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06/20
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UNE CHANSON




blues see see rider
blues see see rider
blues see see rider



Saint James Infirmary fait partie du cercle restreint des chansons qui ont imprimé fortement leur marque dans différents styles, inspirant les folksingers, les jazzmen tout autant que les bluesmen. De Louis Armstrong, qui l’a enregistrée une première fois en 1928, au premier album des White Stripes, cette chanson véhicule une sensation suffisamment forte voire envoûtante, pour s’ancrer dans l’imaginaire collectif et faire frissonner l’auditeur avec les mêmes mots et les mêmes notes, quelle que soit l’époque.

Souvent doté du sceau anonyme du ‘traditional’ Saint James Infirmary est parfois attribuée à Joe Primrose, pseudonyme d’Irving Mills, propriétaire de Mills Music, entreprise d’édition musicale travaillant avec les plus grands noms du jazz.
L’origine de cette ritournelle remonte à une chanson anglaise du XVIIIe siècle, The Unfortunate Rake (Le Débauché Malchanceux), racontant l’histoire d’un jeune marin mourant d’une maladie vénérienne après avoir trop fréquenté les prostituées. Une fois en Amérique, le côté sombre de l’histoire demeure mais la tragédie change. La chanson parle d’amour et de mort. Elle évoque la perte de l’être cher et la vacuité du monde face à ce manque, superposant l’image livide du cadavre de la bien-aimée à celle des  funérailles anticipées de l’amant meurtri. Plus rien n’a de sens pour le narrateur si ce n’est quitter ce bas monde. La musique reflète effectivement une très profonde tristesse, un air proche d’une marche funèbre.

I went down to Saint James Infirmary
                               I saw my baby there  

      Zone de Texte:I went down to St. James Infirmary     
I saw my baby there                                   
Streched out on a cold white table            
So sweet, so cold, so fair                            
Je suis allé à l’hôpital Saint James / J’y ai vu ma chérie / Etendue sur une table blanche / Si douce, si froide, si belle

So let her go, let her go, God bless her    
Wherever she may be                                
She can search this wide world over       
But she'll never find another man like me
Laissez-la partir, laissez-la partir que Dieu la bénisse / Où qu’elle puisse être / Elle pourra chercher dans ce vaste monde là haut / Mais elle ne trouvera jamais un autre homme comme moi

When I die, bury me
In a black suit and a Stetson hat             
Put a 20dollar gold piece on my watch chain              
Let the fellows know I died standin' pat  
Quand je mourrai, enterrez-moi / Dans un costume noir et un Stetson / Mettez une pièce de 20 dollars à ma chaîne de montre / Faites savoir aux amis que je suis mort plein aux as

 

Après les orchestres de jazz, d’Armstrong à Duke Ellington, de Cab Calloway à King Oliver ou encore la sublime Billie Holiday, en 1959, seul avec sa guitare acoustique, Snooks Eaglin reprend le titre sur son premier 33-tours New Orleans Street Singer. Avec sa simplicité et sa dextérité, Eaglin insuffle une telle émotion dans son interprétation qu’il donne une dimension nouvelle à la chanson.
Au fil des ans, de multiples interprètes de styles très différents reprennent le thème : Artie Shaw, Jack Teagarden, Big Mama Thornton, Josh White, Sidney Bechet, Bobby Bland, Johnny Duncan, Doc Watson, Lou Rawls... Plus tard une nouvelle génération de musiciens se frotte à Saint James Infirmary. Parmi eux, The Doors, The Animals, The Ventures, Graham Bond, Janis Joplin, James Booker, Joe Cocker, Tom Jones, Dave Van Ronk, Georgie Fame…
Comme l’a écrit Alfred de Musset « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux », ainsi Saint James Infirmary est-il toujours source d’inspiration. Piano, guitare ou voix chacun mettant en avant le médium qu’il maîtrise le mieux pour exprimer ce chagrin.

       
          
So sweet, so cold, so fair  
Let her go, let her go, God bless her  

La chanson s’inscrit presque naturellement dans la set list de bluesmen et women comme Mojo Buford, Little Mack Simmons, Cephas & Wiggins, Rosa King ou Marva Wright mais elle s’impose aussi presque comme une référence obligatoire pour d’autres et on la retrouve sur les disques de The Stray Cats, Van Morrison, Arlo Guthrie, Cassandra Wilson, Harry Connick Jr., Kent DuChaine, Chris Thomas King, Wynton Marsalis, Marc Ribot… La liste pourrait s’allonger fastidieusement car il doit exister plus d’une centaine de versions.

Même si selon les interprètes, sans que le fond change, on puisse parfois noter quelques légères variantes dans les paroles, Saint James Infirmary est parmi les classiques que tout musicien connaît. Ainsi quand ils se retrouvent sur scène, Doctor John et Eric Clapton reprennent la chanson, quand Allen Toussaint veut rendre un hommage à une New Orleans meurtrie par Katrina, il enregistre le disque The Bright Mississippi sans omettre d’y inclure une version instrumentale de Saint James Infirmary mêlant douceur et douleur. Au XXIe siècle, cette tragédie musicale n’en finit pas de nous hanter car une chose est sûre, la mort est toujours fidèle au rendez-vous 

 

Gilles Blampain


blues

Louis Armstrong

Snooks Eaglin

Joe Cocker

James Booker

Clapton & Dr John

Allen Toussaint