blues again en-tete
12/22
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CD
HELDON

 

Antelast

Mais quand on sait que Magma est aujourd’hui timidement salué, et que Ange tourne dans l’indifférence générale, tous deux après cinquante ans de carrière, quelle misère. Pinhas a sans doute aussi payé ses opinions politiques. Ce disciple de Gilles Deleuze n’est pas du genre à faire le spectacle des Enfoirés, qui portent de plusBLUES HELDON en plus bien leur nom. Christian Vander et son Magma, et Christian Décamps et son Ange, tous deux payent leur volonté d’indépendance. Et puis voilà que Richard Pinhas a décidé de réanimer la bête endormie depuis 1979 : Heldon. S’il en est le seul membre historique, il a voulu retrouver la folie électrique et rock qu’il avait quelque peu écarté sur ses projets solo pour se consacrer à d’autres expérimentations. Comme pour tous les groupes qui se reforment après quarante ans de sommeil, Heldon allait-il raviver le souffle magique ? La réponse est indiscutablement oui. Antelast a retrouvé ce chemin épique laissé après le superbe Stand-By en 1979. Pinhas a poussé le vieux portail rouillé. Il a taillé quelques grosses branches encombrantes pour atteindre la porte d’entrée. Il a ressorti la vieille clé qui était dans cette vasque sur le meuble du vestibule depuis quarante ans, il a tourné la serrure, et est rentré dans l’antique maison. Il a ouvert les fenêtres, poussés les volets, enlevé les draps poussiéreux sur les amplificateurs et le vieux synthétiseur ARP. Il a sorti sa Gibson ES335 Cherry Red de son étui, et tout est reparti. On lui a prêté main forte à la batterie (Arthur Narcy) et à la basse (Florian Tatard) ainsi qu’aux synthétiseurs (Narcy et Tatard), comme avant, comme dans les années 1970, quand Heldon était un équipage fantôme qui faisait vibrer les murs de Nancy et Metz. Antelast est un album en cinq parties dantesques, habitées par cet esprit de consternation face à la civilisation de consommation moderne stupide et dérisoire. Et plus que dans les années 1970, ce point de vue n’a jamais été aussi pertinent. Comme les paroles de Bernie Bonvoisin de Trust qui sonnent terriblement prémonitoires, la musique cataclysmique d’Heldon n’est plus trop en avance sur son temps, trop vindicative. Elle est terriblement pertinente. Et toutes les émotions électriques, ce torrent de folie que déversent Richard Pinhas et Heldon est d’une cruelle réalité. Mais plutôt que de dire, blasé, qu’il nous avait mis en garde, Pinhas et Heldon remuent à nouveau ciel et terre pour crier détresse. Antelast, c’est tout cela, et c’est sans doute le plus grand disque de Richard Pinhas et Heldon depuis Stand-By et Iceland. Julien Deléglise

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