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12/20
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Dossier
FENDER TELECASTER


BLUES PIEDMONT BLUES
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Le grand mythe

Engin fascinant, sœur du rock’n’roll, fille de l’amour, la Telecaster est une vieille icône qui fait toujours rêver. A l’heure actuelle le vblues fender telecasterintage est à la mode, les Telecaster se négocient à prix d’or. Le neuf haut de gamme n’est pas en reste : sont proposés des modèles New Old Stock – des rééditions neuves qui ont l’air vieilles – et des modèles Relics – neuves littéralement prépatinées et même prééraflées : pains et traces de brûlures !

Le style Tele
La Telecaster est simple, efficace comme le meilleur rock’n’roll. Ceux qui sont humbles y trouveront leur compte… et leur style. Le joueur de Telecaster doit assumer fièrement sa montagne de qualités et sa montagne de défauts. Elle a, en fait, peu de qualités mais celles-ci sont introuvables ailleurs. Elle est ingrate, ingrate, ingrate. C’est un instrument de musique rudimentaire, si fruste, qu’à la fin il vous terrasse. Ne comptez pas sur un sustain à la Gary Moore. Oubliez le son hendrixien du micro grave de la Stratocaster, bannissez les power chords à la Townshend, les rythmiques « hachoirs » à la Sepultura… sans parler du taping sur la 32ème case. C’est que la Telecaster, c’est un bout de guitare qui tolère peu les maladresses mais qui, surtout, ne pardonne ni les dérobades ni les faux-semblants : elle veut qu’on lui dise ce qu’on a à lui dire franchement, que ce soit avec dureté ou avec douceur. La facilité passe-partout easy listening : exit. Pas de bluff, elle voit clair dans ton jeu.
J’imagine que c’est vers cela que Keith Richards tend lorsqu’il déclame quelque chose comme quoi « les solos c’est de la branlette, ce qui compte c’est la rythmique avec des guitares qui s’entrecroisent savamment :  de la broderie cosmique ». La Telecaster va à l’essentiel, au guitariste de faire le reste.

Un tout petit brin d’histoire
Les historiens se crêpent le chignon sur les dates, nous nous en tiendrons à la version conte de fées. La première solid body, la Broadcater a commencé son histoire un beau jour de 1950. Il y a eu un bref passage… sans nom : Nocaster, à cause d’un téléscopage avec une maque de batterie de Gretsch. Les premières séries à avoir porté le nom de Telecaster apparaissent en 1951, à l’époque des débuts de la télévision ! Au départ, paraît-il, à peu près personne n’en voulait jusqu’à ce que Jimmy Briant, un guitariste country renommé à ce moment passe à la télévisison.

Sa conception marque le sonblues fender telecaster
La lutherie d’origine est considérée comme un modèle inégalé de rudimentarité. Une planche de bois de frêne sur laquelle est fixée une seule pièce d’érable. Un chevalet sommaire avec seulement trois pontets donnant une hauteur inégale des cordes et des notes d’époque légèrement faussées à certains frets. Il n’y avait même pas de cordier puisque c’est le corps de la guitare qui en fait office.  Les cordes traversent la guitare de part en part avec un angle droit entre le plan des cordes et leur fixation : une conception et donc un son aux antipodes de la cithare. Cette curiosité unique en lutherie n’est pas un détail sans importance : elle crée une tension à flux tendu où les vibrations courent à toute vibure le long des cordes pour attraper l’électricité. Ce procédé de « conduction par le chevalet » donne au son de la Telecaster toute sa dynamique, le son sec et claquant. Cela creuse sa différence avec les autres guitares, notamment sa sœur Stratocaster avec qui elle partage pourtant des points communs de fabrication (fixation du manche, diapason, etc.). Sur une bonne Telecaster, une corde jouée à vide doit physiquement vous donner l’impression de sentir le son cavaler sous les doigts, à l’intérieur du manche, vers le chevalet métallique avant de véritablement gémir dans le micro. Des types comme Keith Richards ont parfaitement pigé l’opportunité des cordes à vide et les accords ouverts.

Pour l’électricité, on trouve juste deux micros simple bobinage (forcément à l’époque) aux sonorités antinomiques montés avec un sélecteur trois-positions : micro grave (manche), micro aigu (chevalet) et position intermédiaire. L’identité de la Telecaster vient de sa configuration de micros. Une bonne Tele a un micro grave expressif mais très doux. C’est l’idéal pour les ballades, les blues jazzy ou les rythmiques soft. Le micro aigu doit être tout le contraire. Ultra agressif, ultra aigu. C’est un son nerveux, maigre, qui vrille les tympans tout en conservant une épaisseur et un relief qui lui permettent de sonner agréablement. La position intermédiaire mélange des sonorités opposées et autorise les rythmiques crunch recherchées pour le rock classique ou le rock d’aujourd’hui. En poussant légèrement l’ampli et en limitant le potar : en jouant doucement on a des notes harmonieuses, tandis qu’en envoyant un signal fort on peut faire des accords crunch.

De l’acier monté sur une tranche de bois
On ne peut pas dire qu’en plus de 50 ans la Telecaster ait tellement évolué. Le principe central de conduction par le chevalet est resté le même. A l’heure actuelle, Fender ne peut pas se permettre d’évoluer : on est passé dans l’ère de la reproduction du modèle vintage. Les rééditions reprennent point par point les caractéristiques des glorieux modèles. Pour les modèles plus modernes il y a eu en quelque sorte variation sur le même thème.

Une guitare, a fortiori celle-là, c’est du bois et de l’acier. Qu’est-ce qui peut faire la différence entre une bonne et une très bonne Telecaster ? Côté mécaniques, on peut facilement changer les micros, opter pour des simples plus puissants, mettre des doubles à la manière de Keith Richards ou Albert Collins. La seule hérésie consiste à mettre un double en aigu puisque c’est ce micro, enserré dans sa plaque qui délivre le son particulier de la Telecatser.

Se pose principalement l’épineux problème du bois. La Tele d’origine, au début des années 1950, est en frêne avec des tonalités chaudBLUES fender telecasteres et dynamiques (le fameux ‘swamp ash’, frêne des marais). D’autres sont sorties avec des bois différents de l’essence originelle : aulne, acajou, érable, palissandre (rosewood), popularisé par George Harrison. La Thinline (1968) une Tele au corps creux comme une ouïe en f. Le manche de la Tele est en érable. Est apparu en suite un manche à touche palissandre plus moelleux et filtrant. Le vernis d’époque est nitrocellulosique peu résistant mais ses propriétés vibratoires laissent respirer le bois. Des vernis modernes polyester ont été ensuite utilisés, plus résistants, moins oxydables.

Le luthier nous dira en appliquant les théories de l’acoustique à l’électrique, que la qualité et la sonorité de l’instrument dépendent d’abord de la nature et de la qualité du bois : le frêne de la Telecaster est une essence plus noble que le peuplier couramment employé dans les versions mexicaines. De nombreux paramètres entrent en jeu comme le sens de la coupe, le stockage du bois, le mode et la durée de séchage qui élimine la sève et les nutriments. A l’ère industrielle les bois sont-ils encore quelques fois séchés naturellement ? Et cela dépend bien sûr de l’œil du luthier ! Mais l’enjeu étant de reproduire à l’identique les glorieux modèles passés, l’œil du luthier a peut-être moins d’importance. Dans les années50 les bois étaient immergés dans l’eau, le procédé ne sera plus possible par la suite. Le bois doit vieillir un peu ou beaucoup pour que la guitare se débride et que le son prenne son ampleur. Une guitare neuve sonnera forcément vert et jeune. Il faudra la jouer quelques temps, que la guitare se fasse et que disparaisse l’acide du micro aigu. On prête aujourd’hui certainement plus de subtilité aux guitares électriques que dans les années 1950. Toutes ces idées sur la mémoire du bois sont éminemment subjectives : « Je ne crois pas aux esprits, tu me connais mais… cette guitare… elle est habitée ! ». « Une guitare qui serait restés 20 ans au placard ou qui aurait été mal jouée ne voudra plus sonner ».

Au catalogue Fender d’hier et d’aujourd’hui 10.000 références. Des instruments convenables avec des mécaniques impeccables. Un amateur de blues se tournera peut-être vers une réédition 50 (la 52 par exemple), il préférera peut-être une touche d’érable plutôt qu’en palissandre, privilégiera peut-être un instrument d’occasion à des séries modernes qui peuvent paraître parfois neutres et policées. Encore que ? A partir d’une certaine qualité chaque guitare est différente, et surtout… le choix est infiniment personnel et subjectif.

Martin Drevet