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Dossier
EXCELLO RECORDS


blues national guitars
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Deux hommes, Young et Miller, ont écrit une page de l’histoire du blues sudiste en inscrivant de nombreuses pépites musicales au catalogue du label.
 

Tout commence avec Ernie's Record Parade, un programme de blues diffusé sur la station de Nashville WLAC. Ernie's Record Mart, l’entreprise de vente de disques par correspondance dirigée par Ernie Young, sponsor de l’émission, est le cœur de ces diffusions de rhythm’n’blues commencées à la fin des années 1940 dans une ville plus connue pour la musique country. Le présentateur John Richbourg connu simplement comme Johnblues excello records R annonce: « Maintenant, ce disque spécial, le spécial Big Blues d'Ernie's Record Mart n'est qu’à de deux dollars quatre-vingt-dix-huit plus l'expédition et la manutention pour un total de seulement trois dollars quatre-vingt-dix-neuf chez Ernie's Record Mart 179 3rd Avenue Nashville, Tennessee. Lorsque vous commandez demandez le Big Blues spécial, maintenant, appréciez ce titre... » et il envoie la chanson.
En  1952 Ernie Young crée Excello, c’est une filiale de Nashboro records, maison  de disque spécialisée dans le gospel. Le premier succès d'Excello vient rapidement en novembre 1953 avec ‘Banana Split’ par Kid King's Combo. Excello est le premier label de blues établi à Nashville, cependant sa contribution au rock and roll se révèle importante en 1954 avec la chanson ‘Baby, Let's Play House’ d'Arthur Gunter qui atteint la 12ème place dans les charts r’n’b. ‘Baby, Let's Play House’ est reprise par Elvis Presley un an plus tard sur Sun dans l'une de ses plus belles interprétations.
En Louisiane, dans la ville de Crowley, Jay Miller exploite un petit studio et un label, Feature. En ce début des années cinquante Miller enregistre des musiques cajun et country avec un succès modéré mais quand il entend Lightnin’ Slim sur la station WXOK de Baton Rouge il a un déclic et, avec l'aide du disc-jockey Diggy-Doo, il prend contact avec le musicien et le fait venir dans son studio. Au printemps 1954 Miller envoie à Ernie's Record Mart et Randy's Record Shop quelques copies du titre ‘Bad Luck’ enregistré à Lightnin’ Slim.

A Nashville, sur les conseils d’Ernie Young ‘Bad Luck’ est diffusé sur les ondes de WLAC. Les auditeurs appellent pour avoir les références du disque. Les disquaires commandent 500 copies à la fois mais Miller ne peut pas suivre. Sans moyen de répondre à la demande il décide de se rendre dans la capitale du Tennessee pour passer une convention avec les distributeurs. En 1955 Miller rencontre donc Ernie Young ; ils signent un accord qui les lie pour les enregistrements faits à Crowley. Excello assure l’impression et la distribution. Les premiers singles d'Excello se vendent très bien dans le Sud, et le studio de Miller devient rapidement le berceau du swamp blues. Jay Miller se positionne comme le principal producteur de studio à l’origine de cette aventure musicale. En 1955-56 le label remporte d’autres succès avec The Marigolds, Larry Birdsong ou le saxophoniste Louis Brooks et ses Hi-Toppers parmi lesquels on trouve Earl Gaines avant qu’il ne démarre une carrière en solo.
Miller inscrit un grand succès dans les classements r’n’b avec l'instrumental ‘Congo Mambo’ de Guitar Gable en 1956, suivi de près par ‘Irene’ un titre swamp-pop, interprété par le chanteur de Gable, King Karl. Durant les trois années suivantes, Guitar Gable et King Karl sortent régulièrement des singles sur le label Excello. Excello publie une série de chanteurs de blues d’une importance majeure en tête desquels Slim Harpo, Lightnin’ Slim, Silas Hogan, Lazy Lester, Lonesome Sundown. Son catalogue enregistre aussi les noms de Lonnie Brooks, Roscoe Shelton, Marion James, Carol Fran, Tabby Thomas… Le label publie aussi des groupes de qualité comme en 1957, The Gladiolas, avec le chanteur Maurice Williams, qui enregistre la chanson ‘Little Darlin’ dans un arrangement assez enlevé qui se place n° 11 dans les charts rhythm’n’blues. Le titre repris avec un léger changement dans les paroles et un penchant vers la parodie par le quatuor canadien The Diamonds sur le label Mercury trouve une belle place dans le classement pop. Au fil des ans Excello engrange quelques hits comme ‘I'm A King Bee’, ‘I Got Love If You Want It’ par Slim Harpo et ‘Lonely Lonely Me’, ‘I'm A Mojo Man’ par Lonesome Sundown en 1957, ‘Rooster Blues’ et ‘G.I Slim’ par Lightnin 'Slim en 1959, ‘Rainin' In My Heart’ et ‘Don't Start Cryin' Now’ par Slim Harpo en 1961… En janvier 1966, paraît 'Baby Scratch My Back', avec cette chanson Slim Harpo reste numéro 1 dans les classements r’n’b pendant deux semaines.
blues excello records
À la fin de 1966, Ernie Young a 73 ans, il vend Excello à Crescent Company pour 250 000 dollars et se retire. Les nouveaux propriétaires construisent un nouveau studio et des bureaux sur Woodlawn Avenue à Nashville, mais le charme disparaît. Le logo bleu marine et orange change pour devenir rose, bleu turquoise et blanc. Bien que des titres de Slim Harpo comme ‘Tip On In’ et ‘Te-Ni-Nee-Ni-Nu’ se vendent assez bien en 1967 et 68, les derniers enregistrements ne captent pas le marché louisianais. Les nouveaux venus se passent des services de J.D. Miller et commencent à produire eux-mêmes. Excello diffuse alors une soul music de qualité et glane quelques hits mineurs. Little Sonny, Kip Anderson, Marva Whitney, Bobby Powell et Tiny Watkins ou The Kelly Brothers sont les artistes les plus importants du label à cette période.
Au début des années 1970 Excello ressort une grande partie de son catalogue swamp blues et assure de nouvelles productions en collaboration avec Mike Vernon du label anglais Blue Horizon, mais la direction de l’entreprise mise plus sur Nashboro et le secteur du gospel. En France l’Académie du Jazz décerne le prix Big Bill Broonzy du meilleur disque de blues traditionnel pour l’année 1970 à Slim Harpo, pour l’album Baby Scratch My Back. Mais lorsque WLAC passe au format Top 40 qui impacte fortement les ventes c’est le coup de grâce pour Excello. Le label publie son dernier titre en 1975.   
Les enregistrements Excello ont été réédités à différentes reprises. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, Rhino a publié plusieurs compilations des matrices du label de Nashville. Au début des années 1990, ces matrices ont été vendues à AVI Entertainment dont le patron Rob Santos a demandé au producteur Tom Moulton de redimensionner et mettre à niveau pratiquement tout le catalogue Excello, de sorte que beaucoup de rééditions de CD de 1993 à 1996 sont parues avec une excellente qualité sonore. En effet, peu d’enregistrements Excello ont été faits en stéréo à l’époque. Seules quelques éditions de la fin des années 60, notamment l'album Tip On In  de Slim Harpo, sont en vraie stéréo. Pour les premiers LP réinitialisés en format stéréo la publication indique ‘LPS’, d'autresblues excello records enregistrements ont été réédités simplement en mono, leur format d’origine.
En 1997, Hip-O, un label associé à MCA reprend AVI Entertainment. Au Royaume-Uni Ace records a également ressorti plus d’une trentaine de CDs de la grande période.
Outre son flair pour dénicher les talents, Jay Miller a fait un travail de production inestimable et la liste des artistes passés dans son studio entre le début des années 1950 et les années 1970 est assez impressionnante: Crown Prince Waterford, Rudy Green, Ted Jarrett, Jerry  McCain, Good Rockin' Sam, Johnny Angel, Guitar Red, Vince Monroe, Rudy Green, Lillian Offitt, Jay Nelson, Al Ferrier, Little Al, Classie Ballou, Cliff Butler & Eddie Hudson, Leroy Washington, Roshell Anderson, Joe Mayfield et plusieurs dizaines d’autres encore… Certains n’ont rayonné qu’en Louisiane, d’autres sont mondialement connus. 

Ernest Lafayette Young meurt à Nashville (Tennessee) le 8 juin 1977 à l’âge de 85 ans. J.D. Jay Miller décède à Lafayette (Louisiane) le 23 mars 1996 lors d’une opération du cœur, il avait 73 ans.

Gilles Blampain