blues again en-tete
04/21
Chroniques CD du mois Interview: AMAURY FAIVRE Livres & Publications
Portrait: ROBERT PETE WILLIAMS Interview: GRANT HAUA Dossier: BOB WELCH
 


Dossier
CONTREBASSE


BLUES PIEDMONT BLUES
blues piedmont blues







Elle a les épaules étroites et tombantes, la table inférieure plate, quelque peu oblique vers le haut, de larges éclisses. Instrument souvent relégué à l’arrière-plan de la scène, la contrebasse est pourtant un élément important de l’orchestre.  
Dans contrebasse il y a basse. C’est donc la vocation première de cet instrument que de jouer la partie grave d’un morceau et de soutenir harmoniquement et rythmiquement l’ensemble de la formation. Le blues n’échappe pas à la règle et l’on y retrouve d’éminents contrebassistes au premier rangs desquels, bien sûr, Willie Dixon. Pourtant le blues s’est longtemps passé de cette contrebasse. En effet, dans le blues des premiers temps, le chanteur s’accompagne souvent lui-même, soit au piano, soit à la guitare. Ce n’est que lorsque le blues se joue en orchestre que la question se pose de rajouter ou non une basse. Mais l’histoire de ce dinosaure commence bien avant la naissance du blues.
Elle débute en Europe au 16ème siècle où, contrairement aux instruments plus récents comme le saxophone – dont le nom du créateur est fondu dans celui de l’appareil – nul ne peut dire qui a inventé la contrebasse. A l’époque, la forme du violon telle qu’on la connaît s’impose chez les luthiers ; elle est déclinée dans les différentes tessitures jusqu’à la plus grave. En ces temps reculés, on la trouve encore avec trois, quatre, cinq ou six cordes, comme une sorte d’hésitation dans la fixation de sa forme définitive. Au 19ème siècle, la plupart des contrebasses possèdent trois cordes, il faut attendre vraiment le 20ème siècle pour qu’on lui ajoute la corde de MI grave et que les contrebasses à quatre cordes s’imposent.
Comme pour le petit violon, les cordes de la contrebasse sont d’abord en boyau naturel avant que, dans les années 1930, les cordes métalliques apparaissent et séduisent de nombreux contrebassistes par leur son plus soutenu et leur plus grande facilité de jeu. Facilité toute relative. En effet, la hauteur des cordes par rapport à la touche (la partie noire en ébène) du manche, sur laquelle courent les doigts, demande au bassiste de grands efforts pour les presser. En contrepartie, des cordes très au-dessus de la touche assurent un maximum d’amplitude pour la vibration, donc un son plus puissant. Et la puissance est un élément capital lorsque l’instrument sonne de manière totalement acoustique.

En jazz ou en blues
Or le problème de la puissance sonore peut être résolu de deux façons selon les styles. Dans les orchestres symphoniques, on multiplie le nombre d’instruments (jusqu’à huit contrebasses par pupitre). En jazz ou en blues, la solution est forcément différente et vient d’une évolution technologique datant de la fin des années 1920 : l’amplification. Celle-ci permet enfin au bassiste de rivaliser avec le batteur et les instruments à vent. Bref, d’être entendu !
Deux méthodes sont possibles. La prise directe du son sortant de la contrebasse, par un micro placé devant la caisse, méthode qui garantit une reproduction très naturelle du timbre de l’instrument mais qui en revanche capte toutes sortes de bruits parasitaires à proximité de la contrebasse, surtout ceux de la batterie. La méthode qui consiste en micro cellules est apparue dans les années 1960. On installe ces micros sur l’instrument de différentes façons pour capturer directement les vibrations sur la table d’harmonie (la partie de l’instrument que l’on aperçoit de face). Mais là, il faut avoir une bonne cellule et un très bon ampli pour pouvoir reconstituer, en quelque sorte, le son de la contrebasse. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : il en va parfois de l’amplification comme de la traduction, ça peut s’avérer traitre.
Bref, une fois leur contrebasse amplifiée (le premier à avoir enregistré sa contrebasse électriquement amplifiée fut Wellman Braud en 1928 avec l’orchestre de Duke Ellington dans ‘Hot And Bothered’), les bassistes de jazz n’auront de cesse de réduire la hauteur des cordes, accroissant ainsi la virtuosité de leur jeu. Cela ne rend pas pour autant les choses faciles au débutant.

Tutmac et Fender
C’est alors que survient dans l’Amérique des années 1930 l’invention de la basse électrique, l’innovation d’un certain Paul Tutmac et, surtout, le perfectionnement de cette trouvaille par Leo Fender dans les années 1950. Leo Fender ouvre alors une nouvelle voie (une nouvelle voix ?) aux maîtres des sonorités graves. En effet, si la contrebasse ne disparaît pas, loin de là, la basse électrique représente désormais une alternative. Les aspects pratiques ne sont pas ses moindres attraits, lorsqu’on passe sa vie sur la route avec un instrument. Plus facile à transporter, elle est aussi plus solide. Mais si l’on s’en tient à plan musical, la basse électrique offre une multitude de possibilités de jeu et de sonorités, et beaucoup de contrebassistes n’hésitèrent pas à sauter le pas. Mais ici on ne parle plus du même instrument. D’ailleurs, la contrebasse ne reste pas pour autant une affaire de puriste. Son utilisation, plutôt que la basse électrique, s’inscrit dans une certaine tradition, même si cette tradition est souvent bouleversée, donc en perpétuelle évolution. En témoignent deux évolutions technologiques de cette grand-mère de bois. Tout d’abord, les contrebasses en carbone. Elles apparaissent dans les années 1980 et conservent le dessin et la caisse de l’aïeule. Proposant en sus une solidité à toute épreuve même si leur sonorité s’avère, peut-être un peu moins… charmante, et fixée dans le marbre. Encore que…

Même démontable…
Puis viennent les contrebasses électriques. Là, il n’y a pas de caisse, mais seulement un corps étroit (souvent en bois) qui prolonge le manche et accueille des micros ainsi qu’une sortie vers l’ampli et vers le casque. A l’arrière un arceau permet de s’appuyer comme on s’appuie sur une vraie contrebasse. Mais l’un des avantages de cet instrument, hormis sa taille réduite, est surtout de rendre le jeu dans l’aigu plus facile… si l’on peut dire. On notera aussi l’initiative d’un luthier français, Jean Auray, pour ceux que la taille de cet instrument encombrant effraie : ce luthier a mis au point un système de contrebasse démontable.
Tous ces instruments qui ressemblent à des compromis ferment en quelque sorte la boucle et offrent finalement avec leurs prédécesseurs de nombreuses cordes à l’arc de qui voudrait, aujourd’hui commencer une carrière de contrebassiste. Mais, quelles que soient la forme et la technologie de la contrebasse, quel que soit le style dans lequel son maître s’illustre, l’essentiel du métier de contrebassiste reste le soutien du groove.

Kamel Friha