LARRY GARNER
Une seconde vie

Six ans après un triple pontage, le Louisianais Larry Garner revient avec un nouvel album : Here Today, Gone Tomorrow. Un artiste, sensible et drôle, qui aime une chose avant toute autre… son public.

 

 

Blues Again : Même si beaucoup d’amateurs te connaissent, pourrais-tu faire un petit retour en arrière sur ton histoire et ton enfance ?
Larry Garner : J’ai commencé à jouer de la guitare quand j’avais 11 ans, avec mon oncle. C’était vraiment un amoureux du blues, il adorait jouer. Mes parents étaient très religieux. Savoir que leur enfant jouait du blues les irritait. Pour eux, c’était la musique du diable, etc. On n’écoutait que du gospel à la maison. J’ai donc commencé par les chants religieux dans notre église, qui accueillait aussi des musiciens comme Charlie Jackson. Pendant que j’étais à l’église, mon oncle et mes cousins, eux, ne se gênaient pas pour jouer du blues. Malheureusement, un de mes cousins s’est tué à 16 ans. Je l’ai remplacé dans le band. La semaine nous jouions dans des clubs mais le dimanche, à l’église, on changeait bien sûr de style. Evidemment, les clubs payaient, pas l’église. Ensuite, vers 18 ou 19 ans, j’ai fait mon service militaire. Quand j’en suis revenu, les gens écoutaient les Bee Gees ou des musiques du même genre, mais pas ou peu de blues. Je suis allé à la fac pendant un moment. Mon pécule de l’armée m’a permis de suivre des études supérieures. Et puis je me suis marié et j’ai dû commencer à gagner ma vie.

Faisais-tu de la musique à l’armée ?
Oui, j’ai commencé à jouer avec un groupe dans un festival en Corée du Sud. A l’époque, en 1970 et 1971, il y avait pas mal de problèmes raciaux là-bas. Le nom de mon groupe était Mama’s Burden (Le fardeau de Maman). Deux autres groupes jouaient avec nous dans ce festival. L’un faisait du rock, l’autre de la soul. Je crois que ce festival existe toujours, là-bas.

Retour de Corée, tu es resté caserné au Texas pendant 17 mois. Tu continuais de jouer ?
Oui, bien sûr. J’ai toujours joué même si ce n’était pas en professionnel. Je jouais ici et là pour des amis que je rejoignais certains week-ends. En 1980 ou 1981, je rentrais tranquillement à la maison quand j’ai été ralenti par un accident de la circulation. J’ai pris un raccourci et me suis retrouvé devant un bar, le Tabey’s Blues Box. Un panneau indiquait en gros sur la façade : Jams Sessions Tonight. Le mec à l’entrée me dit qu’il ne fallait pas manquer cette session, que je verrais James Brown et que je pourrais même jouer. Je rentre chez moi et je dis à ma femme ce qu’il venait de m’arriver. Elle s’emporte quand je lui dis que le mec de l’entrée m’a proposé de venir vers 22 heures, parce que le lendemain je devais aller bosser.

Et tu y es allé…
… Et j’y suis allé. Et je suis revenu vers deux ou trois heures du matin. Et je suis allé bosser après. Heureusement, j’étais jeune, j’avais la forme. Je me foutais d’arriver crevé au boulot. J’étais heureux parce que je savais que c’était précisément ça que je voulais faire dans la vie. Et, pour tout dire, je suis même retourné au Tabey’s Blues Box le lendemain soir pour jouer à nouveau.

Tristan Sicard

... la suite dans Blues Again ! N°17