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été 20
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The Rise and Fall of Paramount Records

 

blues

Jack White maintenant. La presse globule sur lui parce qu’il est le coproducteur le plus fameux du triumvirat qui conduit The Rise And Fall Of Paramount Records, mausolée en deux monuments que Third Man met sur le marché. Chaque pièce (10,1 kg) est tirée à 5 000 exemplaires et vendue 400 dollars. Quand il a une lubie, Jack ne se pose pas la question du pouvoir d’achat. Le Gatsby du microsillon trempe le maillot dès la première heure, mais il ne joue pas ce coup seul. L’idée lui a été soumise par un certain Dean Blackwood, responsable de Revenant Records depuis la mort de John Fahey. Dean aborde Jack avec, sous le bras, le bouquin qui donnera son titre à cette pyramide et fournira l’essentiel des données historiques : le Paramount’s Rise And Fall d’Alex Van Der Tuuk, troisième timonier du voyage, chercheur, auteur indépendant et greffier suprême de toutes les affaires Paramount.
Une quarantaine d’experts ont documenté ce musée-au-bout-du-bras, dépouillé des milliers d’enregistrements, retenu les plus audibles, pratiqué la divination calendaire sur des centaines et des centaines de dates disparues avec les registres, et rattrapé des fantômes magnifiques comme Geeshie Wiley. La restauration de la matière noire est spectaculaire. Il suffit de comparer leur version de ‘Slidin’ Delta’ (Tommy Johnson) avec toutes celles qu’ont proposé jusqu’ici les revivalistes.
The Rise And Fall Of Paramount Records est une goinfrerie de mélomane, d’historien, d’éditeur, de designer et bientôt d’antiquaire… On ne fera (et on n’aura) jamais mieux. Le premier lot, serré dans une valise en bois de chêne, couvre les dix premières années du label (1917-1927). Le second termine l’histoire, absorbant au passage les deux années névralgiques du blues rural (1928, 1929). Ses trésors sont rangés dans un coffre en aluminium poli : la talking machine portable de RCA Victor, modèle K. Chaque caisson renferme un portfolio de six LP. Dans la valise, les vinyles tournent au marbre brun, étiquette à la feuille d’or. Dans le phono, touche art déco, les 33 tours sont blancs du fil à la perforation centrale. Au fond de chaque coffre, une clé USB livre 800 plages mp3 dans l’ordre alphabétique (l’imprécision des dates décourage l’excursion chronologique), des films d’animation et des documents d’époque. La clé du 1 prend la forme d’une tête de lecture, peut-être une boîte à aiguilles, celle du 2 reproduit une aile d’aigle. Les coffres abritent deux gros bouquins, tomes 1 et 2 de l’histoire du label (iconographie léchée dans le grain), et deux fields manuals alignant 300 bios et mille autres frivolités. Enfin, réunies en cahiers : des liasses de documents publicitaires, et des affichettes. Il faut perpète pour explorer un tel labyrinthe de curiosités, emphase pour l’œil, l’oreille, les doigts et même les narines.
Paramount termine sa carrière en flibustier. Alex raconte qu’en 1933, incapable de payer ses employés, la maison les autorise à se dédommager sur le stock. Ils raflent en priorité les matrices métalliques pour les revendre à des fondeurs. De nombreuses cires font office de rustines dans des logements aux murs troués. Une partie de la production finit même dans la Milwaukee River, jetée du dernier étage de l’usine lors d’une partie de frisbee vengeresse. Paramount a gravé plus de 10 000 faces, une nébuleuse dont les égyptologues, comme Alex, n’ont exhumé que 60 à 80 % de la cire. Il n’y a pas si longtemps on a retrouvé un disque inconnu de Blind Blake, Sun To Sun, dans un mobil home de Caroline du Nord, pièce est versée au dossier.
Christian Casoni