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Portrait: CHARLES BROWN   Dossier: SPECIALTY RECORDS
 


Dossier
CHANCE RECORDS


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Spécialisé dans le doo-wop, le blues, le jazz, et le gospel, ce label a eu une vie éphémère mais il a marqué l’histoire de son empreinte.   

A la fin des années 1940, Art Sheridan qui est né le 16 juillet 1925 à Chicago dirige une entreprise de distribution etblues chance records une usine de pressage, Universal Recording Corporation, où l'essentiel de son travail est axé sur la production d’artistes afro-américains ainsi que l’American Record Distributors (ARD). Mais rapidement, il dissout la société de distribution, ARD et réorganise l’établissement en tant que Sheridan Distributing. Il presse des microsillons pour Aristocrat, King records, Universal… Et un beau jour lui vient l’idée de créer son propre label.

Chance Records ouvre ses portes en septembre 1950. Son siège social est dans les bureaux de l’American Record Distributors (ARD) au 2011 South Michigan Avenue. La toute première production Chance est un combo dirigé par le saxophoniste ténor John Schoolboy Porter qui a développé un style vigoureux de R&B dans le groupe de Cootie Williams et qui sera un contributeur régulier du label jusqu'à son départ de Chicago en 1952.  Il enregistre une version instrumentale de la chanson de Tommy Dorsey/Frank Sinatra, ‘I’ll Never Smile Again’, un succès de l'automne 1950. Porter est soutenu par une section rythmique composée de Jesse Hart au piano, Walter Broyle à la basse et Carl Scott à la batterie. Porter grave aussi ‘Tennessee Waltz’, reprise par de nombreux artistes en 1950, son interprétation se vend si bien que l'usine de pressage de Sheridan, Armour Plastics, ne peut pas répondre à la demande et c’est RCA Victor qui est sollicité pour de nombreuses autres copies. La deuxième parution est un disque du Al Sims Trio avec un excellent chanteur nommé Sam Dawson qui interprète ‘I Wonder, Baby’, un titre de proto-rock-and-roll et ‘Moody Woman’ dans la veine de Charles Brown. Toutefois, les ventes n’étant pas à la hauteur des attentes le trio en restera là.
En 1951, l'entreprise est confrontée à de gros problèmes avec l'American Federation of Musicians du fait que des personnels non syndiqués ont participé à l'une des séances de Schoolboy Porter. La compagnie perd donc sa licence pour enregistrer avec des musiciens de l'Union pendant un an, toutefois Sheridan travaille avec des groupes de gospel qui à cette époque sont presque tous non-syndiqués comme the Heavenly Wonders, Southern Clouds, Golden Tones et Naomi Baker. Il reste cependant persona non grata auprès de la section locale du Syndicat des musiciens pendant de nombreuses années. Sheridan ne pouvant pas faire de nouveaux enregistrements récupère astucieusement du matériel auprès de nombreux petits labels : la première session du pianiste de jazz John Young, la toute première session de Little Walter, un long extrait de Sunnyland Slim, trois 78 tours de John Lee Hooker, tous sortis sous le pseudonyme John L. Booker, obtenus auprès de Jo Van Battle de Detroit.

Chance se rétablit rapidement lorsque l'interdiction prend fin en mai 1952, et Sheridan déménage à la fois la maison de disques et son entreprise de distribution au 1151 East 47th Street. Le chanteur de blues, Brother John Sellers, le trompettiste de jazz King Kolax, les bluesmen Homesick James et Jo Jo Adams, intègrent le label. À l'automne, le bassiste Al Smith prend la tête d'un groupe maison avec le saxophoniste ténor Red Holloway, le guitariste Lefty Bates et le batteur Vernel Fournier ; le premier chanteur qu'ils accompagnent est Bobby Prince.
blues chance records
L’année 1953 débute avec un ambitieux programme d'enregistrement de blues. Les 12, 17, 23 et 31 janvier, quatre sessions marathon sont organisées avec JB Lenoir, Sunnyland Slim, Johnny Shines, Big Boy Spires, Johnny Williams, James Williamson, Little Hudson Shower et Floyd Jones. On peut dire que le label atteint son apogée à ce moment-là. Une brève collaboration avec JOB Records dirigé par Joe Brown débouche sur les sorties de disques de Homesick James, Arthur Big Boy Spires, Sunnyland Slim et Johnny Shines, bientôt rejoints par Lazy Bill Lucas, Willie Nix et Rudy Greene disciple de T-Bone Walker. Mais l'objectif de l'entreprise est de proposer des groupes vocaux. Sheridan fait un investissement important dans le doo-wop en signant deux des formations principales de la période, The Flamingos (Sollie McElroy, Ezekial Carey et Jacob Carey, Johnny Carter et Paul Wilson) et The Moonglows (Harvey Fuqua, Bobby Lester, Alexander Graves, Prentis Barnes et Billy Johnson). Dans le même temps le combo de R&B dirigé par Tommy Dean fait une session, tout comme les groupes de jazz du pianiste Jimmy Binkley et du trompettiste Conte Candoli.
Durant l'été, pour gérer une partie de son catalogue en expansion, Sheridan ouvre une nouvelle filiale, Sabre, au 1225 East 47th Street. Deux nouveaux groupes doo-wop qu’il a signé, les Five Echoes (Tommy Hunt, Walter Spriggs, Constant Sims, Earl Lewis, Jimmy Marshall) et les Five Blue Notes (Andy Magruder, Robert Stroud, Moise Vaughan, Jackie Shedrick, Fleming Briscoe), enregistrent exclusivement pour la nouvelle filiale.  
En 1953, Tampa Red grave six titres chez Chance publiés sous le nom de Jimmy Eager and his Trio car il est toujours sous contrat avec RCA Victor à cette époque. En juin, Sheridan prête main-forte à un nouveau label qui a vu le jour à Gary, Indiana, Vee-Jay. La société gérée par deux néophytes, Jimmy Bracken et Vivian Carter qui n'ont qu’une connaissance limitée du business, a besoin d’un coup de pouce pour le marketing et la distribution de ses toutes premières productions. Jimmy Reed et le groupe vocal The Spaniels bénéficient donc tous deux d’une sortie parallèle sur Chance.  

En 1954, la compagnie enregistre un nouveau groupe vocal de rhythm and blues appelé The Five Chances (Howard Pittman, Reggie Smith, Harold Jones, et les frères Darnell et John Austell) ‘I May Be Small’/’Nagasaki’, ainsi que le groupe de gospel The Famous Boyer Brothers (James Buchanan Boyer, pianiste et chanteur baryton et Horace Clarence Boyer, organiste et chanteur ténor) ‘Trust Him Today’/’Going Back To My God’. Une nouvelle recrue majeure en blues, J. B. Hutto, fait également ses premiers enregistrements pour Chance avec ‘Loving You’/’Pet Cream Man’. Juin 1954 est marqué par le départ d’Al Smith et son équipe de musiciens de studio qui passent chez Vee-Jay. Le 14 octobre, Willie Nix à la batterie, Eddie Taylor à la guitare, Sunnyland Slim au piano et Snooky Pryor à l'harmonica gravent ‘Just Can Not Stay’/All By Myself’, le disque sort en novembre sur Sabre. Sheridan et Abner s'investissent de plus en plus dans les affaires de James Bracken et de Vivian Carter. Un œil averti peut même remarquer que les étiquettes marron et argent des 78 tours Vee-Jay ressemblent à celles de la série pop Chance en usage en 1953. Sheridan explique : « J’en avais tout simplement marre, je passais beaucoup de temps avec Vivian, Jimmy et Abner, et je ne voulais pas être producteur ». En conséquence, en décembre 1954, Sheridan ferme Chance Records pour devenir l’un des principaux actionnaires de Vee-Jay records. Ewart Abner se retrouve également chez Vee-Jay début 1955 où il est d’abord manager avant de devenir par la suite vice-président et finalement président. Au bout de quelque temps Art Sheridan perd son enthousiasme juvénile pour cette aventure discographique et décide de poursuivre une carrière couronnée de succès dans l'immobilier.blues chance records

Quelques artistes Chance et Sabre, comme les Famous Boyer Brothers, Tommy Dean, King Kolax et les Five Echoes, refont surface chez Vee-Jay, les Flamingos vont chez Parrot puis chez Checker et les Moonglows se retrouvent chez Chess. Ce que Chance a produit au cours de ses quatre années d'existence n’égale pas la production de ses homologues beaucoup plus grands comme Chess ou Vee-Jay, pourtant, avec son catalogue, il reste l'un des labels légendaires de l'âge d'or du rhythm and blues. Quand la compagnie ferme ses portes, la révolution du rock 'n’roll démarre tout juste mais l’histoire ne retiendra pas son nom dans ce domaine. Chance a produit peu ou pas de disques de rhythm and blues pouvant être assimilés au rock 'n’roll car les groupes vocaux étaient soutenus par des musiciens de jazz qui travaillaient dans des clubs du Sud et de l'Ouest, ce qui donne une autre dimension musicale.
Propriétaire de plusieurs clubs de jazz, Art Sheridan qui s’est installé à Aurora, dans l'Illinois, reste impliqué dans les secteurs de la musique et de l'immobilier. En 2015 à l'occasion de son 90ème anniversaire, il participe à un saut en parachute annuel dans la région de Fox River Valley, non loin de Chicago.

Gilles Blampain