Blues Again : Tu lances un album live en février…
Xavier Pillac : Ça faisait longtemps que j’en avais envie, et le groupe aussi. Ce sera mon troisième album. On bosse dessus en ce moment.
Tu nous remets les autres albums en mémoire ?
Le premier s’intitulait : Faut Qu’J’Aille Bosser, il était sorti en 2000. Et le deuxième en 2004 : S’en Sortir.
Cet album live a déjà un titre ?
Probablement Xavier Pillac Trio Live. C’est simple et de bon goût !
J'ai entendu dire que tu ouvrais une souscription pour cet album. Qu'est-ce à dire ?
En fait, la souscription est une prévente. Les gens achètent le disque avant qu’il ne sorte, histoire de le soutenir ! C’est la première fois que j’utilise ce système, mais des amis sont passés par là et ont pu réunir un budget de départ pour presser l’album. Evidemment, ce genre de souscription s’adresse à ceux qui apprécient notre musique et veulent nous encourager dans ce projet.
Et que gagnent-ils en retour ?
Nos inestimables remerciements pour leur soutien ! Les frais d’expédition sont offerts. Si ça t’intéresse, tu peux trouver le lien sur ‘www.myspace.com/xavierpillac’. Pour souscrire, tu télécharges et imprimes le bulletin de souscription. Euh, en cliquant sur le lien !
Pourquoi avais-tu envie d’un live ?
Je pense aux gens qui viennent nous voir en concert et qui achètent le CD. Là, ils sont obligés de se rabattre sur le deuxième album. Je n’ai plus que celui-là à leur proposer, puisque le premier est écoulé. Du coup, ils rentrent chez eux avec un disque qui ne reflète pas ce qu’ils ont entendu sur scène. C’est très important d’être un peu synchrone avec ce que tu fais. Et puis, j’ai toujours aimé les albums live. Ils sont, euh… plus vivants ! La scène, c’est quand même le point de départ et le fondement de tout. Sans elle, un musicien n’existe pas. On a tous besoin de jouer live, c’est très… existant ! Beaucoup plus que le travail en studio en tout cas, ou que les répètes. C’est sur scène qu’est notre vérité.
Qui sont les deux musiciens du Trio ?
Antoine Escalier tient la basse. Il joue avec moi depuis 2000 ou 2001, c’est dire si on a appris à se connaître depuis tout ce temps. Hervé Herry est derrière la batterie. Lui, on joue ensemble depuis 2005. Et on joue encore ensemble dans le line-up d’un autre groupe, Meyer. D’ailleurs, tous les trois, on faisait déjà partie d’un groupe qui s’appelait Cakewalk, avec Jeff Magidson. Pour être plus précis (dis-moi si je te gonfle), Jeff avait un groupe appelé John Doe dans lequel on retrouvait déjà, outre ton serviteur, Antoine et Hervé. Et entre musiciens, quand il n’y a pas de feeling, il n’y a pas non plus de bonne musique possible. Pas d’interaction. Pas de cohésion ni d’impro. Avec Antoine et Hervé, on a appris à se suivre, à gérer l’imprévu, on sait improviser selon les circonstances. D’ailleurs, je pense que le public le ressent très bien, ça se voit.
Où ont été saisis les titres du live ?
Je voulais sortir un album bourré d’énergie et cette sélection, c’est la quintessence d’une quinzaine de concerts donnés en grande partie dans les Alpes. On s’y produit chaque année. Une tournée de trois semaines qui passe, généralement, par Briançon et ses alentours, les Deux-Alpes, Valloire, Chamonix… Cette fois, on avait investi dans du matos, ordi portable, cartes-son, câbles, micros, et on a enregistré intégralement tous les concerts de la tournée, plus, dans la foulée, un concert donné près de chez moi, à Ménigoute.
Réécouter quinze concerts d’affilée, ça te bouffe un temps fou ! On a réalisé une première sélection avec plusieurs bonnes versions de tel et tel morceau, puis on a retrié pour éliminer les doublons. Ce fut ça, l’essentiel du travail en studio. Les écoutes, le tri, le mix. Hyper important, le mix. On est dessus en ce moment, et on prend le temps de bien le faire.
On aurait pu intégrer davantage de titres au CD, mais on a préféré rester très sélectif et ne conserver que la crème, des moments de grosse énergie avec beaucoup d’émotion, où on entend le public vibrer… Et on a eu des publics d’enfer ! C’est souvent le public qui donne une orientation au concert. Sans démagogie, un bon public donne en général un bon concert. Tiens, le ‘Rambling On My Mind’ de Robert Johnson. On le prend en trio. Cette chanson, je la joue depuis des années et, franchement, je ne pensais pas l’inclure au menu. Mais dans cette version, il se passe vraiment quelque chose d’étonnant. Elle vit !
Reprendre ‘Rambling On My Mind’ suppose des contraintes particulières ? Je pense à l’atmosphère spéciale des chansons de Robert Johnson, à l’aura du bluesman…
Surtout pas de contraintes ! Si tu réfléchis trop longtemps devant une œuvre comme celle de Robert Johnson, tu ne la touches jamais ! ‘Rambling On My Mind’, on la prend sur un shuffle plutôt rapide qui n’a, évidemment, rien à voir avec la version originale. Je n’aime pas beaucoup les plans ‘à la manière de’.
As-tu vu ton public changer depuis que tu es sur la route ?
Il a l’air d’évoluer, comme nous. On joue assez fréquemment devant des publics anglophones, ils adhèrent à chaque fois. J’ai aussi l’impression que notre public rajeunit. Peut-être parce qu’on joue plus funk, ça doit plaire aux jeunes !
Toi-même, comment évolue ton jeu de guitare ? A-t-on affaire à un Pillac nouveau ou à l’éternel Pillac qu’on connaît bien ?
Mon style et mon jeu n’ont pas dû changer beaucoup. Je suis resté le même ! Je suppose que l’expérience aidant (ça commence à faire maintenant), j’ai appris à poser mon jeu durant toutes ces années, et j’ai vraiment travaillé mon son.
Tu disais passer beaucoup de temps à peaufiner le son, en studio…
Le son est primordial, c’est ton identité. Et parvenir à le maîtriser c’est une question d’expérience. Le son ça se travaille, et il t’identifie avec le temps. C’est donc l’affaire du musicien, mais c’est aussi celle du groupe. Déjà avant le concert, on passe un temps pas possible à régler le son pendant les balances. Pour faire court, je prends bien garde qu’il soit agréable, je n’ai pas envie d’agresser les gens. Tous ces concerts gâchés par un son pourri !
Dans ce corpus de chansons live, qu’as-tu cherché à préserver ? Et, a contrario, qu’as-tu éventuellement cherché à virer ?
Franchement, on n’a pas eu besoin d’ajouter ou de retrancher quoi que ce soit. On avait vraiment l’embarras du choix, avec toutes ces versions. On avait des ambiances différentes, des façons de jouer différentes… Encore une fois, on s’est attaché à mettre en lumière les chansons qui respiraient le plus clairement, à cause du public, ou du jeu, d’un solo, d’une nuance…
J’ai aperçu la track-list. Il y a un bon équilibre compos/covers…
Et un bon équilibre des influences. Elles sont mixtes, blues et funk, avec des titres très énergiques et d’autres, plus intimes. On est davantage des mélangeurs que des puristes. En concert, les gens peuvent ressentir des influences funk, rock et soul, et nous aussi. J’aurais pu faire un album tout-compos ou, inversement, un album tout-covers. Mais le choix de cet équilibre traduit mieux ce qui se passe pendant nos concerts. Voilà, je voulais que ce CD fasse le lien avec ce que nous sommes aujourd’hui et qu’en même temps, il fasse le lien avec les deux albums studio.
Donc, les reprises. BB King, Freddie King…
BB King, parce qu’il a été l’une de mes premières sources. Lui, c’est la grande classe. Freddie King, parce que j’adore son jeu de guitare incisif et sa voix puissante. Et quelle énergie ! Et puis Robert Johnson, immense respect. Quand tu l’écoutes chanter, il te hérisse les poils tellement c’est intense.
Dans cette track-list, je lis : ‘Mind Is On Vacation’, d’un certain Colin James. Qui est-ce ?
C’est un artiste que m’a fait découvrir Jeff Magidson. La chanson qu’on lui a empruntée, il l’avait enregistrée en 1997 sur un album intitulé National Steel. James Colin est plutôt blues-rock. Ceci dit, National Steel sonne carrément roots.
… Et ‘Cheated’, d’un certain Brendan Strath. Même question…
Lui, c’est un pote américain. Il jouait de la basse avec moi dans Crossroads, avant que je ne me produise sous mon propre nom. ‘Cheated’ figure déjà sur mon deuxième album. Brendan est reparti vivre aux Etats-Unis, il y a plusieurs années. Tout comme Jeff Magidson…
Après les reprises, les compos…
Elles viennent de mes deux albums, Faut Qu’J’Aille Bosser et S’En Sortir. Ceux qui les connaissent un peu retrouveront ‘Mauvais Whisky’ et ‘We All Got Our Own’, deux titres qui figurent sur le premier. Jeff Magidson avait spécialement composé ‘We All Got Our Own’ pour moi. Du deuxième : ‘Si Seul’, ‘S’en Sortir’ et ‘Cheated’.
Y a-t-il une intention particulière dans les textes ?
Oui, toujours un peu. Certains ont été écrits il y a plusieurs années, ils traduisent forcément un moment donné de ma vie. ‘Si Seul’, j’étais célibataire comme tu t’en doutes. Avec le recul, je me rends compte qu’il y avait beaucoup d’espoir dans cette chanson. Et pour ‘S’en Sortir’, ben… on est en plein dedans ! J’aimerais que les textes dégagent quelque chose comme ça, puisqu’on parlait des intentions. Quelque chose de positif. Quelque chose comme de l’espoir. Le courage de se bouger. Et que la musique, elle aussi, donne envie de bouger. Donc, de ce côté-là, on est raccord !
Dans quel état d’esprit te sens-tu, pendant cette veillée d’armes ?
Je suis un bluesman optimiste, ça existe. Je crois en mon avenir musical, à celui du Trio. Je sais par avance qu’on fera plein de bonnes rencontres et plein de concerts. Mais si, mais si ! Donc je me sens très bien, je suis dans une phase positive avec une énorme envie de jouer. J’espère vraiment que cet album va nous ouvrir de nombreux festivals.
Un petit bilan de carrière ?
Euh… « carrière » ! Je suis plutôt content de ce que je suis devenu, et je l’assume. C’est sûr, on ne parle plus beaucoup de moi depuis quelques années, et j’ai pas mal traîné avant de sortir ce nouvel album, mais je n’ai jamais arrêté de jouer pendant tout ce temps ! J’ai enregistré des albums avec d’autres groupes, j’ai pris le temps de vivre, de fonder une famille. Je vis à la campagne dans une grande maison, avec des enfants, avec un studio pour répéter… après une bouffe entre potes. Tu t’imagines que j’ai envie de me plaindre ?
La formation avec des cuivres, c’est mort ou juste laissé en suspens ?
En suspens. C’est sûr, ça me manque ces cuivres qui riffent derrière. Mais c’est devenu vraiment galère de trouver des concerts avec une formation de cette envergure. J’espère bien pouvoir remettre ça un de ces quatre.
Christian Casoni
Décembre 2009
