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été 20
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UNE CHANSON








Superbement triste…
Soul, Chess and tears

Chess ou Cadet…
Dès qu’on parle de soul-music, les noms de Stax et Motown viennent immédiatement à l’esprit. Ils se sont en effet inscrits comme des références incontournables dans ce répertoire. Chess, lui, est surtout connu pour les grands noms du blues ou du rock’n’roll qu’il a portés à la postérité. Mais son catalogue recèle bien d’autres pépites.
Muddy Waters, Howlin’ Wolf, Sonny Boy Williamson, Buddy Guy, Chuck Berry ou Bo Diddley n’étaient pas les seuls. Les chanteurs et chanteuses de soul ont vu eux aussi leurs mélodies distribuées par le label Chess ou sa filiale Cadet.

Les enregistrements réalisés sous la direction de Gene Barge, Rick Hall ou Billy Davis ont révélé les plus belles voix qui soient. Entre 1964 et 1972, les meilleurs interprètes du moment ont enregistré pour l’entreprise du 2120 south Michigan avenue, à Chicago. Etta James, Fontella Bass, Irma Thomas, Marlena Shaw, Maurice & Mac, Gene Chandler, Laura Lee, Kip Anderson, Billy Young, Mitty Collier, Fred Hughes, Richard Dunbar et Jimmy Diggs plus connus sous le nom des Knight Brothers, Billy Stewart, Bobby McClure… ont gravé quelques uns des plus beaux thèmes de soul-music durant ces années-là. Selon le lieu de résidence des artistes, les sessions avaient lieu à Chicago ou dans le Mississippi, ou encore en Alabama, et la fameuse section rythmique de Muscle Shoals était souvent requise.

Soul-pleureurs…
Si ce n’était pas la totalité du répertoire, on note cependant qu’un très grand nombre de chansons racontaient des histoires tristes à pleurer. Se dessinait alors une vie dénuée de sens, avec peines de cœurs, bleus à l’âme et un spleen lancinant. Tous ces artistes étaient-ils à ce point torturés sentimentalement ? En tout cas leurs chants étaient déchirants. Vies brisées, amours impossibles, désespoirs et trahisons. Les textes qu’ils interprétaient étaient de vrais tire-larmes. Fallait pas oublier son mouchoir ! Sous la richesse des harmonies, peines d’amour à la pelle, désarrois sentimentaux à foison, cœurs brisés par tombereaux. Mais les chants les plus désespérés ne sont-ils pas les plus beaux ?

Les titres annonçaient le programme d’entrée de jeu. Etta James : ‘Losers Weepers’ (perdants pleureurs). Laura Lee : ‘She Will Break Your Heart’ (elle te brisera le cœur). Marlena Shaw : ‘Nothing But Tears’ (rien que des larmes). Billy Young : ‘Have Pity On Me’ (aies pitié de moi). Mitty Collier : ‘Drown In My Tears’ (noyée dans mes larmes). Une avalanche de tristesse ! Dans ‘Somewhere Crying’ (quelque part en larmes), Irma Thomas chantait : « Si tu vois celui que j’aime s’amuser en ville, s’il te plaît, ne lui demande pas pourquoi je ne suis pas là. Cherche une rue déserte en ville, c’est là que tu me trouveras, quelque part en larmes. »

Cœurs solitaires…
Compositions de qualité, orchestrations soignées, ces chansons étaient souvent signées par les meilleurs faiseurs de l’époque, Jerry Butler, les frères Eddie et Brian Holland associés à Lamont Dozier, Curtis Mayfield, Clarence Carter, Carole King et consorts. Dès l’intro, ils savaient planter le décor, et l’humeur maussade annonçait pleurs et tourments.
Désespoirs amoureux, certes, mais lentes ou rythmées, toutes ces chansons étaient de vraies petites perles.« Je reste là, dans l’ombre, avec des torrents de larmes sur mon visage… Pourrais-je jamais t’effacer de ma mémoire ? ». Dotés de voix exceptionnelles où affleurait une sensualité sous-jacente, ces jeunes interprètes, qui avaient entre 25 ou 30 ans, jouaient la carte de l’émotion, soutenus par des orchestres dans lesquels les cuivres se rappelaient l’être aimé pendant que l’orgue virait au désespoir. La ligne de basse, lourde de chagrin, ne pouvant plus limiter les sanglots de la guitare rythmique, alors un violon ou un vibraphone venaient parfois redonner un peu de gaîté, comme un sourire noyé de pleurs. Et puis, toutes ces voix déchirantes, si belles, qui vous collaient une mélancolie contagieuse... Tout cela n’était que musique et émotion, mais c’était de la soul grand style et du meilleur cru. On dit que les larmes soulagent. N’ayons pas peur de chialer un bon coup.
 
Gilles Blampain