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04/21
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Dossier
DETROIT


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BLUES DETROIT

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De John Lee Hooker à Jack White, du MC5 aux Stooges, de la Tamla à la techno, d'Aretha à Madonna, d'Alice Cooper à Eminem... peu de villes peuvent se targuer d'avoir abrité autant d'artistes majeurs, couvrant un spectre aussi étendu. En fait la scène est si riche et variée qu'on ne peut en dégager une seule ligne directrice, même si les parallèles sont nombreux. Clairement, à Detroit, la Motor City, la Motown, la Music City, seul le folk est sous représenté. Petit tour d'horizon au moment où un certain Vincent Furnier effectue un retour en force, et replace la ville au centre du débat.

« Il y a beaucoup de groupes à Manchester qui sont complètement nuls, sans aucun intérêt, et pourtant la presse musicale anglaise eblues detroitssaye de faire croire que Manchester est cet endroit merveilleux ou tout le monde a un cerveau hors du commun, mais j'ai vu énormément de groupes là-bas qui sont juste à chier. On peut dire la même chose de n'importe quel bled. Cette obsession à vouloir créer une géographie n'a aucun sens ». C'est Antoine de Caunes qui cite là Morrissey dans son Dictionnaire Amoureux Du Rock.
Et il faut bien reconnaître que l'ex leader des Smiths, s'il avait déjà la dent dure, n'a pas toujours dit que des conneries fétides. Manchester avait les Buzzcocks, Joy Division, Smiths, Happy Mondays, Stone Roses, Oasis...  Que l'on pouvait au minimum classer par mouvements : punk, post punk, Madchester movement, brit pop... A Detroit, ça part un peu dans tous les sens, et bien sûr on y rencontre aussi de mauvais groupes, mais une chose est certaine : chacun des artistes/groupes cités ici est intimement lié à cette ville, qui seule pouvait engendrer de tels enfants hors du commun, même s'ils sont quelquefois adoptifs.

Fondée en 1701 par un français, Detroit deviendra vite la ville la plus importante du Michigan, même si elle n'en est pas la capitale (qui est Lansing, au fait). Ce n'est qu'à partir de 1830 qu’elle prospère autour du transport lacustre, des chantiers navals et des industries manufacturières avant de devenir, au siècle dernier, la capitale mondiale de l'automobile. Les trois grandes firmes américaines (Ford, General Motors, Chrysler) y sont implantées. Et c’est surtout cette industrie qui va permettre le développement de la cité, grâce à l'arrivée des européens et la migration des populations blanches et noires du Sud des États-Unis, qui viennent y chercher du travail. En 1930, Détroit est ainsi devenue la quatrième ville du pays. En 1950, la population atteint son maximum, avant déjà d'entamer un long déclin.

C'est en 1943 que John Lee Hooker, originaire comme B.B. King des champs de coton du nord du Mississippi, décide de monter à Detroit. Il déniche un travail de concierge chez Chrysler. Parallèlement, il commence à se produire dans les clubs et bars de la région. C'est pour couvrir les bavardages des consommateurs qu'il électrifie sa musique, et va attirer suffisamment l'attention pour se voir proposer un contrat. Il raconte avec humour sa rencontre avec les frères Bihari, dans l'indispensable bouquin de Lawrence Cohn, Nothing But The Blues : « Alors les voilà qui se pointent dans ce vieux bistrot. Il n'y avait pas un chat. Juste ces deux gars qui entrent, avec leur costard, leur cravateBLUES DETROIT et leurs chaussures bien astiquées. Je les ai regardés et je leur ai demandé ; Vous êtes de la police ? ». Mais les deux lascars sont bien les émissaires d'une firme de disques, la Modern Records, pour laquelle, une semaine plus tard, Hooker va enregistrer plusieurs titres, dont le gigantesque 'Boogie Chillen'. Selon la légende, au moment de mettre ce titre en boîte, le studio avait été transformé en véritable tripot... Quoi qu'il en soit, ce 'Boogie Chillen' va rencontrer un vif succès, et populariser ce style frustre, primitif, souvent proche de l'hypnose. Pour contourner le contrat d'exclusivité qui le lie à Modern et pour multiplier les disques, il enregistre sur d'autres labels en empruntant des pseudonymes tels Texas Slim, Birmingham Sam, Delta John, The Boogie Man ou Little Pork Chops. On connaît la suite : au début des années 60, le renouveau du folk offre à John Lee Hooker un nouveau public, celui des étudiants blancs. Il se produit en 1960 au festival de Newport seul, avec une guitare acoustique, joue en 1961 à Greenwich Village, puis tourne en Europe à partir de 1962. A partir du milieu des années 60, Hooker électrifiera à nouveau sa musique. En 1970, il s'installe sur la côte Ouest, mais c'est bien Detroit qui aura considérablement orienté ce blues urbain - même si le blues de Detroit est bien moins populaire que celui de Chicago. Hooker est en fait le seul à avoir connu un succès international, mais d'autres noms ne sont pas tout à fait inconnus, tels Andre Williams, Alberto Adams ou Eddie Burns.

Retour dans les années 50, où un certain Berry Gordy ouvre à Detroit une boutique de jazz, 3D Record Shop. Las, il tombe en faillite, et se retrouve lui aussi chez Chrysler. Mais après le taf, il se met à écrire des chansons, qui, interprétées par Jackie Wilson, lui permettent de rassembler quelques économies. Très ambitieux, Gordy a aussi le sens des affaires, et un flair considérable. Dans les clubs de la ville, il découvre les Four Top, les Marvelettes, les Miracles. C'est ces derniers (leur chanteur est un certain Smokey Robinson) qu'il produit en 57. Il décroche un autre hit avec le 'Money' (‘I need money !’) interprété par Barrett Strong. Et en 59, il crée son label, Tamla, qui deviendra Motown - mais Tamla Motown hors USA. Dès le départ, le son Motown est en place : lesBLUES DETROIT chœurs, le tambourin, le tempo implacable. L'objectif est de fusionner la pop et la soul, et atteindre le public blanc, car même les charts étaient cadenassés à l'époque. Un slogan : The Sound of Young America. L'objectif n'est pas uniquement commercial : dans le contexte ségrégationniste de l'époque, tout ça a aussi un goût de revanche, Jusque-là c'étaient les blancs qui décrochaient la timbale avec des reprises de morceaux d'artistes noirs, qui devaient se contenter de leur marché... Les débuts de la Motown son cependant timides. Le premier véritable hit n'intervient qu'en 61, et il s'agit de 'Shop Around' des Miracles. Mais dès lors c'est le succès, selon une formule imparable : Gordy monte une équipe de compositeurs, le plus en vue étant le trio magique Holland-Dozier-Holland, qui va aligner les pépites, et les artistes seront accompagnés par un groupe maison, les Funk Brothers. Le succès est inouï : jusqu'en 68, 75% des singles sortis entrent dans les charts ! La liste des artistes donne le tournis : Mary Wells, première vedette féminine, les girls groups (Marvelettes, Martha and the Vandellas - ladite Martha qui fut refusée au départ comme chanteuse, et végétait en tant que secrétaire dans les bureaux de la Motown, et qui interroge dans ‘Dancing In The Streets’ : « Are you ready for a brand new beat ? » - la réponse est oui, manifestement - Chantels, Chiffons, Crystals) qui vont mettre le public blanc à leurs pieds. Les Supremes évidemment, de la sublime Diana Ross (surnommées un temps les ‘No hit Supremes’ par certaines concurrentes, qui allaient vite ravaler leur fiel. Puis les groupes masculins, Miracles donc, Four Tops, Temptations, Jackson Five. Et Stevie Wonder, et Marvin Gaye. Ce dernier va apporter une autre dimension encore, en dépit des réticences du patron, qui par la force des choses, va bien devoir s'adapter à l’époque : alors que les éléments les plus radicaux, Black Panthers en tête, reprochent à Gordy de n'être qu'un "nègre blanc", Gaye enregistre ‘What’s Going On ?’ qui traite de sujets sociaux ou de la guerre du Vietnam. Gordy au départ ne voulait pas du single, qu'il jugeait trop engagé, mais devant le succès rencontré, réclame un album dans le même esprit. L'album sort en 1971 et marque en fait la fin de l'âge d'or, c'est en outre l'année où la Motown déménage à Los Angeles. Si le label vient de fêter ses 60 ans, il a vu durant les seventies partir les Jackson, les Four Tops, Marvin Gaye ou Diana Ross, il faut dire que les conditions matérielles n'ont jamais été très avantageuses... En 83, pour les 25 ans du label, Gordy parvint à faire revenir le temps d'un concert Gaye, Ross et Jackson, qui inaugura à l'occasion son moonwalk. Rappelons qu'Aretha Franklin, bien que native de Memphis, a vécu et est décédée à Detroit, mais n'a jamais intégré la Motown, préférant d'autres labels prestigieux et sans doute plus puristes, comme Chess ou Atlantic. 

Si, dans les sixties, les tensions raciales sont vives dans beaucoup de grandes villes, elles le sont particulièrement à Detroit. Le 23 juillet 67, la police intervient violemment dans un bar où la clientèle black fête quelques conscrits de retour du Vietnam. La riposte ne se fait pas attendre, et c'est le point de départ de cinq jours d'émeutes et de pillage. La situation est telle que le gouverneur du Michigan envoie l'armée en renfort. Le film Detroit de Kathryn Bigelow (soit dit en passant la seule femme à avoir décroché l'Oscar, mais avec Démineurs) retrace d’ailleurs cet épisode violent. Un calme précaire va revenir, mais les tensions subsisteront. La population blanche quitte massivement la ville (dès le début des eighties, les Afro-Américains y deviennent majoritaires) ce qui n'empêche pas de jeunes marginaux blancs de s'en mêler... C'est alors qu'apparaît le MC5 (MC pour Motor City bien sûr, 5 parce qu'ils étaient cinq à l'origine : Wayne Kramer et Fred ‘Sonic’ Smith (guitares), Rob Tyner (chant), Michael Davis (basse), Denis Thompson (batterie). Ceux-là apparaissent dès 1964, époque où la scène rock commence à se durcir, dans la grande tradition du genre On joue une musique dure parce que la vie est dure ! Outre quelques groupes garage secondaire, on peut épingler Mitch Ryders and the Detroit Wheels (soul, rhythm'n' blues sous haute tension) qui en 1970 va fonder Detroit (on n'en sort pas) combo hard rock incluant Steve Hunter et Dick Wagner, que l'on retrouvera croisant le fer sur les albums live de Lou Reed. Bob Seger (né au Henry Ford Hospital de la ville) pratique lui aussi un rock burné, mais rien en fait qui puisse préparer à la déflagration qui va suivre. Quand sort Kick Out The Jams, premier album du MC5, paru en 69, on n'a jamais rien entendu d'aussi violent, dans la musique et dans les textes. Fureur inédite, qui n'a strictement rien à voir avec le peace and love de l'époque, philosophie qui commence sérieusement à battre de l'aile... L'objectif de ces fous furieux ? La révolution, qui passera nécessairement par le rock'n'roll. Enfin c'est surtout l'objectif de leur manager John Sinclair, leader du White Panther Party, créé sur le modèle de son homologue black. N'empêche qu'ils reprennent le 'Mother City Is Burning' que J.L. Hooker avait composé suite à d'autres émeutes survenues en 1943. Qu'en 68, ils ont joué à cette fameuse convention démocrate à Chicago, seul groupe d'ailleurs ayant eu l'occasion de s'exprimer avant que la police n'intervienne pour dissiper une manifestation contre la guerre du Vietnam, ce qui donna lieu à une autre série d'émeutes. Tout cela va renforcer la réputation sulfureuse du groupe et ce Kick Out The Jams (Motherfuckers !), colisincendiaire enregistré live au Grande Balroom de Detroit, va les faire entrer définitivement dans la légende. Quant à Sinclair, il multiplie les appels à la révolution, l'objectif étant de rassembler le maximum de groupes rock pour lever une véritable armée, prête à affronter le système (de ce point de vue, c'est plutôt un échec, Iggy Pop par exemple se fendant d'un laconqiue « Sinclair ? Un connard »). En plus Sinclair est bien entendu dans le collimateur des autorités, trop heureuses de le coincer le jour où il propose une paire de joints à un policier en civil... Verdict : 10 ans de prison (!). Finalement il sera libéré car la Cour Suprême du Michigan déclare illégale la législation de l'Etat sur le cannabis, mais entretemps le MC5, le jugeant trop radical, s'en est séparé. D'autres albums suivront, moins engagés/enragés, avec un succès décroissant, les inévitables changements de personnel, et la vigilance des autorités, qui auront raison du groupe en 1972.

Mais tout cela n'est encore rien vis à vis de la déflagration qui va déferler en cette mêmeBLUES DETROIT année 1969. Bombe à retardement ceci dit, vu l'insuccès de départ, mais l'influence démentielle qu'il ne cessera d'avoir. C'est en 1947, à Ann Arbor que naît James Jewel Osterberg. Batteur au sein d'un groupe de lycéens, les Iguanas, puis membre des Prime Movers, il acquiert très tôt le surnom d'Iggy. Mais alors qu'il trouve un job particulièrement enrichissant chez un disquaire - ranger des albums dans l'arrière-boutique - il remarque souvent deux types qui trainent autour de la pharmacie en face, « sans doute à la recherche de quelque chose ». Ces deux types se sont bien sûr les frères Asheton, Ron le guitariste, Scott le batteur. Ils dénichent un bassiste, Dave Alexander, se trouvent un nom, The Psychedelic Stooges, hommage à un trio d'abrutis qui présentent un show burlesque à la TV et bientôt au cinéma, l'abrègent en Stooges, et donnent leur premier concert au Grande Balroom (en première partie du MC5, ou de Blood Sweat and Tears, les versions divergent). Signés par Elektra, ils rentrent en studio pour cet album extrême, suintant l'ennui et la frustration par tous les pores. Rythmique hypnotique, riff torturés, larsen... Le bruit et la fureur, en écho au fracas métallique de l'industrie automobile. Une musique dure, dangereuse, métallique, à l'image de la ville. L'album est produit par John Cale, l'ancien du Velvet Underground, qui se présente au studio vêtu d'une cape de vampire, et tente d'imposer une vision avant-gardiste. Iggy minimisera le rôle du producteur, assurant que c'est lui qui imposera l'aspect primitif de l'album. Un album qui à l'époque ne rencontre qu'un succès pour le moins limité. Le suivant, Fun House, qu'ils partent enregistrer à LA, sera encore plus extrême (ils s'adjoignent un saxophoniste, Steven McKay, qui joue free, autant par choix qu'en raison de sa technique limitée) sera souvent présenté comme « l'album de blues ultime »... et aura encore moins de succès. Tout va mal, d'autant qu'un roadie a l'excellente idée de les faire goûter à l'héroïne. Tous y plongent, à l'exception de Ron.  Lâché par Elektra, Iggy sera repêché une première fois par Bowie. C'est à Londres que le groupe (James Williamson en est le nouveau guitariste, Scott et Ron - qui doit se contenter de la basse - étant finalement rappelés en renfort) enregistre Raw Power, mais c'est chez ses parents qu'Iggy a tenté de recouvrer un semblant d'équilibre pour composer l'album. Nouvel échec commercial, les ventes étant inversement proportionnelles à l'influence que les Stooges ont encore aujourd'hui. C'est l'éclatement, avant le retour en solo de l'Iguane épaulé à nouveau par Bowie, et la reformation enfin lucrative des Fuckin' Stooges au début des années 2000.
BLUES DETROIT
Pas mal de choses se sont passées entretemps à Detroit, même si musicalement aucune d'entre elles n'aura un tel impact. Et ce en dépit de la création en 1969 du légendaire Creem, le seul magazine à l’époque à évoquer les Stooges ou Bob Seger, et le premier aussi à avoir utilisé le terme punk. Ron Asheton fonde Destroy All Monsters, puis Dark Carnival, avec la troublante vocaliste Niagara.  On ne va pas trop s'attarder sur le cas Ted Nugent et son slogan ‘Si c'est trop fort, c'est que vous êtes trop vieux’ - pas la moindre trace de second degré, hélas - un être particulièrement délicat, grand amateur d'armes à feu, adepte de l'auto défense. Issu des Amboy Dukes, il va faire une carrière retentissante (à tous égards) dans les années 70. Et si musicalement il n'a plus grand chose à dire aujourd'hui (pour autant que ça ait été le cas un jour) il ne s'en prive pas pour le reste. On ne résiste pas au plaisir de citer les notes de pochette d'une poésie rare, qui illustraient le coffret Out Of Control (précisément !) datant des nineties, où en guise de remerciements traditionnels il s'adresse, je cite : « A vous tous les connards qui m'avez menti, volé ma carrière, allez-vous faire foutre. Oui vous, les avocats véreux, les managers, les musiciens pourris à la dope ! ». Jusqu'à ces dernières semaines où il présentait la victoire de Biden comme celle des « démons marxistes (qui) vont prendre le contrôle de l'Amérique ». On passe aussi rapidement sur Grand Funk Railroad, qui obtint à l'époque un succès phénoménal avec un rock aussi subtil qu'une déclaration de Nugent. Par contre on soulignera l'apport de Vincent Damon Furnier, alias Alice Cooper, qui rappelons le, était le nom du groupe au départ, composé, outre son frontman explosif, de Glen Buxton et Michael Bruce (guitares), Dennis Dunaway le flamboyant bassite, et Neal Smith à la batterie. Le groupe va dans un premier temps s'exiler à LA, pour y enregistrer deux albums qui rencontrent un écho modeste. C'est quand le groupe revient jouer à Detroit, ville à haute énergie dont l'atmosphère lui convient bien mieux, que le succès deviendra planétaire. Il se sépare en 74, Vincent Furnier devient officiellement Alice Cooper pour l'état civil, et produit des albums solo plus ou moins réussis. Jusqu'à ce tout récent retour aux sources, l'excellent Detroit Stories, pour lequel il convoque les membres du groupe original (sauf bien entendu Buxton, décédé en 1997) sur un titre, Wayne Kramer du MC5 participant à l'écriture.

En ce qui concerne la situation de la ville, les choses ne s'arrangent pas vraiment.  En 1984, le maire décrète un couvre-feu, et pas pour raisons sanitaires... Peu à peu, la ville s'enfonce dans la pauvreté et la désolation, et n'est plus qu'une immense friche industrielle. En 2013, lugubre, sinistrée, elle est carrément déclarée en faillite, avec une dette de 18 milliards de dollars. Paradoxalement, en ce qui concerne le blues urbain et le rock dur, elle va passer au second plan. Alors que les nineties marquent un nouveau retour spectaculaire de la guitare (fin 91, sorties simultanées du Nevermind de Nirvana, des deux volumes de Use Your Illusion de Guns'n'Roses, du Blood Sugar Sex Magik des Red Hot Chili Peppers et de Mr Lucky de JL Hooker (l’album avec Keith Richards, Van Morrison, Nick Lowe ou Ry Cooder, qui suivait le retour triomphal de The Healer), force est de constater que le centre de gravité s'est déplacé à LA ou bien sûr Seattle. On a tout de même au début des eighties salué l'éclosion de Louise Ciccone, soit Madonna, née dans l'agglomération (son père travaillait chez Chrysler) partie faire fortune à New York. Mais les années 90, c'est aussi l'avènement de la techno, inévitable dans un tel environnement, C'est d'ailleurs de là que le mouvement serait issu (en opposition encore à Chicago, d'où a surgi la House Music). Puis il y a bien entendu le hip-hop, avec notamment Eminem, de son vrai nom Marshall Bruce Mathers III.  S'il est né dans l'état du Missouri, c'est bien à Detroit qu'il va intégrer la scène rap, après une enfance, disons, compliquée.

Et puis... Début des années 2000, c'est le grand retour des groupes à guitares,BLUES DETROIT tous plus ou moins héritiers du garage rock ou du post punk. The Gories, dont va surgir un certain Mick Collins pour fonder The Dirtbombs, garage rock teinté de soul. The Detroit Cobras, et ses obscures reprises sixties, The Von Bondies, qui pratiquent un genre de garage pop, The Gore Gore Girls... Et bien entendu The White Stripes. On ne va pas refaire l'historique, cherchez un peu si ça vous intéresse, ça se trouve quelque part sur ce site. Simplement rappeler que Jack White, né John Anthony Gillis a eu un moment l'intention de devenir prêtre, s'est ravisé et a mis sur pied les White Stripes avec Megan Martha White son épouse dont il divorcera en 2000, ce qui ne les empêchera pas de sortir six albums studio et un live, tous hautement recommandables. Où ils condensent en quelques galettes 50 ans de musique populaire américaine. Un hymne accidentel, 'Seven Nation Army', une séparation définitive en 2011, et depuis, trois albums avec les Raconteurs, trois autres avec Dead Weather, sans compter ses quatre efforts solo. Jack White est du genre hyperactif : il a notamment produit l'album des Von Bondies, Lack Of Communication, collaboration qui restera sans suite après qu'il en soit venu aux poings avec le leader du groupe. Reconnaissant et soucieux de renvoyer l'ascenseur aux artistes qu'il admire, il va orchestrer le retour de Loretta Lynn, la princesse country, ou Wanda Jackson, pionnière du rockabilly, mais produira également en 2017 un documentaire, American Epic, consacré - tiens donc - aux musiques traditionnelles. Et si c'est à Nashville qu'il établit Third Man Records (un label, mais aussi un studio d'enregistrement et un magasin) c'est bien lui qui, au début du siècle, remit Detroit sur la carte. Chose que fait donc à nouveau aujourd'hui ce vieil Alice avec ses Detroit Stories, idéale fin (provisoire) à cette longue histoire. 

Marc Jansen

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