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02/17
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Dossier: BLUES & FLAMENCO (suite) Portrait: AC REED Interview: THE STEADY ROLLIN MEN
 


UNE CHANSON



blues my babe
blues my babe
blues susie Q



I love you, My Susie Q!

Cette chanson développe un rythme sommaire, primitif, mais fort, son texte est simplissime à la limite du minimalisme, mais elle accroche l’oreille de l’auditeur depuis plusieurs décennies. Une simplicité d’une redoutable efficacité. Elle s’est imposée de manière si inéluctable qu’elle a intégré le Rock’n’roll Hall of Fame parmi les 500 chansons qui ont façonné le rock'n'roll.

Susie Q est une composition de Dale Hawkins qui gagnera le surnom d’architecte du swamp rock boogie. Le jeune hommeblues susy Q enregistre la chanson dans les studios de la station de radio KWKH à Shreveport le 14 février 1957. Il a tout juste 21 ans. Son ami James Burton exécute le riff entêtant qui sera la marque de fabrique du titre, Joe Osborne tient la basse et Ronnie Lewis est à la batterie. Mélange de swamp et de rockabilly, Susie Q est dans bien dans l’esprit louisianais qui aime mixer les genres. La matrice de l’enregistrement est vendue à Checker records à Chicago qui a déjà publié un premier single de Dale Hawkins. Checker sort Susie Q en 45 tours en mai 1957 (avec en face B ‘Don't Treat Me This Way’). La chanson se classe no 27 au Billboard Hot 100 et no 7 dans le classement Rhythm’n’Blues singles.

Dès la première édition Stan Lewis propriétaire d’un magasin de disques à Shreveport distribuant les enregistrements Chess et Eleanor Broadwater, compagne du DJ de Nashville Gene Nobles, sont crédités comme auteurs aux côtés de Dale Hawkins afin de leur reverser une part des royalties. Les frères Chess leur accordent cette faveur en remerciement de leur avoir fait découvrir un artiste qui devrait être rentable. Monnaie courante à l’époque, Hawkins est mis devant le fait accompli.

Le nom Susie Q fait référence à un pas de danse dont on parle dans de nombreuses chansons de blues des années 1920 et 30, c’est ce nom que choisit Hawkins pour baptiser l’héroïne de son histoire. Le tempo de ‘Susie Q’ qui rappelle les beats de Bo Diddley ou Howlin’ Wolf marque immédiatement l’auditeur. Ça démarre par un temps marqué fermement à la batterie, doublé par une frappe rapide sur une cloche (cowbell), la guitare intervient peu après, puis le chant arrive. Influencé par Elvis, Jerry Lee et consorts, Dale Hawkins a un chant clair, un peu sauvage et spontané. Il chante avec naturel, sans jamais forcer sa voix.
(I love the way you walk / I love the way you talk / J’aime ta façon de marcher / J’aime ta façon de parler – Say that you’ll be true / And never leave me blue / Dis que tu seras sincère / et ne me rendras jamais triste).

Grâce au succès de ‘Susie Q’ Dale Hawkins apparaît dans l’émission American Bandstand du producteur/animateurblues susy Q Dick Clark et accède à des salles renommées comme l’Apollo Theater de New York ou le Regal de Chicago. Malheureusement il ne connaitra pas un autre succès comparable, en partie parce que de nombreux auditeurs et programmeurs de radio pensent à tort qu’il est noir, limite préjudiciable en cette époque de ségrégation.

La chanson est reprise par de nombreux artistes. En 1957, le texan Gene Summers ouvre le bal avec une version rockabilly un peu grandiloquente suivi plus tard par le quartette vocal canadien de Toronto des Crew-Cuts. En 1961  Bobby Vee continue dans une veine plutôt sautillante et dans l’air du temps, façon doo wop avec solo de saxophone. En 1963 Gene Vincent en donne une interprétation assez chaude sur son album Shakin’ Up A Storm, Lonnie Mack n’est pas en reste et l’inscrit sur son tout premier album The Wham Of That Memphis Man quand Chet Atkins en fait une superbe variante instrumentale avec solo de guitare et solo de saxophone sur le LP Teen Scene. Juin 1963, The Astronauts, groupe originaire du Colorado, donne un côté surf music au titre avec roulement de caisse claire et vibrato de guitare dans les aigus. Le 25 février 1964 les Rolling Stones enregistrent une version qui paraît aux Etats Unis sur l’album 12X5 et en Europe sur The Rolling Stones N°2. Durant cette année 1964, Billy Lee Riley, figure du rockabilly, s’empare de la chanson à sa manière pendant qu’à Dallas The Huggins Brothers la redessinent façon surf garage tandis que The Barbarians, dans le Massachussetts, lui donnent un côté plus âpre. Johnny Rivers s’empare du titre en mai 1965 pour l’exécuter de très belle manière sur son album Meanwhile Back At The Whisky A Go Go. Les Everly Brothers la reprennent, eux aussi en 1965, sur leur album Rock’n Soul. Le groupe néo-zélandais The Breakaways lui apporte une touche rhythm’n’blues en 1966. Cette même année, Quicksilver Messenger Service, groupe phare du rock psychédélique, l’intègre à sa set list pour l’album Live At The Fillmore Auditorium. En 1968 Creedence Clearwater Revival propose une version longue de plus de 8 minutes sur le premier album du band, la chanson est scindée en deux parties sur le 45 tours.

blues

La décennie suivant démarre bien puisque José Féliciano donne à la chanson un air pop-rock latino et la classe à son tour dans le Billboard Hot 100 en 1970 à la 83e place. Mars 1971, James Burton, acteur majeur de l’enregistrement originel mais principalement connu pour avoir été le guitariste d’Elvis de 1969 à 1977, sort l’album The Guitar Sounds Of James Burton sur lequel il reprend Susie Q,le chant est assuré en arrière-plan de la guitare par un chœur féminin. En 1976 Tony Joe White lui donne une couleur bien dans son style avec voix caverneuse et chant hypnotique souligné par un trait d’harmonica et un slide minimaliste. En 1979 Sleepy LaBeef, voix grave, tempo sautillant et intervention de piano, rapatrie le titre du côté de la country.
Les spectateurs du festival international du film de Cannes ont la surprise en 1979 d’entendre Susie Q dans la B.O du film de Francis Ford Coppola Apocalypse Now, interprétée par Flash Cadillac and The Continental Kids.

En 1982 Carl Perkins intègre naturellement Susie Q à la liste de standards du rock’n’roll qu’il enregistre pour son album Rock’n’roll Party. Suzi Quatro en fait une version glamrock en 1983, réécrivant son titre ‘Suzi Q’, pour l'album devant initialement porter le même nom mais qui ne paraitra qu’en 1997. Sur un rythme chaloupé, en 1988, Bobby McFerrin donne un nouveau visage à Susie Q à travers les circonvolutions vocales qui lui sont propres sur son LP Simple Pleasures. Bill Thomas reprend le titre dans une longue exécution blues-rock sur son album Preacher’s Son en 1994. Le groupe rétro-funk The Sugarman Three sort son premier disque en 1999 intitulé Sugarman’s Boogaloo sur lequel Susie Q est à la 6ème plage. En septembre 2000 c’est le tour du bluesman Eddie The Chief Clearwater d’ajouter son nom à la liste. En 2001, Dr Feelgood laisse entendre une belle copie acoustique de la chanson sur l’album Singled Out. The Chuck Fenech Band donne un coup de jeune à Susie Q à travers un blues-rock psychédélique à rallonge sur l’album du groupe qui paraît en 2010, Dr. Tequila sort un CD la même année sur lequel on retrouve la chanson dans le cadre d’un enchaînement de standards titré ‘Who Dat? Bayou Medley’. Le groupe de rock de Rhode Island, Purple Ivy Shadows s’en empare à son tour sur l’album Mexican Party paru en 2013. Lors d’une rencontre historique captée en direct au Vancouver Island Festival le 13 juillet 2013, James Burton, Albert Lee, Amos Garrett, David Wilcox, maîtres de la Telecaster, reprennent sur scène bon nombres de standards du rock dont Susie Q. Cette réunion est immortalisée sur le CD Guitar Heroes. Susie Q n’a pas pris une ride et court toujours !

Rock, blues, country, latino, surf, garage, rhythm’n’blues, jazzy, retenue ou sauvage, avec plus de 120 versions différentes depuis les années 50, Susie Q n’en finit pas de marcher, Susie Q n’en finit pas de parler et ne nous file jamais le cafard.
Never leave me blue, My Susie Q.

blues

Gilles Blampain

blues

 Dale Hawkins


Tony Joe White


José Feliciano


The Rolling Stones


Chet Atkins


Bobby McFerrin