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02/18
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Dossier
BLUEBIRD RECORDS


blues national guitars
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BLUES BLUEBIRD RECORDS






Connu pour ses productions à bas prix dans les années 1930 et 1940 ce label a créé un son qui a influencé le rhythm and blues et le rock and roll naissant.  

Filiale de RCA Victor fondée en 1932 à Chicago par Eli Oberstein (13 décembre 1901 - 12 juin 1960) pour contrer l'American Record Company sur le marché des « 3 records for a dollar », Bluebird commercialise des rééditions dublues bluebird records catalogue RCA Victor et des originaux à petit prix. A cette époque, l'impact combiné de la dépression économique et l’arrivée de la radio dans de nombreux foyers affecte considérablement l'industrie du disque. Les ventes atteignent leur niveau le plus bas. De nombreuses maisons de disques abandonnent et les sociétés restantes sont obligées de réduire les coûts pour survivre.
Le label propose différents styles musicaux, jazz, blues, country, folk. Il commercialise des séries à destination du public latino avec le tejano, du public francophone avec la musique cadienne ainsi que des musiques traditionnelles d’Europe.
La maison-mère fixe le prix des disques à 75 cents, mais, dans les années de la Grande Dépression, pour écouler les stocks mieux vaut commercialiser des 78 tours à petit prix. Pour sa filiale Victor choisit donc un prix de vente de 35 cents. La maison de disques s’aligne ainsi sur d'autres firmes suivant une stratégie de baisse des prix pour enrayer la chute de leurs ventes, comme la branche américaine de Decca et les filiales d’American Record Company (ARC). De plus, les productions Bluebird sont disponibles par correspondance dans le cadre d’un partenariat avec la chaîne de magasins Montgomery Ward. 
Le label est dirigé par des équipes de RCA Victor. Le premier titre à l’emblème de l’oiseau bleu paraît en avril 1933. Le public accroche grâce à la politique de petit prix. RCA décide donc de faire éditer tous ses artistes de rhythm and blues et country music sur Bluebird. Beaucoup de musiciens de blues sont signés pour RCA Victor et Bluebird par Lester Melrose (14 décembre 1891 – 12 avril 1968), talent scout et producteur ayant un quasi-monopole sur le marché du blues de Chicago. Lester Melrose est à l’origine de ce qui deviendra le « Bluebird Sound ». Bien qu’il ne soit pas lui-même musicien, la principale contribution de Melrose est d'établir un son avec des arrangements, un jeu d'ensemble et une section rythmique plutôt qu'un chanteur seul avec une guitare ou un piano qui était la norme vers la fin des années 1920. Cette nouveauté séduit le public noir de plus en plus urbanisé. Lester Melrose impose un groupe informel de sidemen qui joue sur presque tous les disques Bluebird ce qui leur donne une qualité constante. Un enregistrement Bluebird typique se fait avec une guitare, un piano et une basse, parfois une batterie, et peut-être même un cor ou un kazoo. On peut penser qu’un microsillon de Washboard Sam ressemble alors à un disque de Big Bill Broonzy, qui à son tour a une similitude avec un enregistrement de Tampa Red, mais c’est au chanteur ou à l’instrumentiste de mettre son cachet personnel sur l’enregistrement pour faire la différence. Cette pratique ouvrira la voie à ce deviendra le son du Chicago blues moderne, notamment à travers les enregistrements Chess des années 1950. La musique est un mélange de blues et de vaudeville et avec des rythmes swing plus récents.
Le 13 mars 1938 une séance d'enregistrement monumentale est organisée à l'hôtel Leland à Aurora, Illinois. La session rassemble John Lee Sonny Boy Williamson, Yank Rachell, Big Joe Williams, Black Bob, Big Bill Broonzy, George Barnes, Washboard Sam, Arnett Nelson et Elijah Jones. Big Joe Williams grave ‘My Little Cornelius’, ‘Sunny Land’, ‘Miss Louisa Blues’, ‘Until My Love Come Down’, ‘Moonshine’, ‘Beauty Parlour’, ‘Decoration Blues’ et ‘Down South’. Yank Rachel enregistre ‘J.L. Dairy Blues’, ‘Rachel Blues’, ‘I’m Wild and Crazy As Can Be’ et ‘Lake Michigan Blues’.  Elijah Jones ‘Big Boat’, ‘Only Boy Child’, ‘Katy Fly’, ‘Mean Actin 'Mama’ et ‘Lonesome Man’ et Washboard SamMy Woman's A Sender’ et ‘The Gal I Love’.
blues bluebird records
A la fin des années 1930 et au début des années 1940, des bluesmen comme Big Joe Williams, Tampa Red, Leroy Carr, John Lee Sonny Boy Williamson, Roosevelt Sykes, Arthur ‘Big Boy’ Crudup, Big Bill Broonzy, Washboard Sam, Lonnie Johnson, Jazz Gillum, Bo Carter, Casey Bill Weldon, Tommy McClennan, Big Maceo Merriweather, Peetie Wheatstraw… ainsi que les chanteuses Memphis Minnie, Lil Green, Ruby Smith popularisent le son Bluebird.

Le cornettiste Muggsy Spanier et son Ragtime Band qui anticipe le mouvement dixieland revival, Shep Fields et son Rippling Rhythm Jazz Orchestra ainsi que des artistes reconnus, sous contrat avec la maison mère, comme Jelly Roll Morton, Bernie Moten, King Oliver, Artie Shaw, Charlie Barnet, Ted Weems, Rudy Vallée, Joe Haymes, Glenn Miller, Earl Hines, Duke Ellington enregistrent chez Bluebird jusque dans les années 1940.

En 1942, Bluebird n'est plus en mesure de continuer à publier des disques lorsque la gomme-laque est rationnée en raison de l'effort de guerre. À la fin des hostilités, Bluebird ferme officiellement. Toutefois durant la seconde Guerre Mondiale le label opère quand même par intermittence eblues bluebird recordst quand RCA Victor décide de suspendre ses opérations en 1950 c’est à nouveau un balbutiement car en 1953 le nom réapparaît à plusieurs reprises pour éditer une série d'albums vendus à prix réduit, puis en 1956 pour une série de disques pour enfants reprenant les bandes son des dessins animés de Walt Disney (Blanche Neige, Cendrillon, La Belle Au Bois Dormant, Le Petit Chaperon Rouge…) et de Max Fleischer (Popeye The Sailor Man, Betty Boop, Koko The Clown…). Par la suite, Bluebird est encore utilisé pour commercialiser des rééditions de titres de musique country parus à l’origine chez RCA Victor et réaliser de nouveaux enregistrements. Alors que ses concurrents mettent en avant des musiciens de l’Ouest américain, le label se concentre sur la scène du sud-est du pays, en publiant notamment les chanteurs Jimmie Rodgers, Bill Boyd, Cliff Carlisle, Bradley Kincaid et des groupes comme la Carter Family, The Blue Sky Boys ou The Monroe Brothers.
Au milieu des années 1970, RCA Victor réactive Bluebird pour une série de rééditions de big bands et de jazz produites par le producteur, historien et archiviste du jazz Frank Driggs (29 janvier 1930 - 20 septembre 2011). Mais l’histoire ne s’arrête pas là car en 2001, RCA Victor décide à nouveau de faire revivre Bluebird en tant que label de jazz, avec de nouveaux enregistrements ainsi que des rééditions de son catalogue.
Gilles Blampain