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Dossier
CUBY + BLIZZARDS

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Le souffle du blues

Pendant longtemps, le blues ne pouvait être que noir et américain. Le blues anglais était un ersatz plus ou moins maladroit, qui aura juste eu le mérite de mettre en lumière de vénérables musiciens afro-américains écumant les juke-joints depuis bien trop longtemps. Alors imaginez si l’on parle de blues hollandais. Ces pays du Nord de l’Europe, que l’on connaissait bien trop peu, et que l’on considérait avec une pointe de mépris depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, ont pourtant offert de merveilleux groupes. Et les Pays-Bas ne furent pas avares en formations exceptionnelles, toutes plus méconnues les unes que les autres. On connaît bien le tube ‘Venus’ de Shocking Blue, mais qui connaît Golden Earring ? Et Focus ? Et la scène blues : Livin’Blues, Bintangs, et le cas qui nous intéresse ici, Cuby And The Blizzards ?

Comme la Grande-Bretagne, la Seconde Guerre Mondiale aura fait du mal aux Pays-Bas, avec son lot de destructions et de familles déchirées. Il est maladroit de comparer les souffrances, mais si les afro-américains subissaient le racisme, la misère et la ségrégation depuis des siècles, les européens vont connaître un cours accéléré de malheurs de toutes sortes en cinq années.

Harry Muskee naît à l’hôpital d’Assen dans le nord de la Hollande le 10 juin 1941. Lorsqu’il voit le jour, son père est déjà prisonnblues cuby + blizzardsier des Allemands. Il ne rencontrera son père pour la première fois que quatre ans plus tard. La famille fait un détour par Rotterdam, mais s’établit définitivement dans la petite commune de Grolloo (ou Grollo en néerlandais), comptant à peine cinq cent habitants à l’époque. Mais il convient ici de préciser un petit point de géographie. Les villes et villages des Pays-Bas sont tous collés les uns aux autres tant le pays est étroit, au point d’avoir gagné de la place sur la mer depuis le début du 17ème siècle par assèchement de marais salins, via des pompes actionnées par des moulins à vent, ce que l’on appelle les polders.
Harry Muskee grandit dans un dénuement affectif larvé mais réel. Son père de retour est officier dans les pompiers, et est donc absent la plupart du temps. Sa mère est atteint d’une dégénérescence nerveuse multiple qui l’empêche de s’occuper de son enfant. Il est donc confié à sa grand-mère. Sa mère va mourir alors que Harry a à peine vingt ans, suivie par sa grand-mère un an plus tard. Le jeune homme est donc rapidement livré à lui-même.
Il trouve refuge dans de sommaires leçons de guitare vers l’âge de quinze ans. Il se met un temps au jazz avec ses deux frères Henk et Jaap. Puis il découvre via les radios des bases américaines un disque capital : Live At Newport de John Lee Hooker de 1963. Sa vie bascule, il veut faire « ça ». Ça, c’est le blues, que personne ne connaît en Hollande. Comme en Grande-Bretagne, les amateurs de ce genre de musique se comptent sur les doigts de la main. Les initiés se reconnaissent via un disque sous le bras, ou dans des clubs, rares, mais dédiés. Le destin va ainsi réunir en 1964 Harry Muskee et le guitariste Eelco Gelling. Les deux hommes se sont rencontrés grâce à leurs goûts très particuliers aux Pays-Bas pour le blues noir américain.
Pour ce qui est de Eelco Gelling, on sait fort peu de choses. Au plus est-il un fan de Eric Clapton dans les Yardbirds avec Five Live. Il a aussi une obsession pour John Lee Hooker et le jeu de Hubert Sumlin, guitariste de Howlin’ Wolf. Le garçon malaxe ses étranges influences dans sa petite chambre hollandaise. Le destin fera en sorte que Gelling et Muskee se croisent, et scelle un pacte pour l’éternité : monter un groupe ensemble.

Les premiers pas
Le groupe décide de se nommer Cuby And The Blizzards. Cuby est le surnom de Harry Muskee, notamment relatif à une épaisse consommation d’alcool qui ne semble pourtant n’avoir aucun effet ni sur son talent d’interprétation, ni sur la qualité de ses compositions.
Car dès le premier simple de 1965 ‘Stumble And Fall / I’m So Restless’, le groupe compose ses propres chansons, signées Gelling/Muskee. Le son est très inspiré par le rock anglais à tendance rhythm’n’blues de l’époque : Rolling Stones, Pretty Things, Yardbirds. Le résultat est excellent, et commence à faire son trou sur le marché hollandais. Le premier tube de Cuby And The Blizzards viendra avec le quatrième simple et la chanson ‘Back Home’ de 1966. C’est le premier d’une série de succès nationaux qui vont amener le quintet parmi l’élite de la scène hollandaise, au milieu de Shocking Blue, Golden Earring, et Bintangs.

Le premier album sort en 1966 sur Philips, le label majeur aux Pays-Bas. L’époque est encore aux simples, et les albums sont souvent un assemblage de tubes sortis en quarante-cinq tours et de diverses faces B. Gelling et Muskee font le choix d’un vrai album, créé en tant que tel, et sur lequel les chansons ne sont pas limitées au format quarante-cinq tours. Cuby And The Blizzards va reprendre abondamment du blues noir américain : ‘Hobo Blues’ et ‘Let’s Make It’ de John Lee Hooker, ‘Five Long Years’ d’Eddie Boyd... Gelling et Muskee y intercalent trois compositions, qui se fondent à merveille parmi ces reprises.
Cuby And The Blizzards y impose aussi son style : un blues-rock puissant, cherchant l’authenticité, mais injectant une rage de petits blancs désabusés. La voix d’Harry Muskee mute également. Elle perd son aspect Phil May des Pretty Things pour un timbre plus profond et voilé, qui deviendra sa signature vocale. Eelco Gelling s’impose d’entrée comme un immense guitariste de blues, à la fois authentique et volubile, se hissant d’entrée à la hauteur des meilleurs six-cordistes anglais de l’époque : Eric Clapton, Jeff Beck et Jimmy Page.
Cuby And The Blizzards est encore en format Rolling Stones/Pretty Things/Yardbirds, c’est-à-dire un quintet à deux guitares : Harry Muskee au chant et à l’harmonica, Eelco Gelling à la guitare lead, Willy Middel à la basse, Hans Kinds à la guitare rythmique, et Hans Waterman à la batterie. Toutefois, un pianiste vient apporter sa contribution sur des titres comme ‘Just For Fun’ : il s’appelle Herman Brood.

Avec ce premier disque d’authentique blues blanc, Cuby And The Blizzards mute de suiveur du rock anglais à précurseur, doublant d’un à deux ans la concurrence britannique à venir : Savoy Brown, Peter Green’s Fleetwood Mac, Chicken Shack… L’album est emmené par le succès du simple ‘Just For Fun’, 34ème pendant quatre semaines dans les classements hollandais. Ce virage musical ne plaît toutefois pas à tout le monde, et Cuby And The Blizzards doit se recomposer après le départ de Middel, Kinds et Waterman. Le quintet se reconstitue autour de Gelling et Muskee avec Herman Brood au piano et membre à part entière. Jaap Van Eik prend la basse et Dick Beekman la batterie. Refusant désormais d’enregistrer uniquement des simples dont le format les frustre, Cuby And The Blizzards se lance dans l’enregistrement de leur second album.

Sous sa pochette hautement psychédélique, Groeten Uit Grollo, soit « bisous de Grolloo », comme un intitulé de carte postale, sort en 1967. Les musiciens posent en vêtements psychédéliques devant un paysage bucolique avec des moutons et une fée, petit montage bancal et humoristique entre tradition et modernité pop. Le disque est un pur trait de génie blues, et va faire de Cuby And The Blizzards des stars dans leur propre pays. Le simple ‘Another Day, Another Road’ monte à la 20ème place et reste dans les classements sept semaines.
Il offre aussi de superbes chansons, à commencer par le blues ‘Somebody Will Know Someday’, porté par une merveilleuse ligne de piano signée Brood. Gelling offre un beau solo à la guitare acoustique, et Muskee pleure et éructe comme un animal blessé, d’une puissance émotionnelle rare, équivalente à Eric Burdon. Le titre traîne son spleen pendant presque sept minutes déchirantes. C’est incontestablement le sommet du disque.
Herman Brood est devenu un élément incontournable du groupe. Sur ‘So Many Roads’, Muskee chante seul sur le piano. Sur l’intense boogie ‘King Of The World’, reprise de John Lee Hooker, Gelling impose une ligne de guitare brutale installée sur le piano sans faille de Brood. La rythmique en béton armé, pleine de swing de Van Eik et Beekman tient solidement l’ensemble sur lequel chante à perdre les sens Harry Muskee. Le blues-rock de Cuby And The Blizzards est d’une intensité rare, dépassant les maîtres anglais de l’époque : John Mayall, Alexis Korner… leur sonorité à la fois puissante et authentique les rend fascinants.
BLUES cubby + blizzards
Sur le toit du blues européen
Leur réputation est telle qu’ils vont enregistrer un album avec le bluesman américain Eddie Boyd, que Cuby And The Blizzards a repris plusieurs fois. On se souvient surtout des deux disques enregistrés avec Peter Green’s Fleetwood Mac en 1967 et 1968, mais Eddie Boyd enregistra aussi un album, superbe, avec Cuby And The Blizzards. Nommé Praise The Blues, le disque propose un superbe blues-rock de premier ordre, et voit le quintet se montrer à la hauteur des meilleurs enregistrements anglo-saxons. Muskee et Brood sont évidemment en retrait, Boyd étant pianiste et chanteur. Gelling, lui, s’amuse comme un fou. Cet entracte impose de toutes façons un peu plus le quintet sur la scène du blues européen.
Avec l’album Trippin’ Thru’ A Midnight Blues de 1968, Cuby And The Blizzards inscrit un de ses plus gros hits : le magnifique ‘Windows Of My Eyes’, porté par une ligne de piano poignante. Il atteint la 10ème place, pendant dix semaines. Herman Brood devient aussi une composante indispensable de la création. Il est devenu le troisième compositeur du groupe, et sur ce nouvel album, il s’impose. Les reprises restent déchirantes de puissance émotionnelle : le superbe ‘The Sky Is Crying’ d’Elmore James, ‘Feelin’ Low Down’ de Big Bill Broonzy…

En 1968, John Mayall séjourne dans la ferme occupée par Cuby And The Blizzards. Il tente de récupérer Eelco Gelling pour son propre groupe. Gelling refusera, considérant que Cuby And The Blizzards est son groupe, et celui dans lequel il s’exprime le plus librement. Mayall tournera toutefois en Hollande accompagné de Cuby And The Blizzards, sur les conseils d’Alexis Corner. Ce dernier est fasciné par le quintet hollandais, et il jouera lui aussi à de multiples reprises avec eux. Il apparaîtra sur le disque en direct Live ‘68, capté à la Rheinhalle de Düsseldorf en Allemagne. Ce dernier est le premier album en direct de blues blanc correctement enregistré. Y est capté toute la puissance du quintet : sa rythmique impeccable, le swing du piano de Brood, la guitare merveilleuse de Gelling, le charisme vocal de Muskee. C’est fort logiquement avec un morceau de John Lee Hooker que le set commence, le titre ‘Sugar Mama’. Alexis Korner intervient sur deux morceaux originaux du groupe : ‘No Way Out’ et ‘Don’t Love You Twice’. Cet enregistrement en Allemagne avec Alexis Korner signale surtout que Cuby And The Blizzards a pris une dimension européenne, ouvrant la voie à Shocking Blue et Golden Earring.

Ne pas faiblir face aux vents contraires
Lorsque 1969 sonne, Cuby And The Blizzards se retrouve face à une nouvelle concurrence qui tend à ringardiser ce blues à l’interprétation traditionnelle. Jimi Hendrix et Cream sont passés par là, suivis par le Jeff Beck Group et Led Zeppelin. Savoy Brown tient bon le cap en s’orientant vers un son plus boogie orienté vers les USA. Peter Green’s Fleetwood Mac fait le choix du rock psychédélique et des longues improvisations à la Grateful Dead. Chicken Shack sera l’un de ceux qui se retrouveront au milieu du gué, et ne réagiront qu’au début des années 1970. Cuby And The Blizzards fait le choix de garder le cap d’un blues-rock authentique, pétri de cette âme unique. Il fait toutefois de menus compromis qui n’ont aucun impact sur la musique en elle-même. Le premier sera d’envisager l’enregistrement du nouvel album comme celui du premier Led Zeppelin. Muskee et surtout Gelling ont bien compris que ce qui fait la puissance du quartette anglais, c’est la prise de son, et notamment celle de la batterie. Appleknockers Flophouse est donc saisi en direct, avec des micros dans tous les coins judicieux du studio.

Le second sera le morceau titre, marqué heavy-blues, rugissant, avec son gros riff lourd. Il est toutefois le seul titre du genre sur le disque, et même de la carrière du groupe. Musicalement, Cuby And The Blizzards reste bien calé sur sa formule blues-rock rustique et authentique. Appleknockers Flophouse est un de leurs plus gros tubes, n°12 pendant neuf semaines dans les classements néerlandais.
L’album, lui, est une nouvelle réussite. ‘Unknown Boy’ est un sublime blues électrique à la ‘I Can’t Quit You Babe’ où Gelling brille de mille feux. Il est d’ailleurs l’homme du disque sur ‘Help Me’, ‘Disappointed Blues’ ou la reprise acoustique de ‘Black Snake’ de John Lee Hooker.
Cet excellent LP est suivi d’un autre chef d’œuvre : Too Blind To See en 1970. Suivant la formule de son prédécesseur, il enfonce le clou avec d’excellents titres : ‘Night Train’, ‘Evil Woman’, ‘Too Blind To See’, ‘Time Passed Me By’. Seul ‘Thursday Night’ avec sa flûte traversière tranche un peu, cherchant à empiéter sur les plates-bandes de Jethro Tull.
Cuby And The Blizzards est une des formations de rock les plus populaires en Europe du Nord. C’est pourtant à ce moment que le vaisseau tangue, avec le licenciement de Herman Brood. Bon vivant, appréciant tout à l’excès, il boit énormément. En 1970, il met le doigt dans le mécanisme infernal de l’héroïne et commence à rater des concerts. A contrecœur, Gelling et Muskee le débarquent, certains qu’un élément musical crucial va leur manquer à l’avenir.

Résister au cœur de la tempête
Non seulement Herman Brood a été licencié, mais Van Eik et Beekman décident également de partir. Ils seront remplacés par Hans Lafaille à la batterie, Helmig Van Der Vegt au piano, et Herman Deinum à la basse. Le pressentiment se vérifie avec l’album Simple Man. Cuby And The Blizzards se montre encore inspiré, mais moins percutant. Il manque quelque chose de mordant qui s’en est allé avec Brood et l’ancienne section rythmique.
Le disque tient toutefois encore la route sur une voie blues-rock moins ancré dans le son authentique. Il y a un je-ne-sais-quoi de plus progressif dans l’approche des morceaux. C’est le cas notamment du morceau-titre, avec sa ligne de piano mélancolique et mélodique. The Faker commence à voir le groupe loucher du côté de Golden Earring, et son titre ‘The Loner’ paru l’année précédente. Back Street va carrément taper dans le heavy-rock d’Atomic Rooster. Ce nouvel album plus progressif connaît toutefois un joli succès, porté par le heavy ‘Back Street’, 34ème des ventes de simples. Sometimes sort en 1972 et voit Cuby And The Blizzards se diriger vers un boogie-rock à la Savoy Brown. ‘Pawn Broker’ qui ouvre l’album en est la preuve flagrante. Le quintette retente l’expérience d’une reprise blues-rock d’un morceau de jazz. Le premier fut ‘Birk’s Works’ de Dizzy Gillespie sur Too Blind To See.  Cette fois, ce sera ‘Straight, No Chaser’ de Thelonious Monk, dans une version particulièrement réussie. Les blues retrouvent l’intensité du passé, notamment les très beaux ‘The Way I Feel’ et ‘I’m Drinking My Whisky’. Le heavy-rock trouve sa place avec ‘Boston’. Après quelques écarts légèrement progressifs, Cuby And The Blizzards est retourné dans ce qui fait son âme profonde, avec toutefois une approche sonore plus moderne.

blues cuby + blizzardsLes ventes s’effritent toutefois, et aucun simple ne se classe. La fatigue commence aussi à se faire ressentir après neuf albums en huit années d’existence. Harry Muskee et Eelco Gelling acceptent toutefois un dernier enregistrement en 1974 sous la forme d’un concert d’adieu filmé. Pour l’occasion, Muskee et Gelling réunissent autour d’eux d’anciens compagnons de route : Herman Brood au piano, Willy Middel à la basse, Hans Kinds à la guitare et Hans Waterman à la batterie. Capté au NOS Studio 3 de Hilversum, soit la télévision nationale, l’enregistrement sort sous le nom Afscheidconcert, soit le « concert d’adieu ». Le résultat est particulièrement réussi, le répertoire piochant largement dans les années 1967-1970, sur lequel Middel, Kinds et Waterman n’ont par ailleurs jamais joué. Ils s’en sortent pourtant avec brio. Brood fait remarquer combien il a manqué, son swing au piano reconnaissable entre tous reprenant magnifiquement sa place sur ‘I’m In Love’, ‘Hobo Blues’, ‘Night Train’ ou ‘Somebody Will Know Someday’. Eelco Gellig s’y montre également brillant, auteur de sublimes solos, et apportant de multiples enluminures de guitare sur l’ensemble des morceaux, débarrassé de la contrainte de la rythmique assurée par Kinds. Le disque annonce pourtant la fin d’une magnifique aventure, parfaite d’un bout à l’autre. Une page semble se tourner alors que résonne une ultime version de ‘Johnny B Goode’. Et pourtant.

Le blues a la peau dure
Harry Muskee et Eelco Gelling décident toutefois de poursuivre ensemble, mais sous un nouveau nom : Red White’N’Blue. L’idée est de se démarquer du blues-rock encombrant de Cuby And The Blizzards. Si le ton reste blues-rock dans l’âme, le nouveau quintet explore d’autres facettes de la musique américaine, et notamment l’americana à la Bob Dylan et The Band, avec une touche de Lynyrd Skynyrd. Le résultat est particulièrement réussi : ‘Happyville’, ‘Perfection’, ‘Bird’, ou ‘Freewheeler’ font mouche. L’album est toutefois serti dans une étrange pochette hédoniste, les membres du groupes nus et dessinés sur un lit à côté d’une étrange prostituée.
Le nouveau projet prend l’eau, et se renomme rapidement Cuby And The Blizzards, notamment afin de réussir à signer des concerts. Jan Groenink est à la batterie, Bernard Reinke à la guitare, et Lourens Leeuw à la basse. Herman Brood est également rappelé, afin de mettre tous les atouts de leur côté. Kid Blue sort en 1976, et est un piètre disque, mal servi par une production trop lisse, et des compositions peu inspirées.
Le groupe va vite comprendre qu’il n’est plus à la hauteur de sa légende passée, et va sortir deux merveilleux disques d’archives : Old Times – Good Times de 1977 enregistré en direct, et Forgotten Tapes de 1979, un mélange de vieux simples, d’inédits studios et de prises lives notamment issues du concert d’adieu de 1974. Puis, Eelco Gelling accepte l’offre de rejoindre Golden Earring en second guitariste, qui cherche à s’orienter vers un son plus hard-rock et bluesy. Il y restera de 1976 à 1979.BLUES cuby + blizzards
Harry Muskee fonde le Harry Muskee Band pour un disque moyen nommé Love Vendetta. Il abandonne ensuite le business de la musique jusqu’au début des années 1980 où il forme le Muskee Gang pour deux albums. Il récidivera sous son nom, Muskee, au début des années 1990. Il décide finalement de reformer Cuby And The Blizzards. Le pianiste Helmig Van Der Vegt en est, ainsi que le bassiste Herman Deinum et le batteur Hans Lafaille. Le précieux Eelco Gelling retiré de la musique professionnelle depuis longtemps, ne sera pas de la partie, tout comme Herman Brood, mort en 2001 de ses excès.

Le bon live Travelling With The Blues ressuscite officiellement Cuby And The Blizzards avec Erwin Java à la guitare. Le groupe se montre fidèle aux interprétations originelles. Muskee a perdu ses cheveux mais pas sa voix. Il manque toutefois la guitare magique de Gellig, véritable vide dans l’interprétation et le son général. Le groupe tente de se démarquer quelque peu de son blues-rock originel, cherchant à l’ancrer dans le son des années 1990. ‘Too Blind To See’ est ainsi malmené pour un résultat discutable.
Dancing Bear de 1998 ne réussit pas à ranimer la flamme de la créativité. Hotel Grolloo est une nouvelle série de réinterprétations de vieux classiques avec de nombreux musiciens prestigieux de la scène hollandaise, notamment Barry Hay de Golden Earring qui emmène ‘Another Day Another Road’ dans la stratosphère.
Puis Cuby And The Blizzards décident de revenir à leurs racines en enregistrant de nouvelles versions de ses reprises de John Lee Hooker couplées à de nouvelles compositions sur un album nommé Boom Boom Bang In The Spirit Of John Lee Hooker. L’album est malheureusement marqué par une production vieillotte sur les nouveaux titres et une inspiration en berne.
Le double album Live In Het Oude Luxor de 2006 vient ranimer le vieux souvenir du Cuby And The Blizzards merveilleux. Il est suivi d’un nouveau disque studio moyen, Cats Lost en 2009. Harry Muskee s’éteint en 2011, et clôt une fantastique aventure de quarante années.

Cuby And The Blizzards aura marqué au fer rouge l’histoire de la musique pop hollandaise. Harry Muskee aura sa statue à Grolloo dès 1997. Son œuvre, ainsi que ses émissions de radio sur le blues le voient célébrer après sa mort par un musée à sa gloire à Grolloo, inauguré en présence de Eelco Gellig. Une exposition lui est d’ailleurs actuellement consacrée.

Julien Deléglise