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10/20
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UNE CHANSON



blues deraime





Il était inévitable que les automobiles inspirent les musiciens. Pendant longtemps les voitures américaines ont fait rêver, mais pas pour les mêmes raisons que les somptueuses anglaises ou les belles italiennes. Dès 1908 Henry Ford suscita l’enthousiasme populaire avec sa Ford T, premier modèle produit en grande série à un prix abordable. L’automobile devint rapidement un objet indispensable de l’american way of life et connu de nombreuses déclinaisons : limousines, hot-rods, pick-ups, nascars… Plus tard l’Amérique inventa les drive-in, les motels, le car-washing, car rester au volant devint un mode de vie. Et puis arriva le délire esthétique des carrosseries des années 50.

A l’aube du XXe siècle

Zone de Texte:Dès 1909 le chanteur de Vaudeville en vogue Billy Murray grava sur un 90-tours ‘My Merry Oldsmobile’. Composée en 1905, la chanson racontait : « Le jeune Johnny Steele a une Oldsmobile, il aime sa chère petite amie, elle est la reine de sa machine à essence. Elle a pris son cœur dans un tourbillon. Maintenant, quand ils vont faire un tour, vous savez, elle essaie de découvrir l'automobile, alors il la laisse conduire, tandis qu’à son oreille, il murmure de doux propos ... ». Voilà une bien gentille bluette, même si la suite de la chanson laisse entendre que les plus tendres étreintes ont eu lieu dans la voiture et que la vie se passera au volant de l’Oldsmobile. Le pianiste et chef d’orchestre américain d’origine française, Jean Goldkette, dont la formation a vu passé en son sein Bix Beiderbecke et les frères Jimmy et Tommy Dorsey reprit la chanson en 1927. Cette année-là, General Motor en offrit d’ailleurs un enregistrement aux visiteurs du salon de l’auto de Detroit qui s’arrêtaient sur son stand. En 1939 Bing Crosby accrocha la chanson à son répertoire, puis se fut le tour de Les Brown and his orchestra en 1946.

        Fantasme mécanique ou fantasme sexuel…
De leur côté les bluesmen, adeptes du double langage pour ne pas se compromettre face aux Blancs et rester dans la décence ont chanté les joies de la mécanique sous un autre angle. En 1935, dans ‘Me And My Chauffeur’ Memphis Minnie chantait : « Ne veux-tu pas être mon chauffeur ? Je veux qu’il me conduise. Il conduit si bien, je ne peux rien lui refuser. Mais je ne veux pas qu’il emmène d’autres filles. ». C’est clair le chauffeur est un amant hors pair. Robert Johnson, a enregistré ‘Terraplane Blues’ en 1936 à San Antonio. La Terraplane créée par la Hudson Motor Car Company de Detroit, marque aujourd’hui disparue, était conçue pour être bon marché tout en étant puissante, autant pour les citadins que pour les campagnards. Plus qu’une publicité pour ce modèle, Johnson évoquait ce véhicule comme objet de métaphore sexuelle : « Qui a pris le volant de ma Terraplane, Mama, depuis que je suis parti, j’allume les phares mais le klaxon ne fonctionne  pas. Je vais soulever ton capot, Mama, et vérifier l’huile. La bobine est un peu faible, il faut que je recharge la batterie… ». Plus tard dans les années 50, Memphis Willie B. avec ‘Car Machine Blues’ taquinait lui aussi la muse mécanique pour étaler sa libido : « Oh, miss Lizzie laissez-moi conduire votre petite auto. J’aime votre machine, laissez-moi mettre les mains sur le volant... Je lève le capot et le générateur fait de belles étincelles…c’est la plus belle voiture que j’aie jamais vue et il faut lui faire le plein… ».

Pour d’autres artistes, la belle américaine de Detroit était un sujet en soi, et il n’était pas nécessaire de chercher un sens caché aux paroles des chansons. Ainsi, Albert King a chanté le modèle Dynaflow de chez Buick et a également célébré le travail à la chaîne plus valorisant et plus rémunérateur que le ramassage du coton. Dans ‘Cadillac Assembly Line’ il racontait : « J’vais aller à Detroit Michigan, ma fille tu dois rester là, j’vais me trouver un boulot sur la chaîne d’assemblage Cadillac. J’en ai marre de crier et de ramasser cette saleté de coton dans le Mississippi… ». Rice Miller (Sonny Boy Williamson), lui, chantait à la fois l’amour et la virée en bagnole dans ‘Pontiac Blues’ : « J’ai trouvé ce que ma chérie aime. Elle veut beaucoup d’amour et une Pontiac 8 cylindres. On va prendre la highway, allumer les phares et mettre la radio… ». En auto, Chuck Berry se la coulait douce, lui aussi avec sa belle : « Une virée en automobile avec ma chérie assise à côté de moi au volant, on écoute la radio sans endroit particulier où aller…» (‘No Particular Place To Go’).



De Mustang Sally à Honda Betty                                    

Zone de Texte:  La Ford Mustang a été la voiture emblématique des années 60. Elle a même tenu la vedette dans différents films comme ‘Un Homme Et Une Femme’ de Claude Lelouch ou dans ‘Bullitt’ de Peter Yates, avec la fabuleuse poursuite dans les rues de San Francisco. C’est donc presque naturellement qu’elle se retrouva en chanson. Avec ‘Mustang Sally’, enregistrée par son créateur Mack Rice en 1965, onrevenait au double sens. Sally voulait-elle faire un tour en voiture ou s’envoyer en l’air ? L’ambiguïté était au rendez-vous. Notion équivoque du verbe ‘to ride’, chevaucher ou faire un tour. D’ailleurs de qui était-il sujet ?  De la voiture ou de la fille ? Aussi puissant que le V8 sous le capot, aussi sexy que la fille. La belle était bien roulée. Les deux noms se confondaient. « Mustang Sally, ah, ah, je pense que tu ferais mieux de ralentir… ». Wilson Pickett en fit un énorme succès en 1966. Sa voix rauque soutenue par un chœur féminin était très suggestive. Il feulait, il haletait, il criait. On sentait le désir monter, (‘all I wanna do is ride around Sally. Ride, Sally ride’).

En Europe, dans un registre plus calme, Donovan célébrait lui aussi les belles mécaniques avec ‘Hey Gyp !’ « Je t’achèterai une Chevrolet, donne-moi seulement un peu d’amour…J’veux pas de Chevrolet, mec, donne-moi seulement ton amour…J’tachèterai une Ford Mustang, donne-moi un peu d’amour… ». Tandis que la fougueuse texane Janis Joplin, elle, vantait les mérites des bolides allemands en immortalisant ‘Mercedes Benz’ « Oh Seigneur ne m’achèteras-tu pas une Mercedes Benz. Tous mes amis roulent en Porsche… ».

Les temps changèrent, des bouleversements économiques remodelèrent la société et de nouvelles mécaniques firent référence. A la fin des années 90 Arthur Adams chantait ‘Honda Betty’ : « Elle roule à fond sur l’autoroute mais ne se fait jamais arrêter. Elle est vraiment cool… ».La voituremade in USA n’avait-elle plus la cote ? Pas sûr, car en 2002, Mighty Mo Rodgers invoquait Dieu dans ‘Cadillac To Go’ : 

“Dear God                                                        “ Cher Dieu
I don’t want no Mercedes Benz                         Je n’ai pas besoin d’une Mercedes Benz,
I don’t  want no Lexus                                       Je n’ai pas besoin d’une Lexus
To impress my friends                                        Pour impressionner mes amis
Cause I play the blues                                        Parce que je joue le blues
And there’s just one car will do                         Et il y a juste une voiture qui le fera
That’s why I’m coming straight to you              C’est pourquoi je viens directement vers toi
Cause you always got my back                          Car tu as toujours eu mon respect
That’s a natural fact                                          C’est un fait naturel
So please give me one brand new Cadillac...”   S’il te plaît donne-moi une Cadillac flambant neuve...."
                                                                                                                                                   
Le bon Dieu en vendeur d’autos : qui l’eût cru ? Mais bluesman ou pas, le mythe automobile a la vie dure et la Cadillac fait toujours partie du rêve américain.

Gilles Blampain

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