et stimulaient les troupes. Pouvant être entendus à de longues distances ils étaient utilisés pour transmettre des ordres, tels que les orientations, les formations et les haltes. Bon nombre d’armées européennes défilaient au son du fifre et du tambour, à l'exception des régiments écossais qui ont persisté avec leurs cornemuses « terrifiantes » sur les champs de bataille. Ces pratiques ont été transférées dans les colonies américaines, où les Amérindiens et les Afro-Américains ne pouvaient s'engager que comme musiciens ou éclaireurs. Pendant la guerre d'Indépendance, presque toutes les compagnies des deux camps utilisaient le fifre et le tambour. Il était profondément ancré dans la pratique militaire et, pendant la guerre de Sécession, du côté des Confédérés, il est arrivé que des musiciens esclaves remplissent cette fonction. Car à une époque où il était strictement interdit aux esclaves de jouer du tambour par crainte de communications illicites, le fifre et le tambour étaient un moyen acceptable, utilisé même par les armées confédérées pendant la guerre civile.
Pendant l’esclavage, la vie dans les plantations était par moments un espace interculturel d’échange entre Blancs et Noirs. Il est probable qu’il y ait eu des emprunts, des mélanges et des adaptations de styles musicaux et de danse. Mais forts de leurs influences africaines, les musiciens issus de l’esclavage, créèrent une musique nouvelle. Le fife and drums illustre de manière frappante que ce genre de musique spécifiquement américain et africain est né des influences politiques et sociales de ces cultures concurrentes. Tout comme le blues occupe une place importante dans l’histoire de la musique populaire, le fife and drums a une place souvent négligée mais socialement importante dans la culture du blues.

Tradition ancestrale
La tradition afro-américaine du fife and drums est un style de musique antérieur au blues. Cette pratique a hérité des traditions militaires européennes et américaine, de polyrythmies africaines, de l'influence du tama, un tambour en bois en forme de sablier à double membranes, et du système ‘appels et réponses’ omniprésent dans les cultures d'Afrique subsaharienne, dans les rituels religieux, ainsi que dans l'expression musicale vocale et instrumentale. Une tradition qui a perduré en Amérique dans les chants de travail.
Après la guerre civile, le style s'est développé et s’est étendu dans le Sud des Etats-Unis, le Mississippi, la Géorgie, le Tennessee et la Virginie. Contrairement à l’organisation militaire, les musiciens de fife and drums pratiquent de façon plus libre. Un groupe de fife and drums peut avoir un nombre variable de joueurs de caisse claire, de tom et de grosse caisse. Une grosse caisse large de type militaire a souvent la préférence de l’exécutant. Le fifre est souvent élaboré à partir d'un simple morceau de canne à sucre évidé et percé de plusieurs trous. Les spectacles de fife and drums sont souvent organisés lors de réunions, de pique-niques communautaires et de séjours de vacances. Lors de ces réunions festives un seul morceau de musique peut durer plusieurs minutes si les autres personnes présentes s'approprient le rythme et commencent à y contribuer par leurs cris.
Les musiciens sont constamment en mouvement jouant et dansant tout au long du morceau. Une « marche » se transforme souvent en une danse chaloupée, parfois dirigée par une danseuse, et le chant se fait entendre par des cris sporadiques, des huées et des gémissements des différents joueurs. Bien que des spirituals soient parfois joués, les rassemblements de fife and drums ne sont pas de nature religieuse. Cette musique a des qualités d'activités formelles et communautaires qui incorporent la danse ainsi que des styles musicaux variés. Avec des instruments artisanaux modestes et une structure simple, il s'agit d'une musique joyeuse, faite pour danser et partager entre amis et voisins. En ce qui concerne les mélodies, il existe une certaine affinité avec la musique irlandaise ‘penny whistle’ qui provient peut-être des immigrants de la verte Erin ayant apporté leur musique avec eux. Les musiciens jouent des airs populaires, des chansonnettes, et ragtimes et valses ont même été incorporés au répertoire.
BLUES fif and drums
Une trace enregistrée
Adaptation assez particulière de la musique des troupes militaires avec une forte influence africaine, la musique jouée par les groupe de fife and drums est restée pendant longtemps peu connue en dehors du Mississippi.
Pour la Bibliothèque du Congrès, Alan Lomax enregistre pour la première fois le 15 août 1942 près de Sledge, Mississippi, le fife and drums de Sid Hemphill, multi-instrumentiste qui pour l’occasion joue d’un fifre taillé dans une canne à sucre, et du batteur Lucius Smith ainsi que deux autres accompagnateurs pour une caisse claire et une grosse caisse. Les ethnomusicologues George Mitchell et David Evans ont également enregistré des groupes de fife and drums au Mississippi et en Géorgie. A partir des années 1960, les frères Young [Ed (fifre) et Lonnie (caisse claire)], Napoleon Strickland ou Otha Turner font découvrir ce style à un large public dans les festivals de revival folk et de blues.

Sidney Hemphill meurt en 1963 à l’âge de 87 ans, aucune de ses chansons n’a jamais été enregistrées de son vivant à des fins commerciales. Ses deux sessions avec Lomax sont devenues accessibles depuis la sortie de la compilation The Devil’s Dream en 2013. D’autres membres de la famille Hemphill sont également devenus musiciens, notamment sa fille Rosa Lee Hill et sa petite-fille Jessie Mae Hemphill guitariste novatrice. On peut voir une plaque à la mémoire de Sid Hemphill sur la Mississippi Blues Trail à Senatobia.

En 1960 les frères Young s’inspirent du titre gravé en 1930 par Memphis Minnie et Kansas Joe McCoy ‘Can I Do It For You ?’ en le rebaptisant ‘Chevrolet’, cette chanson connaitra un grand succès en 1965 adaptée sous le titre ‘Hey Gyp’ par Donovan, puis en 1971 dans sa version d’origine par Taj Mahal.

Napoleon Strickland qui a travaillé toute sa vie comme métayer n’a enregistré aucun album dans un but commercial, mais on peut l’entendre sur plusieurs compilations du North Mississippi Hill Country Blues. Il s’est produit dans un grand nombre de festivals et, comme Sid Hemphill, Otha Turner et beaucoup d’autres musiciens, il apparaît dans le film documentaire d’Alan Lomax The Land Where The Blues Began sorti en 1979. Il s’est BLUES fife and drumséteint à 81 ans en 2001.

Dans les années 1970 et 1980 avec son Rising Star Fife And Drums Band, Otha Turner commence à se produire en dehors du Mississippi, on le voit à New Orleans au Jazz & Heritage Festival, au Mississippi Delta Blues and Heritage Festival à Greenwood, au Sunflower River Blues and Gospel Festival à Clarksdale, au King Biscuit Blues Festival à Helena et au Chicago Blues Festival. Otha Turner continue de tourner durant la décennie suivante. En 1992 il reçoit le National Heritage Fellowship du National Endowment For The Arts, la plus haute distinction décernée par le gouvernement américain dans le domaine des arts et traditions populaires. Il fait ses débuts sur disque en 1998, à l'âge de 90 ans, avec ‘Everybody Hollerin' Goat’, un enregistrement classé parmi les Essential Blues Albums Of The Decade par le magazine Rolling Stone. Il reçoit également le Smithsonian Lifetime Achievement Award et le Charley Patton Lifetime Achievement Award (récompenses pour le travail d’une vie). Sur la fin de sa vie sa renommée est devenue nationale après son apparition dans des émissions comme Good Morning America sur la chaîne ABC et Morning Edition sur la National Public Radio. Il est mort le 26 février 2003 à l’âge de 95 ans. Son neveu RL Boyce et ses petits-enfants, en particulier Shardé Turner, maintiennent sa musique vivante. En 2009, une plaque à son nom a été installée sur la Mississippi Blues Trail à Como.

Gilles Blampain