SAMMY DECOSTER
Rural et rock à la fois

A 25 ans, il n’a pas peur d’avouer que depuis l’âge de six ans il est un fan absolu d’Elvis. Qu’il est amoureux de la musique américaine et des grands espaces. Qu’il écoute Elmore James et Bill Haley.

 

 

Elvis

Je suis tombé par hasard sur de vieilles cassettes d’Elvis qui traînaient chez mes parents, et j’ai été tout de suite très sensible aux mélodies. Mais ce qui m’a beaucoup frappé, c’est la cohérence entre le visage et la force émotionnelle de sa voix. Fan, tout me fascine chez lui, même la période des années 60 où il tournait des films pourris. L’Elvis de 77 ou de 54, pour moi, c’est le même mec paumé. Les pionniers du rock voulaient plutôt se rapprocher du R’n’B mais, à partir du moment où un Blanc s’est mis à enregistrer du R’n’B et du rockabilly, on a appelé ça le rock. Elvis est au carrefour de ces différentes musiques, et j’aime beaucoup ça, mais c’est quand il chante le gospel que l’émotion est la plus forte.

Blues rural

Même si j’écoute Elmore James et Blind Willie Johnson en ce moment, je me sens plus rural que blues. On peut m’apparenter au blues par la thématique de mes chansons, l’exil, l’errance, l’attente, l’amour déçu, mais ce qui me plaît par-dessus tout dans vieux enregistrements, c’est l’ambiance des séances. Quand Robert Johnson enregistre dans un hôtel, on sent que ça transpire, on imagine presque le temps qu’il fait dehors… 

Un homme, une guitare… mais pas seulement

J’ai appris à jouer de la contrebasse, du banjo, de la batterie. Ça me donne plus de liberté pour composer et je peux tout faire moi-même. J’attache beaucoup d’importance aux petits détails d’enregistrement, comme ces bandes-son où on entend des nouvelles à la radio, un chien qui aboie. Ça donne de la vie. Ce qui m’a bien plu de faire aussi, c’est d’alterner l’acoustique et l’orchestré, que le disque ait son rythme et qu’il puisse évoquer des atmosphères, des paysages variés. Une alternance de ballades et de rocks un peu plus nerveux.

Notoriété

Quand tu es en train de composer ta musique, tout seul dans ta chambre, tout est clair. Une fois qu’on la fait partager, ça se complique. Les gens donnent leur avis, on commence à enregistrer et à se poser la question : Qu’est-ce qu’ils attendent de moi ? Et on a, comme ça, l’impression que votre art est mis au premier plan. On a peur d’être bouffé. A un moment, je parle « des gens qui rôdent autour de moi »... La perspective de retourner chez moi, dans le Nord, me rassure quelque part.

Michèle Martin

... la suite dans Blues Again ! N°17