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09/21
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Dossier
BOB WELCH


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BOB WELCH

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L’étrange aventure d’un homme discret.

Bob Welch est assis sur le canapé pliant dans le salon d’un ami, à Paris. Il est en slip, et regarde la lumière du soleil de ce début de printemps traverser les fenêtres. Bob a vingt-quatre ans, et sa carrière de musicien vivote sans grand entrainbob welch. Il n’est pourtant pas un jeune débutant. Sa musique a pour racines la soul et le rhythm’n’blues. Il débute à Los Angeles au sein des Seven Souls, qui accompagnent notamment sur scène rien de moins que James Brown, Aretha Franklin et Fontanella Bass. En 1969, après un concert à Hawaï, ils se séparent. Trois d’entre eux, dont Bob, forment alors Head West, qui publie un album. Toutefois, le groupe ne dure guère, et malgré la promesse de devenir musicien de studio chez Stax à Memphis, il ne veut pas retourner aux USA. Il décide donc de rester à Paris. Welch aime la vie de bohème, il flâne, profite de la vie française, sans savoir où il va aller. Il gagne sa vie en composant pour une maison de disques italienne, mais ne fait rien de créativement concret. Ce matin, c’est un fait, il ne va nulle part. Il ne voit qu’une seule issue : rentrer à Los Angeles.
Une amie, Judy Wong, épouse du bassiste de Jethro Tull Glenn Cornick, le met en contact avec un ami à elle : Mick Fleetwood, batteur de Fleetwood Mac, qui cherche un guitariste. Il appelle. Il est attendu en Angleterre pour une audition. Au téléphone, c’est le batteur Mick Fleetwood qui lui répond. Il l’attendra à la gare de Alton, ville juste à côté de Headley, dans le Hampshire, où résident les membres du groupe. Lorsque Bob Welch descend du train, il découvre un grand bonhomme filiforme aux cheveux raides. Les deux hommes montent dans une Coccinelle jaune, et se rendent à Benifold, le petit manoir à Headley où vivent Fleetwood Mac, surnommé Kiln House.
Mick Fleetwood est sympathique, avenant, pas prétentieux pour un sou. Le contact passe bien entre les deux hommes, qui discutent blues et jazz dans la voiture. Bob a pour seuls bagages sa Gibson SG Custom et un petit sac de voyage avec deux pantalons et deux tee-shirts. Il a avec lui tout ce qu’il possède. La petite Volkswagen se gare dans la grande cour en graviers. Bob fait connaissance avec les autres musiciens du groupe. Mick et sa femme Jenny Boyd, la sœur de Pattie et épouse de George Harrison, vivent dans les appartements des domestiques. Danny Kirwan, le guitariste, vit avec sa petite amie au troisième étage. Le bassiste John McVie et sa femme Christine, également pianiste du groupe, occupent une aile du bâtiment. A un étage se trouvent encore les affaires du guitariste Jeremy Spencer et de son épouse, mais le sujet est délicat.

Février 1971. Fleetwood Mac est reparti sur la route aux USA. Le groupe est en pleine ascension là-bas, avec toutefois un handicap de taille : leur guitariste-chanteur, leader et prodige, Peter Green, est parti en mai 1970 pour se consacrer à d’autres aventures musicales. Décapitée, la formation continue à quatre : Fleetwood, McVie, Spencer, Kirwan. Christine McVie les rejoint juste avant d’enregistrer l’album Kiln House, sorti en septembre 1970. L’album reçoit de bonnes critiques. Pourtant, cela n’atténue pas la panique terrifiante qui est en train de monter dans le cœur des deux guitaristes. Tous deux protégés de Peter Green, ils étaient d’excellents bras droits, apportant de la magnifique matière à la machine Fleetwood Mac qui comptait trois merveilleux guitaristes de talent. Mais les deux n’avaient pas le charisme naturel de Peter Green, sa grâce qui faisait que le public était immédiatement magnétisé. Aussi, lorsque Green décida de partir en mars 1970, honorant ses contrats jusqu’en mai, Spencer et Kirwan perdirent leurs moyens.
Christine McVie, excellente pianiste et chanteuse, auparavant dans Chicken Shack, fut embaucher pour apporter de l’assurance et du corps à la musique d’un groupe en déroute. Kiln House rassure, mais vient l’épreuve de la scène. Jeremy Spencer se révèle un homme de scène éblouissant dans ses merveilleuses interprétations/imitations d’Elmore James et Elvis Presley. Mais au fond, sorti de scène, il ne se sent plus à sa place. Et Kirwan, pétrifié par l’angoisse de la scène, a bien du mal à le seconder. Il est pourtant un admirable guitariste, chanteur et compositeur. On lui doit notamment les superbes ‘Station Man’ et ‘Earl Grey’, où s’expriment avec davantage de force encore son sens de la mélodie,bob welch et sa fusion de folk rêveur et de rock acide.
En février 1971, Fleetwood Mac est à Los Angeles, et doit assurer quatre soirs au Whisky-A-Go-Go. Le deuxième soir, Spencer disparaît. Le manager Clifford Davis, Mick Fleetwood et deux roadies mettent quatre jours à le retrouver, guider par quelques fans. La ville est alors ravagée par des sectes religieuses plus ou moins agressives, tentant de récupérer les hippies à la dérive, ayant parfois plongé dans les drogues dures. Spencer, en proie au doute, se réfugiant dans les lectures religieuses, sera retrouver dans la secte des Enfants de Dieu. Après deux heures de négociation à la porte, Spencer apparaîtra, le crâne rasé, l’œil vitreux, entouré de trois adeptes qui répètent sans cesse : « Jésus t’aime ». Quatre heures de discussion plus tard, rien n’y fait, même pas le fait que Spencer a laissé femme et enfant à Benifold. « Jésus l’a voulu ainsi » répond Spencer. Finalement, sa famille le rejoindra, pour presque vingt années de vie de secte active et prosélyte. Davis décide de ne pas insister, la nuit tombant, et sentant qu’une atmosphère étrange de danger est en train de peser sur lui, Fleetwood et les deux roadies.
Le groupe retourne en Grande-Bretagne, mais doit assurer en février et mars six semaines de tournée américaine décisive. Le succès de Fleetwood Mac s’étiole dans leur pays d’origine, mais il est dans la pente ascendante aux USA. Fleetwood n’a d’autre choix, dans l’urgence, que de demander de l’aide à Peter Green. Le guitariste accepte, mais à une condition : il ne chantera pas, et ne jouera aucun solo. Cela ne sera que le début du calvaire.

Il est difficile de savoir si Peter Green est déjà atteint par la schizophrénie, ou s’il est en colère contre l’échec de sa carrière solo. Initialement, il est de confession juive. Vivant avec ses parents dans une grande maison, il supporte de plus en plus mal la faune qui tourne autour de lui et son groupe. C’est que Fleetwood Mac est devenu une vedette dès son premier album homonyme en mars 1968. Prenant le contre-pied de la hype hippie de 1967, se produisant en jeans-baskets-tee-shirts, jouant un blues rugueux à l’apparence académique, ce qui n’est en réalité pas le cas, Fleetwood Mac ouvre la voie à un son plus proche de l’os, en contradiction avec Cream, déjà trop progressif. Green, pourtant, n’est pas un esthète du blues. Il se fiche des références. Il cherche une tonalité dans le blues qui résonne dans sa poitrine, et qui sera la quête de sa vie. Pourtant, esthétiquement et musicalement, Fleetwood Mac est le chantre d’un blues à l’approche plus rustique, comme Savoy Brown, Chicken Shack ou Groundhogs, même si les apparences sont trompeuses.

bob welchGreen finira par rompre avec cet idiome avec l’album Then Play On de 1969. Spencer et ses imitations de rock’n’roll et de blues à la Elmore James sont mis de côté. Kirwan et Green développent des improvisations magiques, qui prendront tout leur sens sur scène. Les enregistrements en direct de 1970 sont absolument fantastiques de créativité. Mais déjà, Green est partagé entre mélancolie et violence noire, entre ‘Man Of The World’ et ‘The Green Manalishi’. Mine de rien, toute la base de Thin Lizzy, Judas Priest et Wishbone Ash est là, dans ces concerts fabuleux, où chaque note est une leçon.

Après le départ de Jeremy Spencer, nous n’en sommes plus à ce niveau d’excellence. Il s’agit juste d’assurer les concerts au mieux, et cela ne va pas être évident. Green revient, maussade. En mars 1970, à Munich, il passa la soirée à jammer avec des musiciens de la scène allemande dite Krautrock : Can, Neu, Amon Düül II. Green s’éclate comme un fou toute la nuit, aidé par du LSD. On ne sait si Spencer fut là ou pas, on sait juste que Clifford Davis alla récupérer son virtuose au petit matin, fin défoncé, pour assurer la suite de la tournée. Mais Green fut tellement enthousiasmé par l’expérience qu’il décida d’en faire sa carrière.
Le problème, c’est que les choses ne tournèrent pas exactement comme il le voulut. La scène anglaise n’était pas la scène allemande. Green trouva des musiciens de talent pour graver l’excellent et sous-estimé The End Of The Game sorti en novembre 1970, fait de six improvisations jazz-rock époustouflantes de talent. Mais ce côté free n’existait pas en Grande-Bretagne. Lorsqu’il vint en coulisse du Festival de Bath 1970 où triompha Led Zeppelin, Peter était là avec sa Gibson Les Paul, prêt à bondir. Sauf que chaque artiste et formation n’avait en tête que de capitaliser sur leur temps de prestation pour se faire remarquer. Finalement, Green resta seul avec sa guitare, rejeté comme un homme du passé, déjà.

Il se fit musicien de session pour Toe Fat, Peter Bardens, Gass, Country Joe & The Fish… En septembre 1970, il a revendu sa précieuse guitare Greeny à un jeune musicien irlandais dont il a flairé le potentiel : Gary Moore. Il fait des sessions en 1971 pour Memphis Slim et BB King. Mais les grands disques d’improvisations ne sont plus à l’ordre du jour. Green avait rêvé de jams comme cette scène allemande. Cette idée se brisera sur la situation de la scène musicale anglaise. Peter Green finit par tourner en rond avec des simples faits d’instrumentaux fantomatiques, dont les improvisations ressemblent à celles de Fleetwood Mac en 1969.

Donc, Peter Green revient, le poil court, et la lippe méprisante. Les conditions sont posées : il ne chantera rien, et ne jouera pas le moindre chorus. Il veut une séquence d’improvisation de son choix. Le leader musical sera Danny Kirwan. La tournée devient un exercice d’équilibriste. A chaque montée de scène, personne ne sait ce qu’il va jouer. Peter Green s’amuse à insulter le public. Il lance des jams sans prévenir, qui durent trente à quarante minutes. Il ferraille dru pour que Kirwan crache ses tripes de musicien. Il suit, mais le fait au détriment de sa santé, buvant des litres d’alcool pour compenser son trac, le précipitant dans l’alcoolisme. Au final, le public américain adore, aussi surprenant cela fut-il. Les grandes jams rappellent Grateful Dead mais en plus blues, et le groupe retombe de manière surréaliste sur ses pattes à chaque set. Toutefois, Fleetwood, Kirwan et les McVie reviennent rincés.

Lorsque Bob Welch entre à Benifold, il trouve quatre musiciens en proie au doute. Tout le monde est assis dans le grand salon au rez-de-chaussée, à boire du thé. On ne fait que parler de Jeremy Spencer ouvertement devant celui qui est censé être son remplaçant. Bob semble être le premier candidat à une potentielle embauche dans le groupe, mais celui-ci a-t-il seulement un avenir ? Le départ de Spencer et la vision de leur ami dans les mains de cette secte effrayante a traumatisé tout le monde. Welch va réussir à créer un climat de confiance qui se dessine rapidement avec les deux autres compositeurs du Mac : Danny Kirwan et Christine McVie. Comme par enchantement, leurs musiques sont en osmose, mélodiques, délicates, rêveuses, éthérées, issues du blues et du rhythm’n’blues. Welch apporte toutefois un petit plus qui provient de ses origines : une touche californienne.

Bob Welch ne sera pas en compétition au poste de guitariste de Fleetwood Mac : il sera l’unique musicien auditionné, et fera l’affaire. Son talent, son caractère doux, sa présence rassurante a remis de l’entrain au sein de Fleetwood Mac. Il pose son sac et sa guitare à Benifold, et commence à répéter. Le groupe décide volontairement de repartir d’une page blanche, et de ne pas jouer de morceaux de Peter Green ou de Jeremy Spencer. Seules les compositions de Kirwan et McVie sur Kiln House sont conservées dans le répertoire. Le reste sera du matériel original, auquel Welch contribue déjà avec notamment un morceau intitulé ‘Future Games’. BOB WELCH

Le baptême du feu se fait dans les clubs britanniques. On est loin des belles tournées américaines de l’ère Peter Green. Toutefois, Fleetwood Mac n’avait jamais tourné le dos aux petites salles, même après le succès des simples ‘Black Magic Woman’ ou ‘Albatross’. Ainsi, il était possible d’apprécier Fleetwood Mac au Nottingham Boat Club comme à la Roundhouse de Londres. Fleetwood Mac a toujours été un groupe proche de son public, préférant la chaleur des publics restreints aux trop vastes salles un peu impersonnelles. Les musiciens, modestes, humbles, avaient besoin de cela, tous. Après tout, Fleetwood Mac, en pleine mode hippie, avait été le premier à défendre une musique blues proche de l’os dès 1967, sapé en jeans, tee-shirts et baskets, avec une première pochette d’album montrant une arrière-cour, un chien et des poubelles. Le disque fut accessoirement 4ème des ventes en Grande-Bretagne et resta classé un an en 1968.
Alors le retour aux racines n’est pas trop un problème. Et ne parlons pas de Benifold. La petite vie en communauté est menée simplement. Chacun a son espace, mais l’on s’invite mutuellement. Comme tous bons anglais, les Mac passent souvent la soirée au pub de Headley, le Crown. Leurs tenues vestimentaires en font de braves anglais sans prétention. Mick Fleetwood porte toujours son pull de tricot de l’époque ‘Mr Wonderful’, et sa ceinture à deux boules de bois, qu’il traînera comme un fétiche jusqu’au début des années quatre-vingts. Christine McVie, qui a connu la dure vie de petite vendeuse méprisée avant de revenir dans Chicken Shack, s’habille pratique : jeans et chemises du même tissu. John McVie et sa moustache de Fu Manchu s’en accommode, lui qui vit entre deux verres et deux cigarettes. Il n’y a rien de glamour dans cette petite équipe, et Bob Welch correspond bien au tableau.

Parce que s’il faut parler un peu de Bob… Il semble avoir une quarantaine d’années alors qu’il n’est que dans sa vingtaine. Ses cheveux blonds et vaguement crépus se sauvent déjà sur le haut de son front. Il porte de grosses lunettes rectangulaires et une moustache de prof de maths. Il est pourtant incroyablement en accord avec ce drôle d’équipage d’où émergent de curieux remous. Danny Kirwan n’est déjà plus l’ange blond et surdoué des débuts en 1968. Enfin si, il l’est encore, mais plus seulement. Une forme de folie le guette, inexorablement. Il boit, beaucoup, de manière incontrôlable, pour contrer sa peur de la scène, ce foutu trac qui lui bouffe les boyaux. L’expérience Green du début de l’année 1971 l’a littéralement ravagé. Il a donné tout ce qu’il avait, mais en est sorti essoré. Son visage doux s’est transformé. Ses cheveux sont mal coupés. Sa modeste barbiche blonde montre un homme négligé. Son regard est perdu, en quête de quelque chose que seul lui semble connaître.

Une piste apparaît dans ses chansons sur le nouvel album : Future Games, qui paraît en septembre 1971. Son écriture semble s’être libérée depuis l’arrivée de Bob Welch. En fait, lors du départ de Peter Green, la création de chansons originales reposa sur Spencer et Kirwan, Christine McVie n’arrivant qu’au dernier moment pour l’enregistrement. Spencer était empêtré dans son revival de vieux rock’n’roll fifties et d’Elmore James. Kirwan était alors seul à pouvoir apporter des chansons à la forte personnalité, capables de poursuivre dignement l’œuvre entamée par Peter Green. Avec l’arrivée de Bob Welch, et l’essor de Christine McVie en tant que compositrice, Kirwan n’est plus seul. L’album s’en ressent. Curieusement, bien que les personnalités soient bien différentes, les esprits musicaux de Welch, Kirwan et McVie semblent se rejoindre dans une musique basée sur le blues, mais s’envolant vers des horizons rêveurs et délicats, très mélodiques.
Danny Kirwan offre la merveilleuse ‘Woman Of A 1000 Years’ qui ouvre le disque. Authentique rêverie délicate, elle pose le nouvel esprit de Fleetwood Mac. La personnalité est affirmée, et Kirwan se livre davantage. Ses chansons ont désormais en commun un sens de la mélodie mélancolique sur laquelle se posent des paroles mystérieuses évoquant des femmes imaginaires, une nature en attente de renaissance, le temps qui passe avec une forme de nostalgie. Les textes de Kirwan ont une forme de poésie qui ne s’était pas encore révélée, même sous l’ère Peter Green, et durant laquelle Kirwan fut déjà fort prolixe. Le lumineux et pâle ‘Sands Of Time’ est un autre grand sommet du disque. Le jeune homme blond y est sublime, superbement secondé par la totalité du groupe. Sa voix est d’une beauté rare, tout comme ses chorus absolument poignants. Christine McVie lui tresse un superbe canevas de piano électrique et Welch bétonne une guitare rythmique couplée à la basse solide de John McVie. Mick Fleetwood assure un travail rythmique fin et assuré, apportant des friselis de cymbales pour appuyer le mystère des paroles. Danny Kirwan n’a plus qu’à s’envoler, ce qu’il fait avec maestria. Son visage perdu au verso de la pochette est le symbole parfait de cette chanson.
Welch lui emboîte le pas avec deux compositions, dont la pièce de résistance qui donne son titre à l’album, ce que l’on peut qualifier de bel hommage : ‘Future Games’. Welch n’a pas encore la finesse mélodique et musicale de Kirwan, qui semble planer sur un nuage parfois orageux. Mal dans sa peau, il inquiète, interroge. Il ne rit que rarement, parle de choses que personne ne comprend. Sa simple présence dans une pièce crée une angoisse. Pourtant, dès qu’il joue et ouvre la bouche pour chanter, tout est beau.

Bob Welch se montre encore discret, ne veut pas trop vite s’imposer dans un groupe jadis en pleine ascension, en morceaux à plusieurs reprises, mais qui cherche un nouveau souffle. Il offre deux compositions, ‘Future Games’ et ‘Lay It All Down’, dont le morceau titre, ce qui est déjà une belle preuve de confiance. Son apport musical est incontestable, permettant aux autres d’accoucher de très bonnes chansons, que ce soit Kirwan oubob welch Christine McVie, notamment avec son superbe ‘Morning Rain’, parfaitement enluminé de guitares par Kirwan et Welch. Les morceaux de Christine sont par ailleurs propices aux harmonies vocales, à la manière du rock californien de Crosby, Stills, Nash and Young. Sa voix, profonde et naturelle, se mêle à merveille aux timbres plus légers de Kirwan et Welch. Il y a décidément quelque chose de californien dans cette affaire.

A la publication de Future Games, Fleetwood Mac se retrouve dans une étrange situation. Ses albums et simples ne se vendent plus en Grande-Bretagne où il fut pourtant l’un des maîtres du blues progressif de la fin des années soixante. Sa carrière aux USA connaît une lente ascension, et le groupe est réclamé comme attraction scénique, là où l’Europe a commencé à les oublier. Future Games se classe 91ème des ventes dans le Billboard US, et ne se classe pas en Grande-Bretagne. Pour l’Europe, Fleetwood Mac est une affaire classée, à part l’Allemagne, modestement. Bare Trees sort en mars 1972 et est le chef d’œuvre de Danny Kirwan. Il domine la création du disque de toute sa personnalité, disque judicieusement complété par les excellentes chansons de Bob Welch et Christine McVie, parfaitement dans l’esprit de cet album vaporeux et extrêmement mélancolique. Ses chansons sont de petits miracles sonores doux amers : ‘Child Of Mine’, ‘Sunny Side Of Heaven’, instrumental aux fortes tonalités Greeniennes, ‘Bare Trees’, ‘Danny’s Chant’, et ‘Dust’, son ultime morceau pour Fleetwood Mac, à la curieuse résonnance. C’est aussi lui qui a l’idée de convier la voisine du groupe à Headley : Mme Aileen Scarrott. Cette digne dame, la soixantaine fringante, écrit des poèmes, et notamment un sur l’automne : ‘Thoughts On A Grey Day’. Danny l’invite à faire lecture de ce texte et l’enregistrer chez elle. Ce poème clora l’album, sous dominante hivernale, de ses chansons à sa pochette, recto et verso, deux photos prises par John McVie. Danny Kirwan a su malgré lui s’imposer comme leader artistique, offrant l’essentiel de la matière musicale, donnant la direction de l’album, dans son visuel comme dans son ambiance. Les deux autres compositeurs du groupe apportent de nouvelles chansons dans ce thème romantique.

Christine McVie offre un titre superbe à la mélodie impeccable, qui aurait dû sortir en simple et faire un tube : ‘Spare Me A Little Of Your Love’. Déjà, il y en en germe parfaitement lucide ce qui fera le succès du Fleetwood Mac californien en 1976-1977. Le sens de la mélodie et l’interprétation de sa voix profonde sont déjà là, prêts pour Rumours. ‘Homeward Bound’, une autre de ses compositions, est l’occasion pour les deux guitaristes de s’affronter dans une joute de garnements. Le tempo est dur, solidement impulsé par Mick Fleetwood et John McVie. Christine pilote le groupe qui lui colle à la roue, avec sa voix et ses claviers énergiques.
Bob Welch offre également deux morceaux : ‘The Ghost’ dans l’esprit hanté de l’album, à l’étrange clin d’œil à l’état de Kirwan, et ‘Sentimental Lady’, un morceau qui aurait pu faire un autre tube avec un peu de soutien des radios. Welch saura le réenregistrer lorsque sa carrière solo sera venue.

L’album progresse dans les classements américains, atteignant la 70ème place. Il ne se classe toujours pas en Grande-Bretagne. Le Mac accompagne Jethro Tull en tournée aux USA, et le groupe semble avoir trouvé un son, tout entier dédié à la mélodie et aux couleurs sépias. Malheureusement, c’est au tour de Danny Kirwan, dernier des mousquetaires guitaristes de l’ère Peter Green, de craquer. Complètement imprégné d’alcool, le cerveau abîmé, nerveusement à bout, il se dispute avec Bob Welch pour une histoire d’accordage et jette sa guitare contre le mur. Le soir-même, il sera dans le public, à huer copieusement un Fleetwood Mac en quatuor, obligeant Welch à assurer toutes les parties de chants masculines et les guitares. C’est l’incident de trop. Tous les musiciens du groupe, excepté le très patient Mick Fleetwood, ne le supportent plus. Fleetwood en arrive à l’évidence que garder Kirwan n’est plus possible, et il le vire à la fin de la tournée. Il ne restait heureusement qu’une poignée de dates.

1973 va se révéler être une année une fois encore compliquée. Les membres restant de Fleetwood Mac ne savent plus dans quelle direction aller. Le dernier des guitaristes de l’ère Peter Green parti, le Mac va toutefois tenter de s’accrocher malgré tout à ce passé qui fit sa gloire, oubliant au passage que sa musique avait grandement évolué, et que le succès n’était plus anglais mais américain.
Afin de rester un groupe à guitares, un nouveau six-cordiste est embauché, en la personne de Bob Weston. Ce musicien anglais a notamment brillé au sein des excellents mais trop éphémères Ashkan puis dans le groupe de Long John Baldry. Un nouveau chanteur à la voix plus viril et blues est aussi recruté : Dave Walker. Il fut la voix de Savoy Brown sur trois de leurs albums les plus populaires aux USA : Street Corner Talking en 1971, Hellbound Train et Lion’s Share en 1972. Fleetwood Mac cherche à revenir vers un son plus blues, tout en conservant Bob Welch et Christine McVie comme principaux compositeurs, et dont les chansons sont assez loin du blues rugueux.

Penguin sort en mars 1973 dans une pochette signée Modula, également auteur des pochettes progressives de Camel et Curved Air. Dave Walker fera deux apparitions anecdotiques : la reprise de ‘I’m A Road Runner’ de Bo Diddley et ‘The Derelict’. Weston, pourtant guitariste zeppelinien doué, n’est que très modestement mis à contribution. Le Mac veut revenir au blues, mais en fait pas vraiment. Christine McVie évoque le retour à un son plus dur dans ses interviews de l’époque, comme pour répondre à la concurrence de Savoy Brown, Humble Pie et Led Zeppelin aux USA. Mais il n’en sera rien.
L’album part un peu dans tous les sens. Même Bob Welch semble perdu, peinant à offrir une chanson forte sur ce nouvel album. C’est pourtant lui qui va offrir le titre qui constitue tout l’intérêt de cet album oublié : ‘Night Watch’. Cette pièce de six minutes renoue avec la rêverie dramatique de WelBOB WELCHch : le riff vaporeux, la voix perdue dans les nuages, la rythmique souple, les voix de Christine et Bob qui se mêlent magnifiquement dans les chœurs. Malgré lui, le morceau aura un invité surprise de marque : Peter Green. L’ancien leader a stoppé la musique en 1972 avec le simple dérangeant ‘Beasts Of Burden/Uganda Woman’. Il traîne dans les clubs de Londres, vivant des royalties de ses compositions passées, surtout ‘Black Magic Woman’, repris par Santana sur l’album Abraxas en 1970. On le voit au Speakeasy. Mick Fleetwood s’arrêtera un soir faire le plein de sa Mercedes, et découvrira que le pompiste n’est autre que Peter… L’homme cherche à ressentir la misère de l’homme noir. Sa schizophrénie le dévore. Et il a été incapable de sérieusement prendre sa carrière solo en main, et s’orienter vers cette musique free dont il rêvait tant. Après tout, pourquoi n’a-t-il pas enregistré avec Amon Düül II, Can ou Neu ? Peter Green est pourtant là, durant les sessions, bouffi, le visage éteint. Mick Fleetwood s’est senti incapable de le mettre dehors. Peter regarde, l’œil vide, ne parlant à personne. Puis Bob joue la mélodie de ‘Night Watch’. Et subitement, Peter se lève, prend une guitare, et apporte les chorus nuageux et décharnés qui font toute la force du morceau.

Toutefois, aussi anecdotique soit-il, Penguin accroche la 49ème place du Billboard US. Walker s’en va bien vite, et en octobre 1973 sort Mystery To Me. Sur Mystery To Me, malgré sa pochette bizarre et dérangeante signée également Modula, on trouve des morceaux particulièrement puissants de Bob Welch. Si son écriture a toujours offert de jolies choses particulièrement dignes d’intérêt, ‘Mystery To Me’ pose une personnalité, parmi d’autres chansons. Christine McVie est toujours en embuscade. L’affaire entre Bob Weston et Jenny Boyd, épouse de Mick Fleetwood, explose au grand jour, comptant les jours de Weston au sein du groupe, qui voit un nouveau changement de personnel se profiler. Bob Welch est l’homme qui tient la bâtisse. Et pendant que tout le monde se chamaille, il offre des chansons de plus en plus brillantes.
La première, et l’une des plus belles, s’appelle ‘Hypnotized’. Le tempo impeccable, la voix délicate, les guitares qui se perdent dans la brume, et surtout ces images d’êtres qui s’égarent dans le paysage, dans la foule… des inconnus, ce soleil pâle qui éclaire les visages, le vent qui fouette les visages. Si Bob Welch s’impose, Christine McVie également avec des titres comme ‘Crazy Love’ ou ‘Keep On Going’. L’écriture de Christine a incontestablement fait basculer Fleetwood Mac vers une musique pop riche, fortement alimentée par le rhythm’n’blues.

L’album ne s’impose pas davantage que les précédents, voire recule dans les charts US : 67ème contre la 49ème place pour Penguin. Le constat s’impose : en Grande-Bretagne, tout le monde les a oubliés. Aux USA, ils sont un groupe de scène demandé, et dont les ventes sont en rapport. On achète leurs albums après un concert, mais on est toujours un peu déçu. Chaque disque n’est qu’un moyen d’alimenter un répertoire de scène, et un prétexte pour une nouvelle tournée.

La confusion avec Bob Weston, la fatigue générale engendre une demande de repos de la part du groupe. Clifford Davis, leur manager, ne le voit pas de cette œil. Il a signé des engagements, et ses poulains refusent très clairement de prendre la route pour se ressourcer après cinq années de tournées, cinq albums, et autant de départs turbulents depuis le départ de Peter Green. Davis assemble alors un Fleetwood Mac fictif, avec de jeunes musiciens. Il recrute notamment des membres du Velvet Opera et du Elmer Gantry Band, cebob welch qui deviendra la formation nommée Stretch. Leur premier titre et tube, ‘Why Did You Do It ?’ de 1975, est un clin d’œil appuyé à cet épisode, quelques mois plus tard, sur un fond de trahison, car le groupe sera victime collatérale du procès entre Davis et Fleetwood Mac. Mick Fleetwood et John McVie mettent vite fin à la supercherie. Clifford Davis est viré.
Mick Fleetwood décide de reprendre lui-même le management du groupe. Parallèlement, Bob Welch convainc les autres de s’installer à Los Angeles. Leur label, Warner, est américain, et leur carrière brille largement là-bas. En Europe, ils ne sont qu’un souvenir des sixties. Le souci, c’est qu’aux Etats-Unis, Warner les traite comme un groupe de scène remplissant les salles, et dont les albums n’ont d’autres buts que d’alimenter la set-list. Même si les disques se vendent très correctement, entre 300 000 et 500 000 exemplaires, une présence accrue aux USA leur permettrait davantage alimenter la promotion, et donc d’enfin exploser sur le continent américain.

Signe de la confiance qui lui est donnée, Fleetwood Mac s’installe à Los Angeles. D’autre part, aucun nouveau guitariste n’est recruté. L’album qui suit, Heroes Are Hard To Find, est le disque de Bob Welch, comme Bare Trees était celui de Danny Kirwan. Welch domine la composition, et impose ses mélodies chaloupées et brumeuses, imprégnées de mystère et de science-fiction. L’enchaînement ‘Coming Home’ – ‘Angel’ – ‘Bermuda Triangle’ est son pinacle. Son style bluesy et sa voix délicate légèrement nerveuse brillent sur ces compositions étranges, incitant au voyage inattendu. Christine McVie est également très inspirée avec le morceau titre ou ‘Come A Little Bit Closer’. Déjà, Heroes Are Hard To Find ouvre de nouvelles voies, à commencer par sa pochette. Cet étrange portrait de Mick Fleetwood avec sa fille en noir et blanc est l’œuvre du photographe Herbie Worthington. Cette image est la première à illustrer un disque de Fleetwood Mac, les deux suivants étant Fleetwood Mac et Rumours, tous deux immenses succès commerciaux avec le duo Stevie Nicks et Lindsey Buckingham, après des années de galère. La musique est également ouvertement mélodique, tournée vers le son californien.
La set-list est désormais, inconsciemment, tournée vers ces sonorités mélodiques américaines. Le set du Record Plant Studio du 15 décembre 1974, dernier concert avec Bob Welch, révèle l’incroyable alchimie sonore qui règne désormais au sein de Fleetwood Mac. Le quatuor n’a désormais plus peur de ressortir des cartons de vieilles scies greeniennes, comme ‘The Green Manalishi’, ‘Black Magic Woman/Oh Well’ et ‘Rattlesnake Shake’. Welch, désormais seul à la guitare, est parfaitement à l’aise, et improvise à l’envi, s’appropriant ces périlleux morceaux joués à deux guitares virtuoses, Green et Kirwan.

Le set du 15 décembre 1974 est la quintessence de ce Fleetwood Mac. Jonglant avec l’ensemble de son répertoire, les morceaux sont sublimés par des années de tournée et de rebondissements. ‘Future Games’, ‘Sentimental Lady’, ‘Hypnotized’ révèlent autant leurs mélodies étranges et pâles que leur possibilité à être improvisés. Assurément, ‘Bermuda Triangle’ est la quintessence de Bob Welch au sein de Fleetwood Mac. Déroulé sur plus de dix minutes, Welch brode des motifs blues aux teintes automnales, secondé par le piano retors de Christine McVie.
Sur l’ensemble du set, Bob Welch y est brillant, lumineux d’inspiration. Lui qui semblait bridé depuis tant d’années, se contentant d’offrir une poignée d’excellents morceaux noyés dans des albums sans réelle direction, il se révèle. Il semble prendre le contrôle artistique. Heroes Are Hard To Find est un jalon respectant toutefois les susceptibilités, ce concert est l’apothéose totale d’un homme brillant. Il ne piétine toutefois nullement les autres. Il les sublime. Les chansons de Christine McVie sont magnifiquement mises en valeur, gagnant en nerf et en âme rock. ‘Spare Me A Little Of Your Love’ brille de mille feux, alimenté par la guitare subtile de Welch, qui ponctue son chant et sa ligne de piano.
Oui mais… Oui mais Bob Welch prend incontestablement l’ascendant sur l’affaire. Le cœur du set, c’est sa guitare, que ce soit sur les reprises de l’ère Peter Green comme sur les extractions de cette période étrange. Le cœur du bob welchset est incontestablement devenu ‘Bermuda Triangle’, ses dix minutes de rythme chaloupé et de chorus blues exotique. Mick Fleetwood, lui qui aime tant les percussions africaines et caribéennes, est ravi, contre l’avis des McVie. Enfin surtout de Christine, qui compose. Parce que John, du moment qu’il y a de la vodka...

Les McVie, justement, sont en plein conflit conjugal. John picole trop, Christine pas mal non plus. Et force est de constater que l’exiguïté de sa vie de petite vendeuse l’a incité à fuir cette vie de femme trop docile. Elle a donc des aventures, picole, compose, gueule. C’est une jolie blonde aux yeux bleus, mais de Birmingham. Et on ne fait pas chier une femme du Black Country. John McVie a déjà fermé sa gueule en plongeant dans le vin, alors qu’elle aura mis à nu toute son âme, jusqu’à renier sa personnalité.

Le set du 15 décembre 1974 sera le dernier concert avec Bob Welch. Rincé par quatre années de hauts et de bas, désirant travailler sa propre musique, plus heavy, Bob Welch lâche le bateau autour de Noël 1974. Malgré ce désistement, Mick Fleetwood cherche un nouveau studio. Le producteur Keith Olsen des Sound City Studios de LA décide de le convaincre en lui passant l’album de 1973 d’un duo nommé Nicks-Buckingham. Fleetwood est impressionné par la chanson ‘Frozen Love’. Il finira par recruter le duo. Bob Welch se perd. Il quitte Fleetwood Mac, épuisé par les tournées et les allers-venues dans le groupe. La nouvelle configuration l’aura mis en perspective. Il veut une musique plus rude, plus brutale. Il sent qu’entre Led Zeppelin et Fleetwood Mac, il y a une étrange voie.

Il recrute un certain Glenn MacCormick, ancien bassiste de Wild Turkey, mais surtout de Jethro Tull entre 1968 et 1971. Il manque un batteur, et Welch se permet de rêver au batteur de Nazz, le groupe de Todd Rundgren, une de ses grandes influences. L’homme en question s’appelle Thom Mooney, et est l’un des plus fantastiques batteurs de l’époque. Il faut écouter l’intégrale de Nazz, et se rendre compte combien son drumming est aussi ambitieux que celui de Keith Moon, mais avec la maîtrise d’un Buddy Rich, pas moins. Nazz n’ayant connu qu’un succès d’estime, Mooney vivote aux USA. Trop impatient de reprendre ses fûts, il accepte l’offre de Welch. Le trio se réunit, et commence à répéter fin 1975. Welch laisse libre cours à son univers personnel : un mélange de références occultes, d’images surréalistes à la René Magritte, d’essais sonores modernes, et une énergie gorgée d’électricité vengeresse. Et tout dans Paris, nom du trio, tranche avec le contexte musical de l’époque : des titres ramassés et concis, un son électrique et menaçant, qui doit sa puissance autant aux mélodies qu’aux riffs, et une imagerie étrange et décalée très loin du rock progressif et du glam.
La musique de Paris n’est pas une décharge d’adrénaline. C’est un venin, lent et vicieux. ‘Black Book’, le titre qui ouvre le disque, est pourtant direct dans son riff. Néanmoins, la mélodie et la voix semble maîtriser avec une froideur lugubre l’électricité ambiante. Cette chanson est l’une de celles que je peux fredonner des heures durant, possédé.
Religion’ est un titre très Led Zeppelin en apparence, mais son introduction malfaisante inversée crée une ambiance étrange, comme si malgré la négation de la chose religieuse, une atmosphère surréelle se mettait en place, vous désarçonnant peu à peu. ‘Starcage’ imprime l’apport des synthétiseurs, mais avec emploi non pas soliste comme dans le rock progressif, mais totalement rythmique et mélodique, juste soutenu par la guitare. ‘Beautiful Youth’ retrouve l’esprit zeppelinien menaçant de ‘Religion’.
Et puis, il y a ‘Nazarene’… C’est un chef d’œuvre, une pépite exceptionnelle. A elle seule, elle mérite la découverte de ce disque. Un riff électrique tonne dans l’amplificateur, une rythmique mid-tempo appuie la sensation d’oubli romantique de la chose. C’est une ballade rapide, et l’ultime catharsis de l’homme seul face à son destin de loser.
Entre vengeance, désespoir et résignation face à l’échec, on vivote entre toutes ces sensations, les battements de votre cœur oscillant sur les riffs et les cymbales. Il y a comme une sensation de malaise, de perte de soi qui rend ce titre si personnel, si magique. Une fois cette chanson dans la tête, vos déambulations solitaires sur le pavé urbain n’auront plus la même saveur.
Narrow Gate’ est une plongée dans un univers fantastique, à l’atmosphère vaporeuse, avant une nouvelle plongée dans l’électricité sauvage. ‘Solitaire’ retrouve les accents zeppeliniens fracassés de ‘Religion’. ‘Breathless’ fait étrangement cohabité les mélodies glaciales de Joy Division et le hard-rock. ‘Rock Of Ages’ redéclenche la foudre heavy-metal, frisant la puissance du Black Sabbath de ‘Sabotage’. ‘Red Rain’ clôt l’album de son riff exterminateur et de ses rythmiques alambiquées rappelant le passé progressive-blues de ces trois superbes musiciens.

Et puis il y a cette étrange odeur de cendres, et cette sensation de vide en soi, comme si Paris avait nettoyé nos âmes modernes des tourments qui nous oppriment. A moins qu’il ait réussi à en produire la bande-son la plus pertinente où le rêve de la fin des années 60, qui déjà, s’est envolée. Un second album paraît la même année : Big Towne, 2061. Mooney est déjà parti et remplacé par Hunt Sales, que l’on retrouvera un an plus tard derrière Iggy Pop. Le son est plus funk, presque new wave par moments. Quelques merveilles se distinguent : ‘Blue Robin’, ‘Big Towne, 2061’. Mais le disque n’a pas le mordant noir de son prédécesseur. Le groupe disparaît au début de l’année 1977, lorsque Welch se lance dans une véritable carrière solo.
BOB WELCH
C’est Mick Fleetwood qui lui vient en aide. Fort du succès de son groupe avec le disque Fleetwood Mac de 1975, numéro un aux USA dix-huit mois plus tard, il étend son activité de manager, notamment aux anciens du Mac. Welch bénéficie de ce coup de main, Peter Green aussi un an plus tard, lui permettant de sortir le très bon In The Skies en 1979.
Comme si la boucle se bouclait, Welch réarrange sur son premier disque solo, French Kiss, d’anciens morceaux du Mac auxquels il a toujours cru : ‘Sentimental Lady’, ‘Ebony Eyes’. C’est ce ‘Sentimental Lady’ qui lui apporte son premier tube : n°8 aux USA. L’album sera disque de platine. Enfin, Bob Welch connaît la reconnaissance critique et commerciale qu’il a tant espérée après avoir contribué longuement à la renaissance de Fleetwood Mac, et d’en avoir tracé la route nouvelle qui le mènera au succès avec le duo Nicks-Buckingham.

Julien Deléglise