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06/20
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UNE CHANSON



blues route 66





Well if you ever plan to motor west
Travel my way take the highway that’s the best

Le tracé existait depuis les années 20, mais ce n’est qu’en 1937 que la Route 66 devint la premier axe goudronné transcontinental d’Amérique. Rapidement surnommée the Mother Road ou the Main Street of America, elle s’étirait sur près de 4000 kilomètres de Chicago à Los Angeles, traversant 8 états : Illinois, Missouri, Kansas, Oklahoma, Texas, Nouveau Mexique, Arizona et Californie. Elle devint sans tarder un des mythes de l’Amérique. Elle eut ses lettres de noblesse en littérature avec John Steinbeck et Jack Kerouac. Côté musique, ce fut Bobby Troup qui l’immortalisa.

A tout juste 28 ans, quand un beau matin de 1946, il prit le volant de sa voiture pour se rendre en Californie, Bobby Troup ne se doutait sûrement pas qu’il tiendrait un super hit arrivé à destination. C’est, paraît-il, sa femme Cynthia, voyageant à ses côtés, qui trouva le fameux gimmick: ‘Get your kicks on route 66’. Acteur, chanteur, pianiste compositeur, Bobby Troup avait plusieurs cordes à son arc. Il s’illustrait avec bonheur dans le jazz, mais ses compositions se sont accrochées indifféremment dans les classements pop, jazz ou rock. On lui doit notamment un classique du rock’n’roll, écrit en 1956, ‘The Girl Can’t Help It’, rendu célèbre, dans le film du même nom, par Little Richard.

                                  Get your kicks on Route 66

Zone de Texte:Le voyage ne se faisant pas d’une traite, Bobby Troup eut le temps de fredonner et de modifier ses vers. Arrivé à destination, les paroles étaient là, pratiquement définitives. La chanson construite comme un catalogue de voyage évoquait les principales villes traversées. Saint Louis dans le Missouri, Oklahoma City, Amarillo au Texas, Gallup au New Mexique, Flagstaff en Arizona et ainsi de suite jusqu’en Californie. Pour la mélodie, un tempo jazzy cool adoptant le rythme de la vitesse de croisière d’une limousine roulant à bonne allure sur l’asphalte, s’imposa. Bobby Troup n’eut plus qu’à coucher tout ça sur papier.  Quelques temps plus tard, il proposa la chanson à Nat King Cole. Avec sa voix charmeuse, Cole, au piano, enregistra le titre accompagné simplement d’un guitariste et d’un contrebassiste. Bingo ! Le succès fut au rendez-vous. Sans tarder, Bing Crosby et les Andrews Sisters, accompagnés d’un grand orchestre, en firent une adaptation pleine de swing. Le titre devint un standard et Bobby Troup l’interpréta fréquemment en club ou à la télévision. En 1956, la chanteuse de jazz Betty Roché donna une interprétation mid- tempo de Route 66. Quelques années plus tard, en 1959, en y ajoutant un couplet d’introduction, le crooner Perry Como donna une nouvelle version de la chanson. En 1961, avec Chuck Berry, le rock mit un pied sur la Mother Road.

     

Well it winds from Chicago to L.A.
More than 2000 miles all the way

Zone de Texte:  En janvier 1964, les Rolling Stones étaient au Regent studio de Londres pour graver leur tout premier 33-tours. Route 66 fut le premier des 12 titres enregistrés. Ils lui imprimèrent un rythme assez rapide et très excitant. Un bref roulement de caisse claire de Charlie Watts, aussitôt rejoint par les guitares de Brian Jones et de Keith Richards savamment entremêlées et soutenues par la basse de Bill Wyman, annonçait un voyage assez excitant. Pour la partie vocale, Mick Jagger affichait un juvénile enthousiasme ne masquant pas une certaine décontraction. Ce n’était plus une balade le bras à la portière, mais une virée pied au plancher. Ce premier album des Rolling Stones rencontra un véritable succès en restant 12 semaines n°1 des ventes en Grande-Bretagne. La version super 45-tours (It's All Over Now/Tell Me/ Good Times, Bad Times/Route66) fît un tabac dans tous les pays. Au début d’une ascension fulgurante, le band rendit la chanson mondialement célèbre auprès d’un large et jeune public. Route 66 resterait un standard maintes fois repris par les musiciens de jazz, mais le titre avait à présent un pied bien implanté dans la scène rock.
   
Get your kicks on Route 66

La chanson allait prendre différentes couleurs au fil des années et des interprétations. Them, Pretty Things, Yardbirds ont évidemment fait un tour sur la Route 66. Humble Pie l'a gonflé à la nitro hard-rock. Dépêche Mode lui a donné le côté électro new-wave des 80's. Doctor Feelgood l'a invité au bar du coin pour un pub-rock infernal. Les trublions de UK Subs l'ont maquillé façon punk et les Cramps lui ont fait un lifting psychobilly. The Outlaws lui ont donné un aspect country-rock quand Jason and The Scorchers partaient dans un trip cowpunk. Buckwheat Zydeco a redessiné la route façon zydeco et le Brian Setzer Orchestra lui a redonné le lustre des big bands. Des versions jazzy, plus douces et vocales, par Manhattan Transfer ou The Four Freshmen ont joliment cités les villes de l'ouest traversées par la transcontinentale. Sans oublier deux géants de la scène réunis pour évoquer la Main Street of America de fabuleuse manière: Ella Fitzgerald et Ray Charles. Il est évident que les jazzmen auront toujours envie de faire une virée le long de la mythique Route 66, mais il est tout aussi évident que la voie est ouverte à tous et que de nombreux musiciens venus du blues, du rock ou autre dérivé du genre, s’y sentiront, eux aussi, très à l’aise.

Gilles Blampain

                                                              

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Doctor Feelgood

Depeche Mode

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