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Dossier: COBRA RECORD Interview: CHEESE FINGER BROWN Portrait: JELLY-ROLL MORTON
 


Dossier
COBRA RECORD


blues national guitars
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BLUES cobra record






Ce label éphémère est entré dans l’histoire de la Windy city en moins de trois ans en faisant entendre un son nouveau forgé par de jeunes bluesmen.  

Label indépendant opérationnel de 1956 à 1959, Cobra lance les carrières d’Otis Rush, Magic Sam, Buddy Guy, Guitar Shorty, Big Walter Horton et fait découvrir un nouveau son... le West Side Sound.  
blues cobra recordEli Toscano (1924-1967), commerçant d’origine italo-mexicaine est le propriétaire d’un magasin de disques et de réparation de télévisions situé au 2854 Roosevelt road dans le West side de Chicago (ABC TV and Repair Shop). De nombreux clubs de blues se trouvent non loin de son magasin et il commence à stocker des disques transformant son commerce en un point de distribution dédié à la musique noire. Au milieu des années 1950, Eli Toscano construit un studio d'enregistrement dans son arrière-boutique pour enregistrer certains artistes locaux.
Au début de 1956 il fonde en compagnie de Joe Brown (1904-1976) le label Abco. Ils publient des enregistrements de Arbee Stidham, Herby Joe, Zona Sago's Modern Sounds, Louis Meyers, Morris Pejoe, Freddie Hall & the Aces, mais l’entreprise ne rencontre pas rapidement le succès escompté. Joe Brown part de son côté et se recentre sur son label J.O.B qu’il a fondé en 1949.
Pour sa part, en mai 1956 Eli Toscano lance Cobra avec l'aide du promoteur Howard Bedno (1919-2006). Eli Toscano approche Willie Dixon pour qu’il rejoigne son équipe. Insatisfait des conditions qui lui sont faites chez Chess Records, Dixon accepte. Chez Cobra Willie Dixon a un contrôle total sur le côté artistique, ce qui n’était pas entièrement le cas chez Chess. Il occupe différentes fonctions. Il est à la fois talent scout, producteur, arrangeur, auteur-compositeur et devient le véritable directeur artistique du label. Il découvre et fait enregistrer de jeunes musiciens qui ont un son plus moderne. Willie Dixon encourage ses jeunes poulains à jouer note à note pour se démarquer du style classique de leurs prédécesseurs venus du Mississippi. Cela dépoussière le genre et modifie le blues de la Windy city. Ainsi naît le West side sound, fusion d’influences Delta-blues et Chicago-blues façon Chess, avec mise en avant de solos de guitare. Les petits nouveaux se nomment Buddy Guy, Magic Sam, Otis Rush. L'arrivée de la guitare électrique solid body Telecaster de Fender fabriquée en série en 1950 a redéfini certaines règles, le country-blues encore en vogue à Chicago à la fin des années 1940 se transforme en une musique urbaine et électrique.
En 1956 le premier à enregistrer pour Cobra est Otis Rush. Son single ‘I Can’t Quit You Baby’ (face B : ‘Sit Down Baby’) devient un succès. Il reste six semaines dans les classements R & B, où il atteint la sixième place. Pour cet enregistrement qui a lieu en juillet Rush est la guitare et au chant, la deuxième guitare est tenue par Wayne Bennett, Big Walter Horton est à l'harmonica, Red Holloway au sax ténor, Lafayette Leake au piano, Willie Dixon à la basse et Al Duncan à la batterie. Par la suite Rush enregistrera sept autres singles pour Cobra.
Après Otis Rush, la même année paraîssent les disques de The Clouds ‘Rock And Roll Boogie’/’I Do’, Shakey Horton ‘Have A Good Time’/’Need My Baby’, The Calvaes ‘Fine Girl’/‘Mambo Fiesta’, Harold Burrage & His Combo ‘One More Dance’/‘You Eat Too Much’, et encore Otis Rush ‘Violent Love’/’My Love Will Never Die’.
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En 1957, Magic Sam enregistre son titre emblématique ‘All Your Love’ couplé avec ’Love Me With A Feeling’ et sort quatre singles sur le label. Sunnyland Slim grave ‘It’s You Baby’/’Highway 61’ et Guitar Shorty ‘You Don't Treat Me Right’/’Irma Lee’. Sortent également des enregistrements de Clarence Jolly, Betty Everett, Duke Jenkins Orchestra, Lee Jackson, Gloria Irving…
L’année suivante Otis Rush, Magic Sam, Harold Burrage, Betty Everett reviennent dans le studio ainsi que Jimmy Kelly & The Rock-A-Beats et Ike Turner’s Kings of Rhythm. Quant à Buddy Guy c’est sur le label Artistic, filiale de Cobra, qu’il sort deux singles en 1958 ‘Sit and Cry (The Blues)’/’Try To Quit You Baby’ et ‘This Is The End’/’You Sure Can't Do’.
Willie Dixon réalise aussi les tout premiers enregistrements de Freddie King, mais ils ne verront jamais le jour : Eli Toscano qui, en principe, est en charge de la distribution, a d’autres sujets de préoccupation à ce moment-là. Willie Dixon ne se limite pas au blues, il enregistre aussi des sessions de gospel et de rhythm’n’blues.
Toscano s’avère être un mauvais gestionnaire et pour son malheur et celui de ses collaborateurs il est joueur et perd de grosses sommes d’argent. En 1959 l'entreprise rencontre de gros problèmes financiers qui plombent son activité. Cobra met la clé sous la porte. Howard Bedno travaille brièvement pour le label VeeJay puis devient l'un des principaux promoteurs indépendants aux Etats-Unis jusqu’à sa mort en 2006. Quant à Willie Dixon il retourne chez Chess et entre dans l'une des périodes les plus prolifiques de sa carrière.
Avec une durée de vie d'un peu plus de 3 ans, Cobra n'a pas laissé beaucoup de documentation. L'étiquetage sur les boîtes contenant les bandes était minime, certaines prises alternatives de session d’enregistrement ont parfois été préservées d’autres ont disparu. Aucun journal de bord n'a été conservé pour les nombreuses séances réalisées dans le propre studio de Toscano (où il a également servi d'ingénieur du son). On sait toutefois que Willie Dixon avait un groupe régulier de musiciens de studio de la mi-1956 à mi-1958.  Il travaillait avec le batteur Odie Payne, Ike Turner et des membres réguliers du groupe de Turner. C’est d’ailleurs Ike Turner qui assure la direction artistique durant les derniers mois de l’aventure du label.
Le catalogue Cobra a été par la suite acheté par Stan Lewis propriétaire des labels Jewel, Paula et Ron Records. La plupart des enregistrements Cobra et Artistic ont été diffusés sur The Cblues cobra recordobra Records Story : Chicago Rock and Blues 1956-1958 par Capricorn Records en 1993. En 2013, 40 titres du catalogue Cobra ont été réédités sur deux CD, sous le titre Double Trouble : The Cobra Record Story.
L’aventure de Cobra a marqué de son empreinte l’histoire et l’imaginaire du blues de Chicago. Ce sont trente-quatre 45 tours pour 68 titres qui laissent un testament musical riche et varié de musiciens de blues, de boogie et de groupes de rock’n’roll et de doo-wop.
Plusieurs sources ont relaté que Eli Toscano serait mort en 1959, laissant entendre que ses relations douteuses avec la pègre locale avec qui il trainait une dette de jeu lui aurait valu un plongeon dans le lac Michigan un bloc de béton aux pieds. Plus récemment le romancier et musicologue Ace Atkins connu pour ses articles relatifs à des enquêtes criminelles a apporté la preuve que Toscano est mort accidentellement le 21 septembre 1967, noyé alors qu’il péchait en état d’ébriété. D’après Ace Atkins le rapport du légiste atteste de cette fin, ajoutant qu’il serait tombé à l’eau en essayant de démarrer le moteur hors-bord de son canot.
Gilles Blampain