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été 20
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UNE CHANSON



blues deraime
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BLUES DUKE ROBILLARD



Il n’est pas rare que des titres emblématiques du blues trouvent leur origine dans des ballades anglaises ou irlandaises du XVIIIe ou du XIXe siècle (cf. ‘The House Of The Rising Sun’, ‘Baby Please Don’t Go’, ‘Saint James Infirmary’). Certaines chansons inscrites dans le patrimoine semblent appartenir à cette catégorie mais sont néanmoins plus récentes. Archétype du genre, Trouble In Mind est en effet plus proche de nous et son créateur est clairement identifié. Il s’agit du pianiste et compositeur Richard M. Jones (1892 – 1945). Natif de New Orleans, Jones, chef d’orchestre et producteur, s’est installé à Chicago au tout début des années 20 où il a rapidement occupé des responsabilités en tant que superviseur de la branche ‘musique noire’ au sein du label Okeh. Dans les années 30, il a eu des fonctions similaires chez Decca avant de se retrouver quelques années plus tard chez Mercury.
Jones a enregistré Trouble In Mind pour la première fois le 23 février 1926 en compagnie de la chanteuse Bertha ‘Chippie’ Hill et de Louis Armstrong. Il ne se doutait peut-être pas que sa composition serait reprise par des centaines d’artistes au fil des décennies suivantes.

L’atmosphère de cette chanson est étonnante car elle reflète une certaine ambiguïté. Il est en effet tour à tour question d’un profond désespoir morbide et d’une espérance en des lendemains meilleurs. Le narrateur a tellement de soucis qu’il est prêt à mettre fin à ses jours (Life ain't worth living, I feel like I could die / La vie ne vaut pas d’être vécue, j’ai envie de mourir),  mais d’un autre côté le bonheur est toujours possible ('Cause the sun is gonna shine in my back door someday / Parce que ce soleil brillera de nouveau derrière chez moi). A moins que ce ne soit encore plus désespéré. Car, cette porte de derrière donne-t-elle réellement sur un jardin ensoleillé ou est-ce une métaphore pour le passage vers un monde prétendu meilleur ? Toute la chanson repose sur cette ambivalence : « Je suis triste mais je ne veux pas que ça dure, le soleil brillera de nouveau bientôt » et puis « Je n’ai jamais eu de telle peine dans toute ma vie, je vais poser ma tête sur les rails du chemin de fer ».

              But I won't be blue always...

Trouble in mind, I'm blue / But I won't be blue always, / 'Cause the sun is gonna shine in my back door someday

Zone de Texte:I'm going down to the river / I'm going top take me a rocking chair / and if the blues don't leave, I rock on away from here

Trouble in mind, I'm blue / But I won't be blue always, / 'Cause the sun is gonna shine in my back door someday

Trouble in mind, that's true / I have almost lost my mind / Life ain't worth living, I feel like I could die

Trouble in mind, I'm blue / My poor heart is healing slow / I've never had such trouble in my whole life before

I'm gonna lay my head on some lonesome railroad line / and let that 2:19 special ease my troubled mind

Trouble in mind, I'm blue, But I won't be blue always / 'Cause the sun is gonna shine in my back door someday

        The sun is gonna shine in my back door someday

Exposer le désespoir sans être larmoyant est œuvre de poète. Mais le bluesman est-il un poète pour autant ? La question reste ouverte.
Chanter la souffrance morale sans sombrer dans le pathétique ou le ridicule n’est pas une évidence pour tout le monde. La détresse accompagnée de son cortège d’idées noires a cependant attiré un grand nombre d’interprètes et la palette d’émotions semble infinie. De Snooks Eaglin qui l’exprime avec une grande sobriété à Jerry Lee Lewis qui chante avec des trémolos dans la voix comme un tragédien déclame son texte, Trouble in Mind se décline en folk, en jazz ou en blues. Avec seulement une guitare acoustique ou un grand orchestre, façon troubadour ou jazzman, cette déprime pénètre l’auditeur grâce à la subtile alchimie du verbe et de la mélodie.

   

                       My poor heart is healing slow

Beaucoup d’artistes ont été inspirés par cette composition à l’instar de Johnny Cash qui paraît se transcender au contact de ce titre pour en donner une superbe version ou encore Archie Shepp qui atteint des sommets de finesse et d’élégance, son saxophone répondant au piano d’Horace Parlan. Parmi les plus illustres interprètes on trouve les noms de Bob Wills and his Texas Playboys, Big Bill Broonzy, Mose Allison, Rosetta Tharpe, Big Walter Horton, Pinetop Perkins, King Curtis, Big Joe Turner, Sam Cooke, Aretha Franklin, Nina Simone, Lightnin’ Hopkins, Mance Lipscomb, Janis Joplin, Dinah Washington, Bob Dylan, Maria Muldaur, Duke Robillard, Willie DeVille... En Europe le titre a également connu différentes reprises de qualité avec Humphrey Lyttelton, Jeff Beck, Peter Green, Eric Clapton, Marianne Faithfull ou encore le Flamand Arno et les Roumains de Nightlosers qui mêlent de très belle manière blues et musique des Balkans.
Langueur, tristesse, mal de vivre, il y a des maux dont on se passerait bien. Ce Trouble in Mind n’en finira donc jamais…Espérons que non !

   

Gilles Blampain

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