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05/17
Chroniques CD du mois Interview: ERIC LAVALETTE Livres & Publications
Dossier: BLUES & FLAMENCO (suite) Portrait: LITTLE WALTER Interview: SUZY STARLITE & SIMON CAMPBELL
 


Dossier
ARHOOLIE
10341 San Pablo Ave El Cerrito, California

BLUES Arhoolie

Blues, cajun, zydeco, tejano, gospel, bluegrass, jazz, oldtime, country... Le label californien a imprimé sa marque dans l'histoire des musiques vernaculaires, grâce à la qualité de ses enregistrements, au sérieux de ses commentaires, sans oublier les belles photos de ses pochettes.

Le jazz-band du campus
Qui aurait prédit qu’un enfant né en Allemagne, non loin de la frontière polonaise, en 1931, et élevé sur une riche exploitation fermière durant les pires années qu’ait connues l’Europe, deviendrait le porte-voix du folklore nord-américain?
Chris Strachwitz, puisque c’est de lui qu’il s’agit, émigre aux Etats-Unis avec ses parents en 1947. La famille s’installe en Californie et l’adolescent écoute volontiers les radios qui diffusent country, musique mexicaine, jazz, hillbilly, gospel, cajun et blues. Le jeune homme, développe ses goûts musicaux en allant d’un style à l’autre, l’esprit grand ouvert.
A la fin des années 40, sa fascination pour les musiques noires arrive par un biais inattendu : le cinéma, avec le film 'New Orleans’ dans lequel apparaissent Billie Holiday, Kid Ory, Louis Armstrong et Barney Bigard et, surtout, la musique de La Nouvelle Orléans.
En quelques années, son bagage musical s’enrichit. Il se met à collectionner les 78-tours et, à la fin des années 50, il en a amassés un nombre impressionnant.
En 1952, étudiant à l'Université Pomona, il va très souvent écouter du jazz dans les clubs d’Hollywood comme le Beverly Cavern. Bientôt germe en lui l’idée d’être un maillon de la chaîne. Il se met à faire quelques enregistrements en amateur, à commencer par le jazz-band du campus
A cette époque, il écoute l’émission de radio ‘Harlem Matinee’, animée par le disc-jockey Hunter Hancock (futur fondateur du label Swingin’ Records), dans laquelle celui-ci présente les géants du blues : Lighting Hopkins, Howlin' Wolf ou Sonny Boy Williamson.

En 1954, comme tout jeune citoyen américain, Chris Strachwitz est appelé sous les drapeaux. Il est affecté en Autriche puis en Allemagne, où son bilinguisme s’avère utile. C’est une période où il écoute beaucoup de jazz, de Chicago ou de New Orleans.
En 1956, le GI Strachwitz est démobilisé… Il retourne à ses études et s’installe dans la région de San Francisco pour intégrer l’université de Berkeley afin de préparer une licence, qu’il décroche en 1958. Sa passion pour la musique ne le quitte pas et en 1959, durant ses congés d’été, il se rend à Houston sur les traces de son musicien préféré : Lightnin’ Hopkins. Il souhaite le voir sur scène et éventuellement le rencontrer. Ceci se concrétise par le biais de Mack McCormick, le manager d’Hopkins. En 1960, diplômé du 3e cycle dans l'enseignement secondaire, Strachwitz devient prof dans un lycée de Los Gatos, près de San José.

Va pour Arhoolie !
Son contact avec le milieu musical n’a jamais été rompu. « Quand je suis allé à l’université de Berkeley, je me suis souvent rendu à Oakland pour rencontrer le producteur Bob Geddins. Lui plus qu’aucun autre m’a montré comment faire des enregistrements. »
Geddins présente Strachwitz à Big Joe Williams. Strachwitz propose à Williams de l’enregistrer, mais le bluesman est impliqué dans une méchante altercation et emprisonné. Strachwitz se fait patient. À la libération de Williams, il organise une session d’enregistrement chez lui. Le résultat est très bon et traduit les difficultés que traverse Big Joe Williams : le disque est baptisé, à juste titre, Tough Times (temps difficiles), mais il sortira  beaucoup plus tard.
Strachwitz a étendu son réseau et ses connaissances techniques sont des plus solides. Il connaît bien les travaux de l’ethnomusicologue Alan Lomax et il a tissé des liens avec Bob Geddins à Oakland. A Houston, il a rencontré Bill Quinn, patron du label Gold Star de la fin des années 40 au début des années 50. A Lake Charles, en Louisiane, il a fait la connaissance d’Eddie Schuler, patron de Goldband Records qui enregistre de la musique cajun.

1960. Deux voyages de recherches dans le grand Sud, particulièrement au Texas, lui permettent de glaner une grande quantité de documentations biographiques, d’enregistrements, d’interviews et de photos. Ces tournées permettent de sortir de l’oubli des artistes de la scène folk et blues, et de découvrir des talents jusque là inconnus qui feront partie du revival des années 60. Ce projet de collecte de documents et d’enregistrements de blues rural dans le Sud a pris corps lors de sa rencontre, un an plus tôt, avec le folkloriste Mack McCormick. Ce dernier a permis à Strachwitz d’élargir son champ d’investigations grâce à ses connaissances essentielles sur l'histoire du Texas et de ses musiciens. L’association Stratchwitz-McCormick rend possible la parution d’une première série d’enregistrements d’artistes parmi les plus emblématiques du blues revival.

Une phase capitale s’impose : fonder un label et lui trouver un nom. Strachwitz pense baptiser l’entreprise Delta, Gulf ou Down Home, Mack McCormick suggère Arwhoolie! Il y a pour lui dans la sonorité de ce mot comme une réminiscence de field-holler (ces chants de travail qu’on entendait sur les plantations du temps de l’esclavage). Chris Strachwitz pense que c’est tout à fait approprié à la musique qu’il souhaite faire connaître. Le W saute. Va pour Arhoolie !

Navasota, Texas
En fin limier, Strachwitz parcourt les campagnes du Texas. Il découvre et enregistre, à Navasota, Mance Lipscomb et son imposant répertoire de blues, barrelhouse, reels et chants religieux. Le premier disque de Mance Lipscomb, Texas Songster, plus qu’un banal enregistrement, est un aperçu de la vie d'un musicien Américain. Il ne se contente pas de mettre en avant le fantastique jeu de Lipscomb, mais explique également les origines de sa musique.
Le 3 novembre 1960, le premier 33-tours Arhoolie sort de l’usine : 250 copies de Texas Songster. Les rondelles nominatives du label sont collées au centre du disque, dans la cuisine de Strachwitz, puis un livret rédigé par Mack McCormick est inséré dans la pochette. Après ce travail de fourmi, les 250 copies ‘faites à la maison’ sont prêtes à être vendues. La grande aventure commence. Ainsi débute l’aventure du label Arhoolie.

En 1960, lors d’un deuxième voyage qui mène Strachwitz à Dallas, Fort Worth et Houston, d'autres musiciens importants sont découverts ou redécouverts. A cette époque, il est accompagné par l’universitaire britannique Paul Oliver et sa femme Valérie.
Le couple Oliver, en voyage d’études aux Etats-Unis pour mener des recherches sur les musiciens de blues, a rencontré quelques temps plus tôt Strachwitz à Memphis. Cette association temporaire est fructueuse. Chris Strachwitz capte les musiciens discrètement dans leur environnement habituel, tandis que Paul Oliver apporte un complément de connaissances historiques au projet. Sur le terrain, la technique de Strachwitz et le rapport qu’il a avec les musiciens permettent de faire des sessions détendues, mais non dénuées d’émotion, qui font ressortir l'essence même de l'artiste populaire.
Ils retrouvent et enregistrent des artistes originaux comme B.K. Turner, joueur de lap-steel qui se produisait sous le nom de ‘The Black Ace’ dans les années 30, et le pianiste Alexander Moore. Melvin Lil ' Son Jackson, qui avait enregistré pour les labels Gold Star et Imperial, est repéré à Dallas et, bien que son répertoire soit limité, son style de guitare et son chant obsédants sont tout à fait marquants. Le tandem Strachwitz-Oliver poursuit ses enregistrements et pousse ses recherches dans le Mississippi et la Louisiane.
Dans le Mississippi, Strachwitz enregistre Sam Chatmon, ancien membre des Mississippi Scheiks. Chatmon grave des thèmes habituellement destinés au public noir : ‘I Have To Paint My Face’ et ‘God Don't Like Ugly’, qu’il interprète avec beaucoup de conviction. Plus tard, il rend visite à Fred McDowell, à Como. McDowell, fin connaisseur de la tradition musicale des collines du nord du Mississippi, est en excellente forme quand il grave quelques improvisations. Au cours du même voyage, beaucoup d'autres musiciens sont approchés par Strachwitz, des inconnus comme le pianiste Jasper Love, ou les musiciens louisianais, Butch Cage et Willie Thomas. Le terrain d’investigation est vaste pour Arhoolie, et le résultat de ces premiers voyages dans le Sud constitue un archivage très important pour l'histoire musicale moderne.
Si le fondateur du label continue d’enregistrer des musiciens près de chez lui, non loin de San Francisco, il n’hésite pas s’il le faut, pour ne rien laisser dans l’oubli, à traverser le pays pour se rendre dans les Appalaches. Avec la vague du revival blues, la plupart des musiciens enregistrés par Chris Strachwitz deviennent des acteurs importants du mouvement : John Jackson, K.C.Douglas, Furry Lewis, Bukka White, Dr. Ross.
Strachwitz publie également, sur son label, les trouvailles d'autres chercheurs. Ceux-ci s’appellent Harry Oster ou George Mitchell, ils ont récolté sur le terrain des photos et des enregistrements de musiciens d’envergure, comme Robert Pete Williams, Joe Callicott, Smoky Babe, Othar Turner et R.L. Burnside, et ont rédigé leurs notes de pochette. Ce matériel est maintenant diffusé par Arhoolie. 

blues arhoolie

Blues, country, old-timey, zydeco…
Ne pouvant se consacrer à sa passion que durant ses congés, il devient difficile, pour Strachwitz, de concilier cette passion avec ses activités professionnelles. En 1962, il démissionne de l’enseignement et se remet aux séances d'enregistrement avec encore plus d’enthousiasme. Parallèlement au blues, il publie country & western et old-timey, des styles qui lui sont également chers. Pour ces deux genres, il diffuse des disques issus de matrices des années 20, 30 et 40.
Toujours sur les routes, sa quête du blues le ramène au Texas, l’entraîne dans le Delta ou plus au nord, à Chicago ou à Detroit. La motivation de Strachwitz n’est pas de récolter gloire et fortune, mais de tenir une chronique de la musique populaire en recueillant le son à la source, comme Alan Lomax l’a fait avant lui, dans des salles de séjour, les arrière-cours ou devant les maisons.
Le coût des voyages et des frais d’hébergement engloutissant une bonne part de son budget, ses moyens techniques ne sont pas très sophistiqués. Il commence avec un Magnacord, une lourde machine de 40 kilos. Son matériel évoluera peu à peu au fil des années.
« Je regrette de ne pas avoir eu l'argent pour m’acheter un Ampex, mais j'ai fait la grande erreur d’acheter une copie japonaise bon marché. J'ai acheté un Roberts. On m'a dit qu'il ressemblait à un Ampex. Mais ce satané truc a commencé à surmoduler au bout d’un an. Ils avaient apparemment laissé toutes les parties chères de l'Ampex. Ça a fonctionné, mais l'électronique était épouvantable. Alors, j’ai progressé lentement. J'ai utilisé une Electro-Voice 636 mic. Je ne pouvais pas même me permettre des 666, qui étaient nettement meilleurs. »Il attendra les années 70 pour s’offrir un Nagra, le top des magnétophones.

Strachwitz a tissé des liens solides avec les musiciens. Il est à Houston avec Lightnin’ Hopkins lorsque ce dernier l’invite un soir dans un club du quartier français pour écouter le cousin de sa femme Annette, qui n’est autre que Clifton Chenier. Ce soir là, Chenier est seul sur scène en compagnie d’un batteur qui martèle le rythme. Strachwitz est immédiatement sous le choc. Emballé et séduit par la personnalité et la musique de Chenier, il décide de faire un disque avec lui. Rendez-vous est pris, mais compte tenu des obligations et des emplois du temps de chacun, il faut attendre. Quelques temps passent, une date est fixée. Clifton Chenier entre en studio le 8 février 1964. Avec l’album Louisiana Blues And Zydeco,Arhoolie inscrit le zydeco et le cajun traditionnel à son catalogue.

A la fin des années 60, la situation financière de Chris Strachwitz n'est guère florissante. C'est un combat de chaque instant. Il court constamment entre son appartement, une boîte postale à Berkeley, et un entrepôt situé dans les sous-sols d’un magasin de disques qu’il loue 15 dollars par mois sur les hauteurs de San Francisco. S’il se bat pour la bonne cause, la préservation de sa musique bien aimée, il n’hésite pas, malgré un compte bancaire qui fond à vue d’œil, à intenter des procès contre des sociétés discographiques qui, selon lui, ont escroqué les musiciens. Histoires longues et tristes de royalties jamais payées.

Hippies de San Francisco
En 1966, un ami de Strachwitz, Ed Denson, qui manage un groupe local, Country Joe and the Fish, lui demande d’enregistrer cet artiste de la baie de San Francisco, représentatif du mouvement d’opposition à la guerre du Vietnam. Bien que ce ne soit pas sa tasse de thé et le genre musical qui l’attire le plus, Chris Strachwitz répond favorablement et enregistre le titre, ‘I Feel Like I’m Fixing To Die’ qui deviendra le cri de bataille des hippies des années 60. Quand Joe demande le prix de la session d’enregistrement, Strachwitz lui répond que c’est gratuit mais qu’il souhaite que Tradition Music, sa société de distribution, s’inscrive dans le projet pour éditer de cette chanson. Le 45-tours sort. Strachwitz pense que s’il en vend une centaine à la prochaine manifestation contre la guerre du Vietnam, il sera remboursé.
Clin d’œil du destin, coup de chance inespéré, en août 1969 Country Joe McDonald est sur la scène de Woodstock et la chanson fait partie du film tiré de l’évènement. Le titre devient mondialement célèbre grâce à cette introduction où le chanteur lance au public : ‘Give me a F…give me a U…give me a C…give me a K…what that’s spelled ?’. Bingo ! Chris Strachwitz engrange un premier bénéfice de 70 000 dollars, qu’il partage avec Joe McDonald.

Au début des années 70, Arhoolie a donc une assise financière assez solide et s’installe dans ses locaux actuels de San Pablo Avenue à El Cerrito.
L’avenir s’annonce sous de meilleurs auspices. Les effectifs de la société augmentent. Arhoolie a fait une belle percée au Japon et en Europe. Le blues revival et le zydeco ont de nombreux adeptes, les disques se vendent bien et la société est prospère.
Avec des moyens financiers plus conséquents, quand Folklyric, le label d’Harry Oster, est mis en vente, Chris Strachwitz profite de l'occasion pour ajouter les enregistrements d'Alan Lomax de la fin des années 50 et du début des années 60 dans le Sud profond, qui en font partie. Il rachète également au passage des disques importants comme Angola's Prisoners' Blues et Angola Prison Worksongs, plus un disque du guitariste néo-orléanais Snooks Eaglin, et deux volumes de Robert Pete Williams.

Strachwitz ne se contente pas de racheter d’anciens enregistrements, il fait également entrer dans son catalogue de remarquables artistes. Les recrues des années 70 se nomment Big Joe Duskin, Charles Ford Band (avec le jeune prodige, Robben), Charlie Musselwhite, le pianiste Omar Shariff, L.C. ‘Good Rockin’ Robinson, Big Mama Thornton, le guitariste Bee Houston, K.C. Douglas et Elisabeth Cotton. Accroché par le zydeco de Clifton Chenier, Arhoolie ajoute encore des noms à la liste : John Delafose and the Eunice Playboys et Lawrence ‘Black’ Ardoin, fils du légendaire accordéoniste Alphonse ‘Bois Sec’ Ardoin.

Mariachi ranchera, conjuntos nortenos…
Au début des années 70, Chris Strachwitz porte également de plus en plus d’attention à la musique mexicaine, longtemps négligée selon lui, tout en se demandant si les ‘gringos’ s’y intéresseraient. Mais, il ne peut ignorer la grande proportion de Latinos dans les Etats du Sud, notamment en Californie.
« J’ai très tôt été fasciné par la musique mexicaine, dès mes années de lycée à Santa Barbara. Venant d’une petite station de radio de Santa Paula, j’entendais surtout des mariachi ranchera. Je me rappelle très clairement le son de l'accordéon ou la musique conjunto, il y avait aussi Santiago Jimenez qui avait eu deux ou trois grands succès à la fin des années 40 - ' Viva Seguin ' et ' Cada Vez Que Cae Tarde La’. »
En mai 1970, Arhoolie publie deux premiers volumes, Los Pinguinos Del Norte  et le Trio San Antonio.
Pour élargir son fond de catalogue, Chris Strachwitz acquiert des labels en perte de vitesse, Azteca à Los Angeles et Hymie Wolf's Rio à San Antonio, dont la veuve du fondateur, Genie Wolf-Miri, gérante du magasin de disques Rio Records, a fait découvrir à Chris Strachwitz le grand Leonardo ‘Flaco’ Jimenez qui jouait avec Los Obscur Caminantes.
Mais de loin, le plus grand contributeur à ce fond immense d'enregistrements est le label Ideal, dirigé par Armando Marroquin, Alice et Paco Betancourt de San Benito. Ideal était le plus important de tous les labels du Texas, ayant enregistré toutes les vedettes de la musique tejano d'après-guerre, jusqu'aux années 60 : Freddy Fender, Conjunto Bernal, Narciso Martinez, Tony De La Rosa et Lydia Mendoza reconnue comme la Première Reine de Musique Tejano.

La musique mexicaine n’occulte pas le blues pour autant. Arhoolie est devenu une référence incontournable. Dans le cadre de leurs propres recherches, Chris Strachwitz est régulièrement consulté par de nombreux labels comme Delmark, Alligator, Rounder ou Folkways. Il faut aussi inscrire au crédit d’Arhoolie, que de la fin des années 70 au début des années 80, il est l’unique importateur des labels de blues et de jazz européens, et particulièrement français, dont Blue Bird, branche de RCA Victor France, auprès duquel il a récupéré les enregistrements de Basie et Ellington réalisés à Paris par Columbia.

Au tournant des années 80, les ventes des disques de blues diminuent. C’est l’ère de la musique synthétique, le travail de studio prime sur la spontanéité et la chaleur du direct. C'est très décourageant, mais Chris Strachwitz, contre vents et marées, continue les enregistrements traditionnels de qualité.

Les lauriers…
En 1993, Strachwitz se voit remettre un Lifetime Achievement Award (prix pour l'ensemble de ses réalisations), qui distingue son rôle dans la préservation du blues. Le prix lui est décerné par le Symposium du Blues, qui se tient à Memphis dans le cadre du Festival de Beale street.
En octobre 1995, il célèbre le 35e anniversaire d'Arhoolie en organisant un happening de trois jours avec colloques et concerts. La Maison internationale de Berkeley propose des sujets, du genre : ‘le Corrido comme littérature populaire et histoire non officielle’, dirigés par les professeurs James Nicolopulos et Guillermo Hernandez, (le corrido est un récit populaire et poétique chanté sous forme de ballade, qui concerne le Mexique et les Etats du sud-ouest des Etats-Unis). Des concerts ont lieu au Great American Music Hall de San Francisco avec la musique cajun de Marc et Ann Savoy, le zydeco de C.J. Chenier, la présence du guitariste du Piedmont John Jackson, le Texan Flaco Jimenez, ainsi que des réunions-débats sur divers sujets, avec comme intervenants, Dick Spottswood de la Bibliothèque du Congrès, l'imprésario de R’n’B Johnny Otis (venu avec son orchestre), Harry Oster l’ancien dirigeant de Folklyric, Orrin Keepnews du label de jazz Riverside, et Larry Cohn de chez Sony/Columbia. Ce grand rassemblement rencontre un franc succès, à la mesure de ce que représente Arhoolie dans le milieu discographique.

Le 16 mars 1999, Chris Strachwitz est convié au Kennedy Center de Washington DC pour être intronisé dans le Blues Hall of Fame, en compagnie du guitariste/violoniste Clarence ‘Gatemouth’ Brown, ainsi que de deux regrettés disparus : le producteur Lester Melrose et le pianiste Roosevelt Sykes. Mais ce dont Strachwitz est sans doute le plus fier, c’est la création de sa fondation Arhoolie, dédiée à la conservation et à l’archivage d’enregistrements, à laquelle il a fait don de 13 000 78-tours et de 16 000 45-tours, mexicains ou américains. En 2000, le catalogue du label annonce fièrement : « 40 ans de musique du terroir ».

World-music…
Si les musiques nord-américaines remplissent une grande partie du catalogue Arhoolie, les musiques du monde ne sont pas oubliées pour autant. Biguine, merengué, calypso des îles, czardas de Transylvanie, valses, polkas, musique klezmer ou rythmes roms sont bien là. Les Antilles sont largement représentées par des enregistrements fait en Martinique, en République dominicaine, à Trinidad, à Porto Rico, aux Bahamas, à Cuba. L’Amérique latine est aussi à l’honneur avec le Belize, le Pérou et la Colombie. L’Europe n’est pas en reste avec des musiques venues d’Irlande, d’Espagne, de Grèce, des Balkans, de Hongrie, de Pologne, d’Ukraine. Plus loin encore les sonorités captées en Afghanistan, au Laos et à Hawaï attendent les amateurs.
En 2009 l’aventure semble loin d’être terminée et, en 2010, le label fêtera son jubilé.

Gilles Blampain

Source: ‘The Arhoolie Story’ – par Larry Benicewicz

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