C'est à Memphis, au Cook Convention Center qu'eurent lieu le 6 mai dernier les "Blues Music Awards 2010". Véritable évènement clé, il récompense en 26 catégories distinctes, les bluesmen et blueswomen les plus méritants de l'année écoulée.


Le "Grand Lobby" du Cook Convention Center avait été spécialement aménagé pour l'occasion. En effet, plusieurs écrans géants étaient disposés dans la salle ainsi qu'aux côtés de la scène, sur laquelle allaient se produire, chacun pour 1 morceau, tous les nominés présents. Tout au long d'une exceptionnelle soirée qui dura 6 heures, les présentateurs de la soirée, Big Lou Johnson (la voix américaine des pubs McDonald’s notamment) et Bill Wax (animateur de la radio Sirius XM sur laquelle le show était diffusée en direct) intervinrent entre les performances musicales (1). Depuis leur bureau aux allures "board of supervisors" situé sur scène, côté jardin, ils rappelèrent d'abord au public les nominés pour ensuite annoncer, après un court suspens, les gagnants des différentes catégories, déclenchant cris et applaudissements du public.

Si à l'intérieur, la température commençait à monter dehors le thermomètre affichait 38°C, et donnait à cette soirée de gala, un caractère estival que ne démentaient nullement les réguliers passages aux abords du Cook Convention Center des vieux trolleys bus et des carrosses illuminés de guirlandes électriques conférant aux attelages un délicieux caractère désuet et féerique.

La salle était apprêtée de près de 200 tables sur lesquelles étaient servis dîners et boissons pour les 1500 spectateurs présents (prix du billet:125 $). L'organisation minutieuse de la soirée, le plateau exceptionnel (en dehors des nominés, de prestigieux invités tels que Steve Cropper, Charlie Musselwhite, Bonnie Raitt, Jim Byrnes (de la série télé "Highlander" etc) firent regretter certains que cet évènement ne soit plus médiatisé (aucune télé présente ; interdiction pour le public de filmer). Mais peut-être faut il voir là, le louable souhait des organisateurs (The Blues Foundation) de garder une certaine indépendance vis-à-vis des majors et du showbiz? ("Les organisateurs sont des vieux cons qui ne connaissent rien à la communication moderne, un point c'est tout!" me lança ma voisine de table). Il est vrai qu'à trop vouloir vivre caché...

Les trophées, matérialisés par une fine (et jolie) sculpture métallique représentant un guitariste coiffé d'un chapeau, furent remis par des professionnels du Blues US, dont les plus émouvants furent Cookie Taylor (la fille de Koko) et le vénérable vétéran du piano blues Pinetop Perkins (2) (96 ans). Cookie, encore très remuée par la récente disparition de sa mère, remit le trophées de "meilleure artiste féminine de Classic Blues" (rebaptisé Koko Taylor Award) à la guitariste Debbie Davies (3). "There will never be an other Koko" acquiesça la guitar hero californienne...Un clip diffusé en début de soirée rendit d'ailleurs hommage à l'éternelle "Queen of Blues", ainsi qu'à tous les bluesmen disparus au cours de l'année écoulée.

Chicago…
Le premier trophée de la soirée fut attribué au beau DVD "It ain't over" du label Delmark (4), sur lequel sont filmées des performances "live" des principaux artistes du label de Chicago ; Zora Young, Jimmy Johnson, le regretté Little Arthur Duncan, Lurrie & Carey Bell, Shirley Johnson, Tail Dragger et Eddie Shaw.

Parmi les autres "gagnants" de la soirée, Tommy Castro (4 Awards!), Louisiana Red, Duke Robillard, Derek Trucks (guitariste des Allman Brothers), Irma Thomas, Candye Kane, Joe Louis Walker et Cyril Neville pour la chanson "Pearl River" en duo avec Mike Zito se partagèrent les plus importantes distinctions. A 21 heures, une longue séquence musicale (une demie heure) fut consacrée à la ville de Chicago avec les prestations successives de Eddie C. Campbell, Shirley Johnson, Zora Young avec le « Frenchy » Bobby Dirninger (5), Billy Branch et John Primer (6), tous accompagnés d'un band composé de Bob Stroger, Billy Flynn et Kenny Smith. Dans la salle, les appareils photos crépitaient, le show était bien lancé!

Pour la première fois cette année, la France concourrait aux précieux Awards avec d'une part le magnifique disque produit par la mairie d’Aulnay-sous-Bois et Larry Skoller "Chicago Blues : A Living History" catégorie "meilleur disque Blues de l'année" et d'autre part Zora Young pour l'Award de "meilleure artiste féminine de classic Blues" suite au succès Outre-Atlantique du disque "The French Connection", disque entièrement réalisé dans l'hexagone avec musiciens et producteurs français. Si aucun des 2 ne fut primé, cette première est cependant largement encourageante pour le monde du blues hexagonal. Ne serait-il d'ailleurs pas souhaitable que ces initiatives soient à l'avenir plus soutenues et relayées par les "institutionnels" et décisionnaires du blues en France?

Little Charlie and The Nightcats (avec un époustouflant show à l'harmonica façon Sonny Boy Williamson), Maria Muldaur (en version acoustique avec violons et mandolines), Louisiana Red (7) (solidement soutenu par son band), firent des prestations remarquées, avant qu’aux alentours de 23 heures, Bonnie Raitt ne fasse son apparition sur scène pour décerner l'Award d'honneur ("Lifelong Achievement") à Buddy Guy (8). Comme un seul homme, la salle entière se leva pour rendre hommage à l'inusable et fringant septuagénaire. En grande forme, devant un public le célébrant, Buddy Guy interpréta notamment ses légendaires tubes "Damn Right, I've got the Blues" et "First time I met the Blues". Très souriant, conscient de son rôle de véritable locomotive du blues, Buddy Guy se donna très généreusement.

Jason Ricci
Minuit. Cela faisait maintenant 4 heures que le show allait tambour battant, ne laissant place à aucun temps mort, bénéficiant d'un son d'une qualité rare (malgré le grand nombre de musiciens se succédant sur scène, aucun "couac"), jouissant d'un excellent montage repris "sur le vif" sur les écrans géants à partir d'images provenant de nombreuses caméras - ce en vue de la sortie d'un prochain DVD. On aurait pu penser à ce moment là avoir atteint le paroxysme de la soirée. Mais les 2 animateurs vedettes de la soirée s'employèrent à ne pas laisser retomber la pression, et sans tarder accueillirent Les 3 institutrices-musiciennes (très populaires aux US) du groupe Saffire qui, grâce à leur blues fleurant bon les "hokums" des années 30, se taillèrent également un beau succès...

Avant que le jeune Jason Ricci (9), aux allures post-punk bien loin des robes de soirée et des classieux costumes des bluesmen, ne s'empare de la scène pour ce qui restera certainement le clou de la soirée. Harmoniciste génial, androgyne fantasque sautant d'un coin à l'autre de la scène il gratifia le public du Cook Convention Center d'un set bouleversant. Les paroles de ces compositions (il en interpréta 3) sans nul doute très autobiographiques, firent un véritable malheur et agirent comme un aimant sur un public qui se pressa alors au pied de la scène, pour découvrir de plus près ce nouveau phénomène. Le jeune homme est incontestablement une bête de scène! De surcroît, il peut, grâce à son jeu de scène et son énergie "rock" provocatrice, prétendre plaire largement au delà des frontières musicales classiques du blues. "Son énergie, c'est le punk-rock. Sa musique, c'est le Blues" me confia une Zora Young également tombée sous le charme.

Le même Jason Ricci fut d'ailleurs encore, après la clôture de la soirée vers 1 heure du matin, au cœur de nombreuses conversations sur la terrasse de l'hôtel Marriott, adjacent à la salle, bercée d'une langoureuse et délicieuse atmosphère nocturne si caractéristique du "vieux Sud". On pouvait alors reconnaître autour de la petite fontaine du « Marriott » Billy Boy Arnold, Lonnie Brooks et Magic Slim entres autres (10). D'autres partaient terminer la soirée sur Beale Street. "Il parait que Bobby Rush s'y produira demain à 17h". Tout le monde du blues s’était bien donné rendez-vous à Memphis ce weekend là !

Texte Alain D.
Photos Christelle Rama

 

 

 

 


blues
blues memphis 2010
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