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Dossier
ERIC TER


 


« J’ai toujours roulé ma bosse comme frontman, bien que je sois d’un naturel peu expansif. J’imprime surtout de la bande magnétique chez moi »
. Éric Ter-Sarkissian, selon le nom imprimé sur son passeport, est un homme d’ordre et de goût, pas ramenard, dandy modeste et plutôt monacal. Il a sorti deux albums excellents, presque simultanément, chez Chic Parisien : Play It Up et Voisine.

En 1976, l’année du premier album Charly, quand il se faisait appeler Sirkel, Ter avait ramassé Mick Taylor qui léchait ses plaies. « Il a joué sur quatre titres de l’album Sirkel & Co. En 1995, je reçois des droits d’auteur anormalement élevés. Code : GéRo. J’appelle la Sacem. Elle m’informe que GéRo signifie ‘Génies du Rock’, la série des éditions Atlas. Sirkel & Co avait été retitré Mick Taylor. Si j’avais eu les moyens de me payer un bon avocat... »

blues eric ter1979. Ter coupe le contact de sa Cadillac Coupe de Ville à Los Angeles. Il y fait producteur, ingénieur du son, musicien. « En 94 trois rappeurs sortent un flingue, pillent mon studio, repartent avec ma voiture… Plus une déconvenue sentimentale et un bon gros tremblement de terre. C’était vraiment le moment de regagner Paris, ma ville natale ».

Son rock a évolué au fil des albums vers un funk velvétien, Tulsa sound et Lou Reed secoués par Bootsie Collins. Il joue à la pulpe, guitariste fin et personnel, et se confie mezza voce plus qu’il ne chante. Sa voix s’est arrondie, plus profonde, presque tendre. L’homme s’est toujours un peu méfié des mélodies. « Je suis plutôt rythmique, je joue funky et bluesy d’instinct. Au fil des ans, j’ai fini par combiner picking et funk-rock. Il m’est arrivé de composer des chansons très mélodiques mais, d’abord, c’est du groove ».

Après la pause acoustique de 2011 (Nu-Turn) et un retour au groove en 2013 (Soundscape Road), Ter se retire dans le Cher. On n’en entend plus parler. « Je sais, ce n’est pas en m’isolant qu’on viendra me chercher et qu’on me proposera une affiche dans une grande salle, mais je n’ai pas la patience de démarcher. Je fais des disques dans mon coin. Tant mieux si une reconnaissance m’arrive en diagonale, mais je ne perds plus mon temps à courir après. » A ce moment-là, Ter en est à six albums sous divers labels, et dix albums enregistrés pour le tiroir. Il a surgi sans crier gare au beau milieu du printemps, avec deux albums à un mois d’intervalle chez Chic Parisien : Play It Up et Voisine. Ter y exerce sa dévotion pour un velours funky, charnu, mais intérieur et exigeant. Chic Parisien, qu’es acquò ? « J’ai connu Denis Thomas par Daniel Cambier, mon pote bassiste. Denis venait de créer ce petit label courageux. On a donné un concert en juin avec Au Bonheur des Dames, au Café de la Danse, pour lancer la maison. » Deux albums coup sur coup ? « En faisant les mixes de Play It Up, je suis tombé sur des titres en français que j’avais enregistrés ces dernières années. Denis les a écoutés et m’a proposé d’en faire un album dans la foulée. Je suis content d’avoir pu sauver tout ça de la poussière. J’ai juste un peu regonflé certains titres, doublé quelques voix et j’ai remastérisé. J’espère que des chansons comme ‘Voisine’ et ‘Mauvaise Mine’ vont intéresser les programmateurs. » Un distributeur ? « Les deux albums sont sur toutes les plateformes, Deezer, Spotify, Apple, i-Tune… et disponibles en ‘matière’ sur mon site, chez Chic Parisien, chez Parallèles à Paris, et autres disquaires. »

Ces albums ne seront même pas disques de laiton, Ter ne fera rien pour eux. Si on parvient à les dénicher, ils finissent très vite par border votre chevet. Autre chose ? « Je supporte mal d’entendre des éléments de vocabulaire blues sans sentir s’exprimer, derrière, une véritable personnalité. Pareil pour le rock. On a un vieux problème ici avec la chanson française. Ce mythe empêche les couleurs du blues et du rock d’exister sainement. ».

Christian Casoni – octobre 2018