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CD
ALL THEM WITCHES

 

Live On The Internet

Les concerts étant toujours impossibles, All Them Witches décident de sacrifier au désormais rituel du live en ligne en décembre 2020. On pourrait déjà y émettre une critique majeure de tous ces lives publiés pendant ou pBLUES ALL THEM WITCHESost-confinement : il ne s’agit finalement que de répétitions plus ou moins bien captées. Mais curieusement ici, la prise de son et la prestation du trio rend presque inutile le public, tant l’intensité y est écrasante. Cette prestation, désormais disponible en CD et en vinyle, est autant fascinante que capitale pour All Them Witches, qui vient de publier son premier album en trio. Il s’agit de démontrer qu’ils n’ont rien perdu en efficacité musicale. C’est aussi l’occasion de démontrer que les nouveaux morceaux fonctionnent en live. Ils sont au nombre de quatre : ‘Enemy Of My Enemy’, ‘41’, ‘Saturnine & Iron Jaw’ et ‘Rats In Ruin’. Et oui, ils fonctionnent à merveille. Comme le reste du répertoire d’ailleurs, désormais dépourvu de claviers, et ne reposant que la basse de Parks Jr et la guitare McLeod, solidement soutenues par Staebler. All Them Witches a envisagé ce disque comme un étrange crossover entre album live et studios, avec des loops pour accompagner les interprétations en direct et créer un climat pour les chansons. Le set commence par le titanesque ‘Blood & Sand’ de presque dix minutes. Certains découvriront l’étrange construction de leur musique : un tapis d’électricité obsédante sur laquelle Parks Jr chante autant qu’il scande, comme une sorte de Bob Dylan stoner, la voix toutefois plus chaude et blues. Le répertoire flirte effectivement de plus en plus avec le stoner-metal, comme le confirme ‘41’ avec son riff proto-thrash. Il y a aussi les hallucinations psychédéliques comme ‘Alabaster’ avec son riff ouvert rappelant Colour Haze et Kyuss. All Them Witches affirme son identité blues sur des morceaux comme ‘Diamond’, avec son tempo massif et son motif obsédant, sa wah-wah gargouillante. Il y a aussi ‘Charles William’ et sa slide sudiste. ‘Rats In Ruin’ réunit les deux mondes, avec sa lente montée incantatoire qui se termine en coda blues slidée. Alors que tout l’enregistrement se fit dans un studio fermé, les coups de bottleneck semblent ouvrir la porte vers les grands espaces, beaux et lumineux, où tout devient espérance. Ce double album live sort alors que Allan Van Cleave est revenu en début d’année à sa place derrière les claviers. Pour l’occasion, ils ont célébré son retour en reprenant un classique du blues : ‘Black Snake’ de John Lee Hooker, dans une version reptilienne de plus de onze minutes absolument fascinante. La bonne surprise laisse la place à l’impatience pour un disque de stoner-blues pur sucre. En attendant, Live On The Internet n’est pas un intermède raté ou inutile. Il est la quintessence d’une très courte séquence du groupe, qui réduit au trio, explora de nouveaux horizons plus psychédéliques et lourds.
Julien Deléglise

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