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été 18
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Portrait: EDDY CLEARWATER Dossier: MOTOWN RECORDS  
 


Dossier
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Le label qui a joué un rôle non négligeable dans le rockabilly, le doo-wop et la soul music reste avant tout la grande référence du Chicago blues.
 

C’est en Pologne que les frères Lejzor (12 mars 1917- 16 octobre 1969) et Fiszel (27 mars 1921-19 octobre 2016) Czyż voient le jour. En 1928, alors qu'ils n'ont que 11 et 7 ans ils émigrent en Amérique pour rejoindre leur père qui estblues chess records déjà installé à Chicago. Les services d’immigration américanisent leur patronyme en « Chess » ; Lejzor devient Leonard, et Fiszel devient Philip.
En grandissant les frères commencent à travailler dans la récupération en tout genre. Mais déterminés à s’en sortir, ils décident de changer d’orientation et ouvrent un magasin d'alcool dans un quartier à prédominance afro-américaine, le Southside de Chicago. Grâce à l'argent gagné, en 1946 ils achètent un club à proximité de leur boutique, le Macomba Lounge. Un lieu où vient se produire un grand nombre de musiciens de blues, attirés dans la Windy city alors en plein essor. Leonard et Phil savent que ce genre de musique pourrait se vendre dans la communauté noire, alors vers 1947 ils se rapprochent d’Aristocrat records, un label fondé il y a peu de temps par Charles et Evelyn Aron avec qui ils s’associent. Ils enregistrent un jeune guitariste de slide venu du Delta, Muddy Waters. Les ventes du 78-tours qui comporte deux titres : ‘I Can't Be Satisfied’ et ‘I Feel Like Going Home’ sont excellentes. Le guitariste Robert Nighthawk est également une belle recrue, et la session de 1948 qui produit ‘My Sweet Lovin’ Woman’ est doublement importante car elle introduit le bassiste Willie Dixon auprès des frères.
En 1950 Leonard et Phil rachètent les parts du couple Aron, prennent le contrôle d’Aristocrat et le rebaptise Chess. Au début ils publient principalement du jazz populaire glanant un succès en mai 1950 avec ‘My Foolish Heart’ de Gene Ammons, mais ils viennent rapidement au blues. A partir de leurs expériences dans le secteur des discothèques de Chicago, ils ont compris les préférences du public majoritairement afro-américains. Deux membres du band de Muddy Waters sont signés. Le guitariste Jimmy Rogers en août 1950 qui grave ‘That's All Right’ et ‘Luedella’ et Little Walter qui révolutionne l’harmonica dans le Chicago blues avec ses envolées étonnantes de fantaisie amplifiée. Au début, Phil supervise la boîte de nuit et les bureaux tandis que Leonard s’occupe des enregistrements et des livraisons aux stations de radio de la région de Chicago. Les Chess s’investissent dans le blues parce que ça rapporte. Ils sont essentiellement commerçants, mais pas experts en la matière. En 1951, Willie Dixon est donc embauché pour les seconder. Dixon devient l’éminence grise du label et en dehors du balayage et du téléphone, il s’occupe surtout de la production, des arrangements, de la gestion du studio et joue de la contrebasse durant toutes les sessions d’enregistrement. Son rôle au sein de l’entreprise est si important que Leonard Chess le reconnaîtra plus tard comme étant son bras droit.
En 1952 le label crée une filiale : Checker.
Leonard Chess et Muddy Waters entretiennent des relations particulièrement étroites, bénéfiques à l’un comme à l’autre. Le musicien suggère de nouveaux talents à l’homme d’affaires qui lui prête une oreille attentive. Et si Len Chess est gagnant financièrement il en sera toujours reconnaissant à Waters qu’il ne laissera jamais choir, même quand ses disques se vendront moins bien.
Malgré son succès avec les artistes locaux Leonard Chess commence à regarder à l'extérieur de Chicago. En contact avec Sam Phillips, propriétaire du studio Sun à Memphis qui cherche des débouchés dans le Nord, Chess diffuse les disques du pianiste Roscoe Gordon, de Rufus Thomas, Dr. Isaiah Ross, Joe Hill Louis et Bobby Bland. Mais la plus belle prise pour la maison de disques de Chicago est Howlin’ Wolf. Avec Ike Turner au piano ‘How Many More Years’ et ‘Moanin' At Midnight’, sont parmi les meilleures ventes en 1951. En 1953, Wolf quitte Memphis et Sun pour Chicago, et enregistre quelques hits comme ‘Who Will Be Next’ et ‘Smokestack Lightnin’. D’autres grands noms du blues venus du Sud sont engagés par Chess au début et au milieu des années 1950 : Memphis Slim, Eddie Boyd et Willie Mabon.
John Lee Hooker enregistre pour Chess en 1950. Joe Williams a un succès cette même année avec ‘Every Day I Have The Blues’. En 1953 Big Bill Broonzy et Washboard Samblues chess records gravent des morceaux faisant la liaison entre le blues de Chicago d'avant-guerre et le nouveau style. Memphis Minnie tente de relancer sa carrière avec un single Checker en 1952, ‘Me And My Chauffeur’. Les saxophonistes Leo Parker, Tab Smith, Lynn Hope et Eddie Johnson entretiennent la flamme du jazz. Au début des années 1950, le groupe de Muddy Waters s’étoffe avec le pianiste Otis Spann. Même s'il est maintenant une star à part entière, Little Walter enregistre encore derrière son ex-patron Muddy Waters sur l'immortel ‘I'm Your Hoochie Coochie Man’ et ‘I'm Ready’.  
Quand au milieu des années 1950 Elvis Presley enthousiasme la jeunesse, le label Chess a ses propres rock'n'rollers blancs, Dale Hawkins créateur de ‘Susie Q’ et Bobby Charles chanteur louisianais qui a écrit ‘See You Later Alligator’, chanson qui connaîtra une gloire planétaire avec Bill Haley. Beaucoup des plus grands succès de cette période viennent de groupes doo-wop comme les Moonglows de Louisville avec un succès en 1954 ‘Sincerely’ et les Flamingos, un quintet de Chicago dirigé par Nate Nelson, qui accrochent les charts en 1956 avec ‘I'll Be Home’ et ‘A Kiss From Your Lips’. Mais personne chez Chess n'a autant d'impact que Chuck Berry qui sur les conseils de Muddy Waters signe un contrat en mai 1955 et gagne son premier hit inoubliable, ‘Maybellene’.
 En 1955, de nouveaux talents rejoignent le label. Sonny Boy Williamson, qui s’est fait connaître à travers le Delta du Mississippi grâce à ses émissions de radio King Biscuit Time, rejoint Checker. Pour son premier enregistrement ‘Don’t Start Me Talkin’ il est accompagné par une partie du groupe de Muddy Waters. Bo Diddley arrive aussi en 1955 et engrange deux hits ‘Bo Diddley’ et ‘I'm A Man’ Alors que Chuck Berry, Bo Diddley et les groupes de doo-wop sont de gros vendeurs, certains des grands noms du blues qui ont incarné Chess au cours de ses premières années d'activité commencent à disparaître. Mais les piliers que sont Muddy Waters, Sonny Boy Williamson et Howlin’ Wolf résistent. Wolf cartonne au début des années 60 avec des chansons écrites par Willie Dixon ‘Back Door Man’, ‘The Red Rooster’ et ‘Hidden Charms’ mis en valeur par la guitare de Hubert Sumlin.
En 1960, Dixon recrute de jeunes talents de Chicago, Buddy Guy avec ‘First Time I Met The Blues’ et ‘Broken Hearted Blues’ et Otis Rush avec ‘So Many Roads, So Many Trains’. Etta James fait également ses débuts avec pas moins de quatre hits cette année-là. Son magnifique travail au cours des 16 années suivantes révèle des profondeurs de passion et de douleur avec de somptueuses ballades ‘At Last’ et ‘Trust In Me’ (deux grands succès en 1961) et l'année suivante avec ‘Something's Got A Hold On Me’ aux accents gospel et le très enflammé ‘Tell Mama’ enregistré dans les studios de Muscle Shoals en 1967.
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Au milieu des années 1960 d'autres chanteuses rencontrent le succès : Jan Bradley (‘Mama Didn't Lie’), Sugar Pie De Santo (‘Slip-In Mules’, ‘I Had A Talk With My Man’), Fontella Bass (‘Rescue Me’), Jackie Ross (‘Selfish One’), Jo Ann Garrett (‘Stay By My Side’), Laura Lee (‘Dirty Man’). Même Irma Thomas rejoint Chess en 1967, en enregistrant à Muscle Shoals. Koko Taylor marque le dernier hit blues pour Checker en 1966 avec ‘Wang Dang Doodle’.
Pour diffuser plus largement leurs productions, en 1963 Phil et Len Chess acquièrent une station de radio dédiée au public afro-américain : WVON (Voice Of a Nation).  Les débuts à l’antenne se font le 1er avril et le succès arrive rapidement. La radio se classera régulièrement parmi les cinq stations les plus écoutées sur le marché.
En 1964 lors de leur première tournée aux Etats-Unis, les Rolling Stones grands amateurs des productions Chess dont ils se sont largement inspirés souhaitent visiter les lieux et enregistrer sur place. Bien que les studios ne soient pas accessibles à des artistes non labellisés, le manager Andrew Loog Oldham réussit à organiser une session pour le groupe. Les 11 et 12 juin les cinq londoniens gravent une série de titres: ‘It’s All Over Now’, ‘If you Need Me’, ‘Around And Around’, ‘Pain In My Heart’, ‘Empty Heart’, ‘Good Times, Bad Times’, ‘Susie Q’… Quelque temps plus tard ils immortalisent la célèbre adresse du label, avec l’instrumental ‘2120 South Michigan Avenue’ qui paraît sur leur album 12X5.
En août 1964 paraît le superbe album Two Great Gutars rassemblant Chuck Berry et Bo Diddley, chacun d’eux étant leader sur une face. Ce LP est considéré depuis comme le premier album de super-session.
Little Milton Campbell fusionne blues et soul et accroche des hits avec ‘We're Gonna Make It’, ‘Who's Cheating Who ?’ et ‘Grits Ain't Groceries’. Dans la même veine s’inscrivent les Dells (‘There Is’ et ‘Stay In My Corner’), les Radiants (‘Voice Your Choice’), Billy Stewart (‘Summertime’, ‘Sitting In The Park’), Bobby Moore & The Rhythm Aces (‘Searching For My Love’). Tommy Tucker revient sur le terrain du blues avec ‘Hi-Heel Sneakers’ en 1964, tandis que le Ramsey Lewis Trio, avec Eldee Young à la basse et Red Holt à la batterie est plus métissé avec son interprétation de ‘The In Crowd’ et ‘Hang On Sloopy’ qui entrent dans les classements R&B et pop en 1965.
Entre le 19 février 1962 et fin octobre 1963 Chuck Berry s’est retrouvé en prison, accusé d’avoir fait passer une frontière d’Etat à une femme dans un but immoral. Une fois libéré, durant la période de février 64 à mars 65, Chess sort six 45-tours qui entrent dans le Top-100 : ‘No Particular Place To Go’ (n°10), ‘You Never Can Tell’ (n°14), ‘Nadine’ (n°23) et ‘Promised Land’ (n°41). Tous ces titres ont été écrits sous les verrous à Springfield, Missouri. Le dernier titre au classement ‘Dear Dad’ (n°95) sera le dernier succès de Chuck Berry. En 1966 il quitte Chess et signe chez Mercury.
En octobre, Leonard Chess meurt d’une crise cardiaque. En janvier de cette année-là, lui et Phil ont vendu la société à GRT grosse entreprise produisant des bandes magnétiques. Les producteurs Ralph Bass et Gene Barge font de leur mieux pour maintenir les choses en place. Malheureusement, l'élan dont Chess jouissait depuis longtemps commence rapidement à s'éroder. Une page se tourne, à la mort de Len la famille a décidé également de revendre la station de radio.
Après quelques années de vaches maigres, chez Mercury Recordsblues chess records Chuck Berry revient chez Chess et enregistre son plus gros succès pop en 1972 avec ‘My Ding-A-Ling’. C’est cette année-là que Phil Chess se retire des affaires et va s’installer en Arizona où il finira ses jours, décédant à 95 ans passés.
En 1975, GRT met la clé sous la porte et vend à All Platinum Records d'Englewood, New Jersey. Enfin, en 1985, MCA acquiert les droits sur le catalogue Chess. Au début de l'année 1987, Andy McKaie, vice-président du développement des catalogues et des marchés spéciaux chez MCA, commence à lancer une ambitieuse campagne de réédition à long terme des précieuses matrices Chess. Un programme qui atteint son apogée en 1997, célébration du 50ème anniversaire.
Le mode de gestion des frères Chess a souvent été controversé. Il se dit qu’au lieu de payer des royalties aux artistes, ils leur offraient une Cadillac ou réglaient leurs factures. En raison de ces pratiques, Chess Records a eu de nombreux problèmes juridiques avec certains musiciens. Il est cependant indiscutable que le duo polonais a noué des relations significatives avec les musiciens avec lesquels il a travaillé, non seulement en tant que partenaires commerciaux, mais aussi en tant qu'amis.
Phil et Leonard Chess ont été intronisés au Blues Hall Of Fame en 1995.                                  

Gilles Blampain