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12/22
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CD
STATUS QUO

 

Roadhouse Blues… Live… 1970-1971

Ils rebondissent, toujours chez Pye Records, avec deux albums qui redéfinissent les nouveaux contours de leur musique : Ma Kelly’s Greasy Spoon de 1970 et Dog Of Two Head en 1971. Largement plus charpentés et boogie, ils conservent toutefois aux entournures quelques scories acides. Status Quo ayant une réputation élogieuse de groupe de scène, notamment grâce à son double Live ! de 1977, l’amateur cherche des enregistrements de chaque époque, pour pouvoir savourer la quintessence de ce groupe qui n’a jamais été meilleur que sur les planches. Et qui plus est, en 1970 le Quo est en embuscade, affamé, et n’a d’autre choix que réussir. Il doit donc tout donner, et c’est évidemment là qu’il est le meilleur. De multiples bootlegs circulent, mais dont la qualité va de très moyen à déplorable. Les fans savent pourtant que le Quo fut capté en direct en qualité professionnelle en Grande-Bretagne, à la télévision allemande et dans le Nord de l’Europe, là où sa nouvelle musique commence à faire tache d’huile. Des images existent, mais jamais les bandes complètes ne furent publier proprement. C’est ici chose faite.
Ce double album compile trois sessions mythiques : Doing Their Thing sur Granada TV le 31 juillet 1970, Beat Club à Brême en Allemagne le 26 septembre 1970, et à Stockholm en Suède pour la radio nationale le 24 novembre 1971. La session BBC n’est ici pas présente, déjà officiellement publiée sur le coffret « Live At The BBC » de 2010.
Et oui, Status Quo est littéralement en feu sur ces deux disques en direct. Si l’on recherche les images sur le web, on découvre un groupe pouilleux, mal rasé, les fringues élimées, mais jouant avec une dalle infernale. Et c’est véritablement le cas, certains concerts permettant juste à payer l’essence du van, une assiette de beans avec un steak et quelques stouts. D’ailleurs, l’organiste Roy Lynes se sauve assez vite, ne supportant ni la nouvelle musique, ni le rythme infernal de tournées. Qu’importe, un cinquième membre officieux monte régulièrement sur scène avec eux : Bob Young à l’harmonica, notamment sur les reprises de ‘Roadhouse Blues’ des Doors, un de leurs nouveaux chevaux de bataille. C’est d’ailleurs par ce morceau qu’ils entament leur set sur Granada TV. Alan Lancaster prend le micro de sa voix rauque, pas vraiment adaptée pour le psyché d’avant, mais particulièrement pertinente pour ce genre de répertoire. Et ça cravache. On sent d’ailleurs que le piano électrique est devenu accessoire. Parfitt et Rossi tabassent tellement leurs guitares, poussés par la basse teigneuse de Lancaster, qu’il n’est presque plus audible. Coghlan ne se fait pas non plus prier pour cogner sur ses caisses. Il s’agit là d’une des dernières apparitions de Lynes. Cette première session donne un aperçu du nouveau répertoire, très boogie. Il culmine à l’époque par une pièce à rallonge issue du premier album : la suite ‘Is It Really Me/Gotta Go Home’. C’est un étrange morceau en deux parties entre rock psychédélique énervé et pur boogie-blues entêtant. La version de Granada TV fait plus de douze minutes, celle du Beat Club, quasiment vingt-sept. C’est leur tour de force, rebondissant sans cesse comme des forcenés. Ils se souviendront de ce morceau pour ‘Forty-Five Hundred Times’ sur Hello en 1973, et qui deviendra leur grand cheval de bataille jusqu’à la première séparation en 1984. Ces bandes font également ressortir un morceau de 1970 nommé ‘Spinning Wheel Blues’. Son boogie presque fantôme est une merveille absolue, jouant non sur la puissance mais sur le rythme. La version du Beat Club est sans doute la plus aboutie. Cette session allemande offre également une version live d’un étrange psyché-boogie nommé ‘(April) Spring, Summer And Wednesdays’ avec son motif tournant et ses paroles obsédantes.
Sur le set de 1971, Status Quo est passé du stade à défendre son boogie contre vents et marées, à celui de la conviction que ça marche et que c’est sur le point de le faire. Le public est toujours plus nombreux à chaque concert, et ce, partout en Europe. Les compositions évoluent vite. ‘Junior’s Wailing’ de Steamhammer est ajoutée. C’est presque logique, car Steamhammer est un précurseur tendance heavy-blues psychédélique de Status Quo, leur album Mountains de 1970 étant sans doute une autre grande source d’inspiration. Ils auront toutefois injecté une nervosité, une fébrilité, une folie hargneuse qui manquaient à Steamhammer autant qu’à Chicken Shack.
Le concert à Stockholm est effectivement plus proche de Piledriver que ses prédécesseurs. Toutefois, les improvisations boogie sont encore bien présentes. ‘Someone’s Learning’ et ‘Umleitung’ déroulent encore leurs huit minutes, mais la chose est contenue. Status Quo peut aussi s’appuyer sur un mini-tube avec ‘In My Chair’, n°21 en Grande-Bretagne et n°38 en Allemagne. Status Quo s’inspire alors de ce qu’il voit sur la route. Umleitung signifie déviation en allemand. Rossi s’en est souvenu pour ce morceau, qui symbolise la bifurcation vers leur nouvelle musique. Dog Of Two Head apporte aussi le plus beau boogie-blues en deux actes du Quo : ‘Railroad’. Le set à Stockholm en offre une version magnifique, avec ‘Bandie’, alias Bob Young à l’harmonica. Ça cravache comme une locomotive, mais avec une économie de puissance sonore désarmante. Le tempo suffit à imprimer la violence de la musique. Le set se termine sur une version dévastatrice de ‘Roadhouse Blues’, qui annonce celle qui sera gravée dans la cire sur Piledriver. Un disque de spécialistes ? Plutôt un disque où tout est dit en quelques mesures. Le boogie anglais à l’état pur, nu et cru.
Julien Deléglise

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