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été 20
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CD
Wilko Johnson & Roger Daltrey

 

Going back home

Going Back Home est un album de Wilko Johnson. A part ‘Can You Please Crawl Out Of Your Window’ (Dylan, 1965), que le couple fait mousser avec la consistance du pub-rock, Daltrey ne chante que du Wilko Johnson. Des titres écrits du temps de Feelgood, deux du Jetty, un de Malpractice et même ‘Sneaking Suspicion’ qui donne son nom au quatrième album, celui de la rupture et l’entrée du purgatoire pour Wilko. Tout le reste, ‘Ice On The Motorway’, ‘Some Kind Of Hero’, avait été enregistré jadis par le tricard, dans les boyaux de la renommée.
Going Back Home est peut-être même le seul véritable album solo de Wilko Johnson, comme si toutes ces chansons n’avaient été que des roughs, attendant d’être mises au propre par une voix digne de sa Telecaster (Wilko, lui, les chantait comme on agonise).
En congés des Who, Daltrey n’a jamais aussi bien gainé les abdos qu’ici, parpaing roulant, caoutchouc épais, revêche, une CD blues wilko johnson & roger daltreyseule octave qui se propage comme une onde sismique, soul shouter blanc (‘Keep It Out Of Sight’). On croit entendre Lee Brilleaux plus d’une fois, avec un lustre supplémentaire dans le timbre. Et on l’entend si bien que Going Back Home pourrait être encore le cinquième album de Feelgood avant l’arrivée de Gypie Mayo, un flash forward entre Sneaking Suspicion et Be Seeing You.
Wilko ? C’est toujours Jethro Steelfingers, une dextre sèche et robotique, deuxième garçon d’honneur de la planche Fender, après Muddy Waters. Rien de neuf dans le style ni dans le répertoire, mais transfiguré par l’ivresse du point final et la satisfaction d’avoir rangé sa chambre avant le départ. Car il s’agit de ça aussi. Sa section rythmique est investie de la dernière signature, tendue vers sa réussite : le batteur Dylan Howe et l’extraordinaire bassiste Norman Watt-Roy, vieux copain du temps des Blockheads. Mick Talbot est aux claviers et Steve Weston à l’harmonica (surnom : « harp killer »).
Au-delà de ses qualités techniques, dynamiques, fantasmatiques, Going Back Home est par-dessus tout un explosif humain, un drame qui se joue sans compassion morbide, mais auquel on assiste avec ce voyeurisme inévitable qui en fait aussi le prix.
Ce type, les médecins le donnent pour mort il y a un an. La tournée d’adieu vire au triomphe. Un coup de mou pendant l’été, quand même, pour lui rappeler qu’il est en goguette conditionnelle. Back in the light. On ne l’aura jamais autant interviewé et photographié. Daltrey, ami de fraîche date, rêve d’un disque de blues loin des Who. Wilko et lui prennent une semaine en novembre dans le Sussex, Daltrey connaît un bon petit studio à Uckfield. Ils déposent, non pas le testament de Wilko Johnson (ce n’est pas son genre), tout juste un avis de passage. Or, il se trouve que la poste restante n’est pas exactement dans le quartier…
Christian Casoni